L'acteur français Michel Serrault a reçu lundi des hommages unanimes
Le 30 juillet 2007 - 17:12
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(AP) "Je croyais qu'il était immortel", confiait Jean-Pierre Mocky. A l'âge de 79 ans, Michel Serrault - qui s'est éteint dimanche soir entouré des siens, chez lui, à Honfleur (Calvados), où ses obsèques seront célébrées jeudi - a reçu lundi des hommages unanimes.
"C'est non seulement peut-être le plus grand comédien français - il savait tout faire - mais c'était mon ami", livrait un Pierre Tchernia bouleversé. "C'est un homme qui a donné tout son talent, toute sa force, toute sa drôlerie, toute son affection à ce métier merveilleux qu'il était si heureux de faire", notait le réalisateur du "Viager".
Jean-Pierre Mocky disait adieu à un ami de plus de 40 ans qui était aussi son "acteur fétiche": "c'est pour moi quelque chose d'immense, sa perte. Aujourd'hui, il y a tout un tas de rôles que je ne sais pas à qui donner.
Déjà, à la mort de Bourvil, je me demandais qui allait le remplacer et j'avais trouvé Serrault, mais maintenant, je ne sais vraiment pas qui va remplacer Serrault. Je ne le vois pas".
Régis Wargnier, qui a dirigé Michel Serrault dans le récent "Pars vite et reviens tard", a rendu hommage à son "exceptionnel génie du jeu". "C'était quelqu'un qui était toujours en invention, en imagination, en proposition, donc extrêmement généreux dans son travail", a insisté le cinéaste. L'acteur venait sur le plateau "avec l'impatience d'un enfant qui se demande à quand est son tour de jouer", s'est-il souvenu. Et "les seuls acteurs sur le visage de qui j'ai vu des choses aussi bouleversantes de l'âme, c'est Jack Nicholson, ou Jack Lemmon".
L'acteur Pierre Arditi a salué chez Michel Serrault une personnalité fantasque "qui pouvait faire tout d'un coup les choses les plus folles" et "qui peignait la vie d'une manière suffisamment folle et suffisamment gaie pour ne pas s'apercevoir que tout ça finit mal".
"Ce qui était très frappant quand on travaillait avec lui, c'est que personne ne savait au fond ce qu'il allait faire", a-t-il expliqué sur RTL. L'acteur a salué le talent d'un homme "inattelable", qui refusait "toutes les idées reçues". "Les seules idées qui étaient les bonnes, c'était les siennes, et à mon avis, il avait raison", a-t-il déclaré.
Pour Pierre Arditi, qui a partagé avec Michel Serrault l'affiche de "Pile ou Face" de Robert Enrico, l'interprète pouvait se révéler un partenaire "un peu déstabilisant". "En même temps, c'était formidable, c'est ce qui en fait un acteur aussi riche", a-t-il conclu.
Michel Serrault était "un génie", "caustique", qui terrifiait "les animateurs de télévision en direct", a déclaré Frédéric Mitterrand lundi.
"Dans génie, il y a générosité, et cette générosité, il la tenait sans doute de la pratique de la foi", a estimé l'animateur de télévision et réalisateur sur France-3, relevant toutefois que "ça ne l'empêchait pas d'être terriblement caustique".
"C'était la terreur des animateurs de télévision en direct. On ne savait jamais ce que Michel Serrault allait faire", a témoigné M. Mitterrand, qui a présenté plusieurs émissions sur le cinéma. "Mais cela relève de la générosité, du désir de donner aux autres, de donner aux spectateurs, de leur donner de la surprise, de l'amusement mais aussi du drame".
Frédéric Mitterrand a également salué l'originalité de la prestation de Michel Serrault dans "La Cage aux folles", où, pour la première fois, le personnage de "la folle" fut présenté sous un jour différent: "Il a joué cet aspect (...) amusant et grotesque, mais en même temps, (...) il a montré que c'était quelqu'un qui méritait d'être aimé".
"Il aimait tout le monde, mais il ne fallait pas le manipuler", a conclu le présentateur.
Jean-Michel Frodon, directeur de la rédaction des "Cahiers du cinéma", a rendu hommage à "un immense acteur" qui "a voulu être clown ou prêtre". "Ce qu'il a fait réunit les deux: il exagérait son jeu, et il cherchait une sorte de grâce, au-delà du quotidien".
"Il était d'autant plus impressionnant qu'il avait un physique très banal, il aura montré que chaque personne est unique", a-t-il ajouté, en observant notamment que dans "La Cage aux folles", il représentait l'"archétype du Français moyen qui se lance dans un rôle très transgressif".
Michel Serrault, qui était très malade, s'est éteint dimanche à 22 h 30 dans sa maison de Honfleur après avoir reçu les derniers sacrements, a rapporté l'abbé Alain Maillard de La Morandais, ami de la famille Serrault. "Il est mort dans les bras de Juanita, sa femme, de Nathalie, sa fille, et moi qui étais à côté", a raconté le prêtre qui cocélébrera jeudi à 11 h une messe en l'église Sainte-Catherine de Honfleur, avec le père Emmanuel Perrot. "On ne fera pas des obsèques tristes car ce ne serait pas du tout dans l'esprit." A l'issue de la cérémonie, l'acteur sera inhumé au cimetière Sainte-Catherine.
"Nos mémoires restent enchantées de sa virtuosité comique et de son ironie mordante", a souligné la ministre de la Culture, Christine Albanel. Evoquant le "personnage bougon et bourru, tout en exclamations, qu'il s'était forgé sur les planches des cabarets", elle rappelait que Michel Serrault savait aussi endosser avec aisance "les habits de personnages infiniment plus sombres".
Il a su "marquer chaque Français par ses immenses talents d'acteur, aussi bien comique que dramatique", a remarqué le président Nicolas Sarkozy en rendant hommage à "un monument du monde du théâtre de boulevard, du cinéma et de la télévision". Le premier ministre François Fillon a également rappelé "la diversité de son immense répertoire".

© La Presse Canadienne, 2008

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