Kevin Parent: le loup apprivoisé (entrevue)
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| Kevin Parent prendra la route cet automne pour présenter des concerts. |
Le 29 mai, Kevin Parent a lancé son premier album en anglais, «Fangless Wolf Facing Winter», sur étiquette Audiogram. Lorsqu'on n'a jamais rencontré l'auteur compositeur et interprète, on a toujours en tête ce cliché de l'artiste un peu sauvage et méfiant à l'égard des médias. On a plutôt affaire à une homme loquace, qui vous fixe d'un regard perçant et qui se montre très généreux en entrevue lorsqu'on discute de son travail. Showbizz.net a rencontré Kevin Parent dans un resto du Vieux-Québec le 4 juin.
Pour apprivoiser la bête, il faut toutefois entrer dans son univers et avoir écouté l'album dont on compte discuter. Parent est allergique à toute «bullshit» et à ces journalistes qui disent tout simplement «Parle-moi de ton CD» sans avoir prêté l'oreille.
Un loup fait face à l'hiver
Tout d'abord, d'où vient le titre de ce premier disque dans la langue de Shakespeare? «J'ai une chanson qui s'appelle "Down in Mexico". La première phrase, c'est ça. C'est l'histoire d'un gars qui jouait dans un band… Un harmoniciste qui s'est retrouvé au Mexique à profiter de la vie et à tomber dans la drogue. À un moment donné, il s'est tellement laissé aller, qu'il a oublié de revenir. Il s'est fait arrêté. C'est une fiction. Ça ne représente pas l'ensemble de l'album», répond l'artiste d'origine gaspésienne.
L'artiste trouvait que le titre allait bien. Le jeu de mot aussi. «C'est quelque chose qui se comprend mieux qui se prononce. Le jeu de mot est le fun. Les gens pensent qu'il y a un message caché en dessous de ça. Il n'y en a pas. On y trouve ce qu'on peut bien y trouver. On peut le voir comme on le veut», ajoute-t-il.
Le loup édenté qui fait face à l'hiver… La créature ne se trouve-t-elle pas démunie et ne peut se nourrir pour assurer sa survie? Voilà la perception de la journaliste quant au titre de cet album. «Il faut s'adapter. À un moment donné, il faut laisser tomber nos crocs et se tenir au chaud l'hiver. Ça peut peut-être ça que ça veut dire… Sois plus doux et trouves toi quelqu'un pour te réchauffer l'hiver. Ça peut être ça… Il ne faut pas être fataliste. Il y a toujours des solutions», réplique l'auteur compositeur et interprète.
Quant à la bête qui figure sur la pochette du disque, il s'agit du chien de Parent, un animal qui a «une petite face de loup».
Retour aux sources
Ce disque anglophone, c'était un rêve que Kevin Parent caressait depuis longtemps? «Ce n'était pas un rêve car je l'avais en dedans de moi. J'ai toujours porté la musique anglophone en moi. J'ai toujours chanté en anglais. L'idée était davantage d'ouvrir une porte dans ma maison et dire: "Regardes, j'ai une chambre que personne n'a vue! Je vous fais visiter ma maison… Oh, cette pièce était en rénovation! Elle n'était pas prête. Je peux maintenant l'ouvrir et dire voici ce côté anglophone de moi qui a toujours été là mais dont la porte n'avait jamais été ouverte auparavant."»
Grand saut chez Audiogram
Au début de sa carrière, Parent travaillait de concert avec l'étiquette Tacca. Il a aussi lancé un album live, «Retrouvailles», par l'entremise de Universal (2003). «Fangless Wolf Facing Winter» est son premier disque sur étiquette Audiogram. «J'aimais bien la mentalité qui prône chez Audiogram. Je trouvais que les artistes avaient l'air comblé et près d'eux-mêmes. C'est important pour un artiste. C'est une boîte qui n'est pas nécessairement axée sur le résultat mais bien sur le processus artistique. Je suis content d'être là.»
Gestation
Le dernier album original de Parent, «Les vents ont changé», est sorti chez Tacca en 2001. Pourquoi avoir attendu six ans avant de nous proposer un disque de nouvelles chansons? «Je n'ai pas attendu. J'ai continué de vivre ce que j'avais à vivre. J'ai fait des shows. J'ai travaillé avec les Porn Flakes [la chanson de Parent "Penses-tu (Father On The Go Part 3)" est parue sur l'album éponyme du groupe sorti en 2005]. J'ai enregistré "Le petit roi" (pour un album hommage à Jean-Pierre Ferland). J'ai fait une tournée acoustique et un album acoustique. J'ai écrit. Je suis allé par chez nous. J'ai voyagé. Je me suis rendu à Los Angeles et à New York. J'ai fait plein de belles rencontres. J'ai emmagasiné des idées. C'est ça qu'il faut faire lorsqu'on écrit des chansons. Certains arrivent en studio avec des chansons déjà écrites et des mélodies déjà composées par d'autres personnes. Ils arrivent, apprennent la mélodie et chantent. Si tu fabriques des maisons, ça te prend plus de temps à les fabriquer et à les vendre (que celui) qui ne fait que vendre les maisons déjà bâties», répond-il.
On ne peut bâtir et vendre cinq maisons dans une semaine alors qu'un simple vendeur pourrait conclure cinq transactions dans la même période, dit celui qui a souvent recours à ce genre d'allégories pour parler de musique et d'écriture. Il voit une différence majeure entre les auteurs compositeurs et les simples interprètes. «Souvent, on mêle les deux dans la même catégorie. Ce n'est pas pareil du tout…»
Collaborateurs
Parent a réalisé «Fangless Wolf Facing Winter» lui-même. Il a de nouveau travaillé avec le réputé bassiste Tony Levin (Peter Gabriel, King Crimson, Yes et plusieurs autres). Le batteur Dominique Messier (Céline Dion) «qui a beaucoup d'expérience et beaucoup de talent»; les guitaristes Jocelyn Tellier, Jeff Smallwood et Rick Haworth figurent également parmi les nombreux musiciens qui jouent sur ce disque. Chacun a sa propre signature mais personne ne se marche sur les pieds, dit Parent. «Ça donne un album qui respire», dit l'artiste. «Less is more... Comme le drum, on aurait pu jouer avec les baguettes. On joue avec les mains. J'aurais pu jouer de la guitare avec un pick… Je joue avec mes doigts. Il y a un contact un peu plus personnel avec l'instrument qui donne une personnalité à la chanson.»
Dan Georgesco, Daniel Bélanger, Paul Picard, Catherine Ledoux, Sheila Hannigan et John Webster y collaborent également.
L'environnement
Jim Cuddy du groupe canadien Blue Rodeo chante de plus sur la pièce «Every Now and Then». «Every now and then I feel the weight lifting off of me», dit le refrain de ce morceau que l'on retrouve sur le nouvel opus de Parent. De temps en temps, le narrateur ressent un poids se libérer de ses épaules… «Même si ça va mal, j'ai le droit de ne pas me sentir coupable. On veut nous culpabiliser car il y a des gens qui souffrent. On veut nous culpabiliser car les impôts sont élevés ou s'il y a des émissions de gaz à effets de serre. Souvent, on veut culpabiliser les gens pour les inciter à acheter. (Cette chanson, c'est en quelque sorte une espèce de) "Woah, minute! Je ne veux pas de mal à personne. Je veux du bien aux autres. Je ne veux pas me sentir coupable d'être bien."»
Les préoccupations environnementales de l'artiste sont aussi mises en musique sur la chanson «Kyoto». «D'où je viens, on a une centrale thermique au lieu d'une centrale hydroélectrique. Je suis toujours curieux de voir que c'est une centrale thermique qui produit l'énergie mais que le soir, toutes les lumières restent allumées. On consomme de l'électricité même si on sait que la cheminée émet de la boucane». Rappelons qu'une centrale thermique produit de l'électricité d'une source de chaleur qui peut être un combustible brûlé, la fission de matières radioactives ou de la chaleur préexistante. Sommes-nous donc inconscients ? «Ouain… Pour moi, c'était ça "Kyoto". Ce n'était pas de blâmer personne. "We'll share a drink when the right wing bends", dit la chanson… Nous allons faire un tchin-tchin lorsque les Républicains, la droite, Stephen Harper et ceux qui ne désirent que de bonnes retombées économiques aux dépends de la qualité de vie (vont céder). Je pense que l'être humain peut bien s'adapter à en avoir moins.»
On ne devrait pas culpabiliser le consommateur mais lui offrir des solutions moins dommageables, dit-il. Il se prononce aussi en faveur de la loi anti-tabac: «Si tu veux fumer chez vous, tu peux. Sauf que si tu veux aller au restaurant ou dans un bar, tu n'es pas exposé aux choix de quelqu'un d'autre. C'est un long sujet. On pourrait en parler de long en large.»
L'amour, la solitude sont aussi évoquées sur ce disque… Pensons à la pièce «26th of December»… Un homme est seul le lendemain de Noël. «La musique ne dramatise pas les textes. Souvent en anglais, le texte peut être bien dramatique. On peut jouer avec ça. La musique est importante.» Il ajoute toutefois que l'humour anglophone n'est pas pareil. Des textes en apparence tristes peuvent parfois être relevés d'une bonne dose de sarcasme.
Cet automne, l'artiste compte débuter sa nouvelle tournée de spectacles. Cet été, il compte écrire de nouvelles chansons mais désire aussi prendre une pause. Ne cherchez pas non plus Kevin Parent sur scène à la Fête nationale, l'artiste «recharge ses batteries» après avoir fait la promotion de son disque.
Site Internet de Kevin Parent.

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