Déréglementation de l'industrie de la radiodiffusion: Quebecor Média part en guerre
Le 18 septembre 2007 - 15:57
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Par Karine Fortin.
Après avoir plaidé pendant des années pour la libéralisation du secteur des télécommunications, Quebecor Média part maintenant en guerre contre les règles qui empêchent les entreprises médiatiques de détenir plusieurs stations de télévision ou de radio dans un marché donné.
Devant le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes, le vice-président directeur de l'entreprise, Luc Lavoie, a qualifié mardi de "périmée", d'"inutile" et d'"indéfendable" la politique sur la propriété des médias, qui a notamment empêché Quebecor de mettre la main sur les stations du groupe Radio-Média, dont CKAC.
"Ça ne veut pas dire qu'il faut se retrouver au point zéro de la réglementation, mais entre le point zéro et le point où nous sommes, il y a quand même passablement d'évolution qui peut s'accomplir", a insisté M. Lavoie.
À son avis, la consolidation dans l'industrie se produira, que les autorités le veuillent ou non. Ce sont les entreprises et le public canadien qui y perdront au change s'ils ne peuvent participer à ce mouvement.
"Il faut permettre à des entreprises canadiennes d'être suffisamment fortes, d'être suffisamment importantes à tous égards pour qu'elles offrent une qualité de produit médiatique sur toutes les nouvelles formes et toutes les anciennes qui se compare à ce qui se fait de mieux dans le monde, sinon il y a toute une génération qui va se perdre dans des médias venus d'ailleurs et la diversité des voix sera une utopie qui n'aura servi à rien", a-t-il martelé à sa sortie de la salle d'audience.
L'ancien journaliste et attaché de presse de Brian Mulroney estime que le CRTC devrait analyser les transactions au cas par cas plutôt que d'essayer de formuler des règles préventives, de peur de freiner l'innovation.
La position de Quebecor s'apparente à celle de CanWest MediaWorks et de l'Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR), qui ont témoigné lundi devant le CRTC.
La société Astral Média, qui possède près du quart des stations de radio du Québec, a pour sa part été beaucoup plus nuancée dans sa présentation, mardi matin.
Contrairement à M. Lavoie, le président du conseil d'administration, André Bureau, estime que le CRTC doit étudier toutes les transactions afin de protéger l'intérêt public. Il croit cependant que l'organisme possède déjà tous les pouvoirs dont il a besoin et qu'aucune nouvelle règle ou politique n'est nécessaire pour le moment.
"Personne n'aime dire qu'il supporte le statu quo, mais je pense que dans le cas présent, le conseil a tous les mécanismes qu'il faut pour faire une adjudication qui soit judicieuse et équitable, dans le meilleur intérêt du système", a-t-il expliqué à l'issue de sa présentation.
L'avocat sait de quoi il parle, puisqu'il a lui même présidé l'organisme de 1983 à 1989.
Même si elle tranche avec celle des autres radiodiffuseurs privés, cette position n'étonne pas outre mesure Pierre Bélanger, professeur de communications à l'Université d'Ottawa.
À son avis, Astral tente en effet de faire le moins de vagues possibles en attendant d'avoir reçu l'aval des autorités pour son projet d'acquisition de Standard Broadcasting. La décision dans ce dossier d'importance pour l'entreprise est attendue d'ici deux semaines.
M. Bélanger souligne toutefois que toutes les sociétés privées qui ont témoigné jusqu'à maintenant s'opposent à une augmentation de leur fardeau réglementaire.
"La dernière chose qu'on veut, c'est augmenter les barrières qui empêcheraient les entreprises de croître, a-t-il fait valoir. Dans le grand plan de match, les entreprises canadiennes demeurent quand même relativement mineures. Ce qu'elles veulent, c'est avoir les moyens d'accroître leur portée et leur signification."
L'audience publique du CRTC sur la diversité des voix doit normalement prendre fin vendredi. Le Conseil s'en inspirera pour établir un nouveau cadre réglementaire qui assurerait la diversité des voix tout en permettant au marché des médias d'évoluer.
Jusqu'à maintenant, seule la Société Radio-Canada s'est montrée favorable à l'adoption d'un nouveau cadre qui protégerait son statut particulier de société d'Etat.
Le ton devrait cependant changer dès mercredi alors que les associations professionnelles et syndicales de l'industrie viendront témoigner. La plupart de ces groupes se sont vigoureusement opposés aux grandes fusions des dernières années, et notamment à celle qui a fait passer TVA et Vidéotron dans le giron de Quebecor.
D'après M. Boulanger, ces organisations n'obtiendront peut-être pas ce qu'elles veulent, mais leur travail n'est pas inutile puisqu'il sensibilise le public à l'importance de préserver la liberté de presse et la diversité des points de vue dans les médias.
"C'est une menace qui est très saine. Ce que fait ce discours, c'est attirer l'attention sur l'importance de veiller à la sauvegarde d'une pluralité. Ça force la main au CRTC et ça rappelle aux entreprises qu'on les a à l'oeil", a-t-il souligné mardi.
À son avis, rien ne permet toutefois d'affirmer que la convergence a eu des effets pervers sur les médias.

© La Presse Canadienne, 2008

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