Wynton Marsalis présente son spectacle «Congo Square» au Festival de jazz
Le 28 juin 2007 - 17:51
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Par Jonathan Montpetit.
Le trompettiste de jazz Wynton Marsalis n'a jamais caché son approche ambitieuse de la musique. Son dernier projet, qu'il qualifie d'outil diplomatique, en fait foi.
"Congo Square", un retour aux sources africaines du jazz américain, a fait ses débuts canadiens au Festival international de jazz de Montréal jeudi soir.
Le spectacle se distingue des autres compositions de Marsalis en alliant une section de percussions et de voix ghanéenne avec le style plus traditionnel du Lincoln Center Jazz Orchestra. Pour le jazzman, combiner les deux styles discordants constitue une aventure rythmique et musicale.
"C'est comme une rencontre diplomatique, a-t-il dit lors d'une conférence téléphonique avec des journalistes. Vous avez votre perspective et ils ont leurs perspectives. C'est une question de trouver des bases communes. C'est dans ce sens que le jazz est un véritable outil de diplomatie."
Marsalis a fait équipe avec le percussionniste ghanéen de renom Yacub Addy pour écrire "Congo Square", en hommage au seul endroit aux Etats-Unis où les esclaves africains avaient le droit de jouer leur propre musique aux 18e et 19e siècles.
Ce square, maintenant situé dans le parc Louis-Armstrong à La Nouvelle-Orléans, est un des berceaux symboliques de la musique américaine. Les esclaves y jouaient de la musique et y dansaient selon les traditions de leurs ancêtres.
La collaboration entre Marsalis et Addy a donné une composition éclectique de deux heures mettant en scène 24 musiciens et mêlant des airs de jazz primitif, de swing, de blues et de percussions africaines. "Ce que nous voulions faire, c'est de créer l'environnement le plus festif possible en utilisant les airs et les rythmes respectifs des deux genres de musique", a expliqué Marsalis.
Le jazzman, originaire de La Nouvelle-Orléans, a averti ses fans qu'ils ne devaient pas s'attendre aux harmonies de jazz habituelles, comme sur ses albums "Black Codes (From the Underground)", "Thick in the South" ou encore son opus "Blood on the Fields", qui lui a valu un prix Pullitzer en 1997.
"Nous jouons ensemble, nous improvisons, nous nous appelons et nous nous répondons, nous menons même une guerre entre nous, nous faisons la paix entre nous, nous formons une communauté, une famille", a expliqué le jazzman de 45 ans au sujet de "Congo Square".
"Des fois, ça nous rassemble, des fois, ça nous divise."
Marsalis a développé à travers le temps une réputation de puriste du jazz, de défenseur des classiques et de critique de l'avant-garde. Ses détracteurs prétendent que son travail manque d'innovation, s'inspirant trop fortement de musiciens tels que Duke Ellington et Charlie Mingus.
Il semble particulièrement sensible à ce genre de critiques au sujet de "Congo Square". Même si c'est de beaucoup de façons un rappel de l'histoire américaine du jazz, il insiste sur le fait que son projet est davantage une interprétation moderne d'airs familiers.
"Les musiciens de mon groupe ne sont pas vraiment intéressés à réinventer un genre. Nous sommes plus intéressés à créer une affirmation contemporaine et à redéfinir tout notre art pour qu'il ne soit pas séparé entre le passé et le présent."
Marsalis clôturait jeudi à Montréal une longue tournée américaine avec ce spectacle. Il amorcera une tournée européenne en juillet.
Il entendait profiter de son séjour à Montréal pour découvrir la grande diversité musicale présenté dans "un des grands festivals du monde". "Je me plais toujours à me promener et écouter les différents groupes", a-t-il dit.
Le festival de Montréal se déroule jusqu'au 8 juillet. Il mettra notamment en vedette dans ses spectacles intérieurs et extérieurs Van Morrison, Manu Chao et Bob Dylan.
M. Marsalis a admis qu'il ne s'est pas encore trop penché sur ses projets futurs, mais que ce n'est pas par manque d'idées. Avec la sortie plus tôt en juin de l'album "Congo Square" et sa tournée, son emploi du temps a été assez occupé.
A la fin de la conférence téléphonique, le musicien a suggéré que les trompettistes ont plus de liberté dans le jazz qu'en musique classique. "Nous n'avons pas de sonates de Beethoven pour les trompettes", a-t-il dit, laissant entendre qu'il pourrait bien essayer de remplir ce vide.

© La Presse Canadienne, 2008

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