«Surviving My Mother»: au cœur des relations mère-fille (entrevue)
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| Caroline Davernhas dans une scène de «Surviving My Mother». |
«Surviving My Mother» prend l'affiche au Québec le 2 novembre. Écrite par Steve Galluccio et réalisée par Émile Gaudreault, les créateurs de «Mambo Italiano», cette comédie dramatique traite des relations mère-fille. Showbizz.net a rencontré le réalisateur et trois comédiennes de ce long-métrage dans lequel une femme qui s'est dévouée pour sa mère tentera de mieux connaître sa propre fille.
Le film met en vedette Caroline Dhavernas, Ellen David, Véronique Le Flaguais, Louison Danis, Colin Mochrie, Adam J. Harrington et Christian Bégin.
Le film
«Surviving My Mother» («Comment survivre à sa mère») est une comédie dramatique tournée en anglais sur les relations complexes entre mères et filles. Dans ses derniers instants, la mère de Clara, amère et en colère, lui déclare qu'elle veut apprendre à la connaître. Cette révélation la trouble profondément. En effet, comment une mère peut-elle affirmer ne pas connaître cette femme qui a relégué au second plan ses désirs, sa fille Bianca et son mari Richard? Dès cet instant, Clara se promet de ne pas répéter cette erreur avec sa propre fille: elle fera tout pour comprendre Bianca, jeune femme de 21 ans. Alors qu'elle traque la vie de sa fille, Clara découvre une réalité troublante. Pourra-t-elle accepter qui est vraiment Bianca?
Au fil de l'histoire, on en profitera pour aborder certaines situations taboues. On se gardera toutefois bien de les mentionner, question de ne pas gâcher la surprise… Le réalisateur aime surprendre, explorer des zones dramatiques qui n'ont pas été souvent abordées au cinéma.
Le film a été produit par Denise Robert et Daniel Louis alors qu'Alliance Vivafilm en est le distributeur.
L'oeuvre a reçu le prix du film canadien le plus populaire dans le cadre de la dernière édition du Festival des Films du Monde et elle a été accueillie chaleureusement au Festival international du film de Calgary où elle a récemment été présentée.
Les personnages
L'actrice anglophone montréalaise Ellen David personnifie Clara. La comédienne est une habituée de l'univers de Galluccio. Elle a joué dans sa pièce «Mambo italiano» avant de tenir un rôle dans son adaptation cinématographique. Elle a aussi tourné dans la télésérie «Ciao Bella» du même auteur.
Mme David croit que le rôle de Clara est extraordinaire. Elle apprécie également le fait que «Surviving My Mother» raconte l'histoire de trois générations de femmes. Pendant que Clara prenait soin de sa mère, elle a voulu protéger sa propre fille des dures réalités de la vie et de la maladie mais l'a toutefois «poussée dans une autre direction. À vouloir protéger les enfants, on peut les envoyer vers une réalité plus dure», explique la comédienne. Ainsi, Bianca trouvera refuge dans la sexualité et la séduction.
Clara voudra mieux comprendre Bianca. Elle commencera notamment à se vêtir de manière plus sexy. «Elle veut savoir c'est quoi la vie de sa fille. Quels sont ses intérêts, ses livres, sa musique, son maquillage, ses vêtements. Elle veut se rapprocher d'elle», explique Mme David. Lorsque Clara découvrira qu'elle est responsable de certains des comportements de sa fille, elle sera ébranlée.
Caroline Dhavernas personnifie Bianca, étudiante modèle à l'université le jour; impitoyable séductrice la nuit. Gaudreault a tout d'abord approché la comédienne pour tourner dans son film. Les deux se sont ensuite rencontrés pour discuter du juste équilibre à donner entre le drame et la comédie ainsi que du ton que Caroline devait préconiser dans son jeu, raconte-t-elle.
Celle qu'on a vue dans la série «Wonderfalls» aime bien jouer des personnages complexes et loin d'elle. Elle apprécie les films qui dépeignent une réalité un peu noire, avec une certaine touche d'humour. Ils sont plus intéressants. «Ma vie est plutôt banale comparée à celles de la plupart des personnages que j'ai joués», s'esclaffe l'actrice de 29 ans.
Bianca est un personnage complexe mais intéressant pour Caroline Dhavernas: «En apparence, elle peut avoir l'air de la jolie jeune femme qui va bien. C'est le côté (de sa personne) qu'elle choisit de montrer à sa famille. C'est pour cette raison que sa mère découvre un monde (différent) lorsqu'elle décide de mieux connaître sa fille. Sa double vie est un peu sa bulle.» Le personnage n'appréciera pas du tout que sa maman fouine dans ses affaires et la suive même en cachette. Des années de frustrations remonteront alors à la surface, dit-elle: «C'est comme un bouchon de champagne».
«Les films qui portent sur la famille sont toujours intéressants», ajoute-t-elle.
Bianca «a l'air à l'aise dans sa sexualité mais cela l'empêche de se rapprocher des hommes.» Elle désire se faire aimer mais lorsqu'une relation «commence à ressembler à de l'amour, c'est comme si on avait besoin d'elle. Elle fuit», explique Caroline. Elle ressent un besoin constant d'être en contact même si ces échanges ne sont pas de nature affective, renchérit le réalisateur Émile Gaudreault.
Véronique Le Flaguais campe la mère de Clara, une vieille dame détestable. «Elle est malheureuse car elle n'a pas fait ce qu'elle a voulu dans la vie. Elle est aigrie. Elle jette son dévolu sur sa fille», dit Mme Le Flaguais au sujet de son personnage. La comédienne croit d'ailleurs que la dame est devenue méchante suite à la maladie. Elle n'a pas de tact et aucune diplomatie.
Au départ, le cinéaste voulait d'une vraie aînée pour jouer ce personnage. Il a donc passé des auditions, raconte l'actrice, mais avait de la difficulté à trouver des vieilles dames qui avaient «le sens du comique». «Il s'est rappelé que j'avais joué beaucoup de rôles de vieilles et que j'avais fait beaucoup (de personnages comiques). Il m'a demandé si j'étais intéressée. J'ai lu le scénario et j'ai tout de suite été séduite. J'ai dit oui», raconte Mme Le Flaguais. Elle devait par contre se plier à quelques conditions: faire des tests de maquillage (trois heures furent nécessaires pour transformer la comédienne); trouver le bon ton, la voix du personnage; et parler anglais sans accent. Il est toutefois plus facile de bien s'exprimer dans la langue de Shakespeare lorsqu'on répète un texte et qu'on en livre les répliques, dit-elle.
«Les auteurs ont réussi à écrire un drame mais avec de l'humour… Pour que ce soit moins lourd», dit Mme Le Flaguais à propos du film.
Le réalisateur
«Surviving My Mother» est le troisième long-métrage d'Émile Gaudreault («Mambo italiano», «Nuit de noces») à titre de réalisateur.
Comment est né ce nouveau «bébé» du cinéaste? Galluccio avait écrit une pièce de théâtre et a ensuite fait lire son texte à la productrice Denise Robert. Celle-ci a trouvé que l'idée se destinait davantage au grand écran qu'à la scène, explique Gaudreault. On a ensuite demandé à ce dernier d'en faire l'adaptation pour le cinéma avec l'auteur et de réaliser la version pour le grand écran.
«Le film parle de sujets graves avec un rythme de comédie. C'est comme si la comédie prenait ses racines dans le drame intense», explique le cinéaste. Gaudreault avait comme principal défi de trouver le bon ton, le juste équilibre entre le drame et la comédie, dit-il. Trois mois ont été requis pour le montage. Habituellement, au Québec, six semaines sont nécessaires. «Il fut long à trouver, ce film», affirme l'homme!
Dans cette oeuvre, les hommes n'ont pas le beau rôle. Ils sont soit mous comme Richard, l'époux de Clara, ou des dragueurs impénitents, remarque la journaliste. «Ce ne n'est pas intentionnel mais c'est un film où les personnages masculins sont les faire-valoir. Habituellement, au cinéma, ce sont les femmes qui ont ce genre de rôle. Elles sont la blonde ou l'épouse tandis que ce sont les hommes qui vivent les aventures. Dans notre cas, ce sont les femmes qui vivent les aventures. Je crois que c'est pour cette raison que le film plaît beaucoup aux hommes, d'une certaine façon», explique Gaudreault.
Il dit avoir reçu beaucoup de commentaires de la part de spectateurs masculins qui furent surpris d'aimer ça. Les hommes vont parfois voir des longs-métrages qui se destinent avant tout aux femmes sauf que les protagonistes féminins «au cinéma, sont souvent en rapport avec les hommes», ajoute le réalisateur. «(Dans mon film), on voit des personnages féminins avec plusieurs facettes. C'est plus le fun pour les gars à regarder.»
Plusieurs comédiens de ce long-métrage sont francophones. Pourquoi l'avoir tourné en anglais? «Le film a été produit grâce au succès au box-office en anglais de Mambo italiano. Cet argent devait être transféré dans un autre film en anglais», répond tout simplement Gaudreault.
Le cinéaste a jeté un coup d'œil du côté des actrices canadiennes anglophones et a remarqué que les meilleures comédiennes se trouvaient au Québec, «les plus vraies, les plus drôles, les plus charismatiques».

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