Herbie Hancock: le musicien explore les paroles avec «River: The Joni Letters»
Le 27 octobre 2007 - 13:00
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Herbie Hancock admet qu'il était tellement captivé par la musique qu'il ne portait pas vraiment attention aux paroles de ses chansons, même avec son album "Gershwin's World", qui lui a valu un prix Grammy.
Mais la vision du pianiste de jazz a changé quand il a enregistré un album des chansons de Joni Mitchell, une amie de longue date avec qui il partage un intérêt pour les styles musicaux qui défient toute catégorisation.
Hancock a collaboré pendant des mois avec le co-producteur Larry Klein, l'ancien mari et partenaire musical de longue date de Mitchell, pour analyser les paroles et choisir les chansons de son nouvel album, "River: The Joni Letters". Il a même transcrit les paroles pour en discuter avec ses collègues musiciens avant d'enregistrer chaque pièce - ce qu'il n'avait jamais fait auparavant en studio.
"C'est un territoire que je n'ai jamais vraiment exploré dans le passé (...) mais sachant que la musique de Joni émerge vraiment des paroles, j'étais déterminé (...) à tout faire pour m'assurer que les paroles étaient la pierre d'assise, a dit l'homme de 67 ans depuis Tokyo, où il est en tournée. J'ai commencé à jouer du piano à 7 ans (...) et je n'ai jamais regardé les paroles. C'est typique des musiciens de jazz. Nous sommes tellement obnubilés par la mélodie, l'harmonie, les textures (...) que même quand j'entends des paroles en anglais, ça pourrait aussi bien être en polonais."
Il y a un an, Hancock a accepté avec joie la proposition d'une dirigeante de Verve Records, Dahlia Ambach-Caplin, d'enregistrer un album de la musique de Mitchell, avec qui il a collaboré pour la première fois en 1979.
À cette époque, Hancock s'était mis à dos les puristes du jazz en explorant le jazz-funk électronique, pendant que les partisans de Mitchell s'inquiétaient de la voir explorer le jazz et la musique mondiale.
"Nous avions le même problème de deux points de vue différents, a dit Mitchell à la fin septembre. Il allait trop loin dans le pop et j'allais trop loin dans le jazz. On nous a accusés de `commercialisme' et on nous a prévenus que nous allions perdre des ventes. J'imagine que c'était un défi pour lui d'enregistrer ma musique. Les harmonies sont aussi larges que celles du jazz, et on a donc une grande liberté pour choisir les notes (...) mais c'est à l'extérieur des règles du jazz."
Hancock et Klein ne voulaient pas simplement rendre hommage à Mitchell avec cet album. Plutôt, "River" reflète la vision personnelle qu'a Hancock de la musique de Mitchell, de son point de vue de musicien jazz. Il a donc rassemblé autour de lui des chanteuses qui pourraient approcher le jazz de leur propre point de départ, comme Norah Jones, Corinne Bailey Rae et la Brésilienne Luciana Souza.
Le mentor poétique de Mitchell, le Canadien Leonard Cohen, clôt l'album avec une récitation rocailleuse de "The Jungle Line", le regard surréaliste que jette Mitchell sur un club de jazz, accompagné des accords épars de Hancock au piano.
"J'aime toujours inclure des éléments inattendus sur mes albums", a expliqué Hancock.
Le plus inattendu de tous est peut-être l'interprétation étonnamment calme que fait Tina Turner de "Edith and the Kingpin", au sujet des clients malfamés d'un bar.
"Il y a une pureté et une subtilité à la manière dont elle chante `Edith and the Kingpin', à laquelle nous ne sommes pas habitués d'elle, a dit Hancock. Je pense qu'elle est en train d'inventer la nouvelle Tina."
Hancock n'a pas informée Mitchell de son projet avant le mois de janvier, quand il a participé à sa cérémonie d'intronisation au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens. Mitchell a décidé de participer à l'album en chantant "Tea Leaf Prophecy", qui relate la cour que se sont faits ses parents pendant la Deuxième Guerre mondiale, en hommage à sa mère, Myrtle Anderson, qui est décédée en mars à l'âge de 95 ans.
Hancock a été surpris par la différence entre cette version et la version originale, qu'on retrouvait sur l'album "Chalk Mark in a Rainstorm", en 1998.
"Joni est une des meilleures chanteuses de jazz que j'ai jamais entendue _ c'est dans ses paroles, son choix de notes et les choix qu'elle improvise. Elle n'a pas peur d'explorer", a dit Hancock.
Il ajoute que de s'être attardé en détail aux paroles composées par Mitchell n'a fait qu'augmenter le respect qu'il a pour elle.
"Elle a le courage d'exprimer ce qu'elle ressent vraiment et ce en quoi elle croit, a-t-il dit. Elle n'a pas peur de se prononcer sur les crises de l'époque (...) et elle le fait d'une manière si belle et si imagée... Et donc, en tant qu'humanitaire, Joni Mitchell reflète vraiment sa confiance envers la vie humaine et sa relation avec notre environnement."

© La Presse Canadienne, 2008

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