Près de 10 ans après avoir tourné le dos à la musique pour se concentrer sur sa peinture, sa poésie et sa vie privée, la légendaire chanteuse Joni Mitchell revient sous les feux de la rampe avec un nouvel album, une exposition artistique multimédia et un projet de donner plus d'ampleur à son ballet pour une tournée canadienne.
L'album tant attendu de Mitchell, "Shine", comprend neuf nouvelles chansons ainsi qu'une version retravaillée de son grand succès "Big Yellow Taxi".
C'est une collection émouvante de chansons aigres-douces qui démontre que cette icône canadienne est toujours aussi pessimiste, mais qu'elle croit également aux miracles, remarque son ami et collaborateur Jean Grand-Maître.
Grand-Maître, le directeur artistique du Alberta Ballet, affirme que la préoccupation incessante de Mitchell pour la planète et l'humanité explique en partie sa décision récente de s'impliquer dans un nombre étourdissant de projets.
"Ca a été intéressant, parce qu'il y a quoi, 20 ans entre nous, même si elle a 10 fois plus d'énergie, de passion et d'idées que moi, a-t-il dit depuis Calgary. Ses conversations sont très intenses, vous savez. Je dois travailler très fort pour la suivre parce que à l'âge de 63 ans, elle peut me perdre facilement."
Le duo prévoit prolonger jusqu'à une heure les premiers pas de Mitchell dans le monde de la danse, "The Fiddle and the Drum", pour en tirer une version qui pourrait traverser le Canada, voire le monde, dès 2009, a dit Grand-Maître.
Ce projet n'en est qu'un parmi plusieurs à impliquer Mitchell d'une manière ou d'une autre. Le lancement de son nouvel album, le 25 septembre, coïncidera avec l'inauguration de son exposition multimédia à New York. La même journée, son bon ami Herbie Hancock lancera son propre album, "River: The Joni Letters", un hommage à certaines de ses oeuvres les plus connues, le deuxième album du genre cette année.
Mitchell s'est retirée il y a plusieurs années pour passer plus de temps avec ses deux petits-enfants et tisser de nouveaux liens avec sa fille, Kilauren Gibb. Elle avait alors juré de ne jamais composer de nouvelles chansons, tant elle était dégoûtée de l'industrie de la musique.
Malgré tout, la musique a fini par prendre le dessus.
"Je suis passée directement de la retraite à faire le travail de trois jeunes de 20 ans, a-t-elle dit au magazine britannique The Word lors d'un article publié en avril. Je me suis brûlée physiquement et émotivement, mais c'était très enrichissant. J'ai compris que je n'étais pas prête pour la retraite, le jardinage et les vieux films, ce que je faisais depuis 10 ans."
Les pièces du nouvel album sont composées de sons tirés du jazz, du soul, de la musique pop et de la musique classique. Mais comme ses compositions précédentes, il est impossible de les classer dans une catégorie précise.
Les paroles tristes déplorent le déclin environnemental et la guerre.
"Ce vaisseau spatial sur lequel nous nous trouvons est mourant, a-t-elle dit à The Word. Il faut que quelqu'un dise au capitaine de cesser de percer des trous dans les murs. Nos leaders sont les pires, l'humanité à son plus diabolique."
Grand-Maître affirme que Mitchell est une véritable artisane de la création.
"Elle vit pour renaître et risquer. Ca ne la dérange pas de composer un ballet ou de faire un album jazz avec Mingus ou de se réinventer et je pense que le concept de renaître par le biais du processus créatif la garde bien en vie", explique-t-il.