Déboires de TQS: Christine St-Pierre blâme Radio Canada
Le 10 janvier 2008 - 14:40
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Par Martin Ouellet.
La société Radio-Canada devra assumer une lourde part du blâme si jamais TQS ferme ses portes, a soutenu jeudi la ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre.
Au cours d'un événement public, jeudi à Québec, la ministre a prononcé des mots très durs à l'endroit de son ancien employeur, laissant entendre qu'il se comportait comme le fossoyeur du mouton noir de la télé.
Si jamais le propriétaire majoritaire Cogeco met la clé sous la porte de TQS, "on va trouver une balle de Radio-Canada près du coeur", a dit Mme St-Pierre, qui a été reporter pendant des années à la société d'Etat avant de se lancer en politique.
La ministre faisait allusion à la décision de Radio-Canada de se désaffilier des stations régionales de TQS à Sherbrooke, Trois-Rivières et Saguenay _ ce qui aura pour effet de multiplier par deux les pertes du réseau privé, d'après Cogeco.
Cette décision de réseau public "a peut-être mené à la situation dans laquelle se trouve TQS", a estimé Mme St-Pierre.
Sans présumer des intentions de la ministre, il importe de préciser que l'ancienne journaliste entretient des relations pour le moins tendues avec ses anciens patrons.
En effet, Mme St-Pierre n'a jamais accepté que Radio-Canada la congédie à la suite de son élection dans la circonscription de l'Acadie à la dernière élection générale, l'an dernier. Elle a enclenché un processus de contestation de la décision.
Reste qu'elle n'a jamais caché son inquiétude de voir disparaître, avec TQS, une autre source d'information au Québec.
Accablé par des problèmes financiers, incapable de trouver un acheteur, TQS s'est placé en décembre sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies. La protection légale dont jouit l'entreprise prendra fin le 18 janvier.
A quelques jours d'une possible fermeture de la station, la ministre St-Pierre dit conserver l'espoir qu'un promoteur de la dernière chance se manifeste et relance l'entreprise.
"J'espère que TQS ne mourra pas. C'est ce que je souhaite. Il y a 650 emplois en jeu", a-t-elle fait valoir.
Copropriété de Cogeco (60 pour cent) et de CTVglobemedia (40 pour cent), TQS a accumulé les déficits de manière chronique depuis sa création en 1985, mis à part quelques millions $ en bénéfice d'exploitation dégagés entre 2003 et 2005.
La dette bancaire du mouton noir s'élève actuellement à 15,4 millions $, à quoi s'ajoutent d'autres créances pour un endettement total de plus de 68 millions $.
En annonçant le mois dernier la décision de placer TQS sous la protection de loi, le président et chef de la direction de Cogeco, Louis Audet, avait lui aussi pris à partie la société d'Etat.
Entre autres, il avait accusé Radio-Canada de se livrer à de la "surenchère" pour l'acquisition de séries nationales et internationales, faisant grimper les coûts d'exploitation de façon "démesurée" dans l'industrie.
Les propos lapidaires de Mme St-Pierre, qui s'ajoutent à ceux du grand patron de Cogeco, ont fait réagir en fin d'après-midi la direction de la société d'Etat.
"C'est avec surprise que Radio-Canada a pris connaissance des affirmations de Christine St-Pierre (...) à l'effet que Radio-Canada serait à blâmer dans une éventuelle faillite de TQS", souligne, dans un communauté, le diffuseur public.
"Les conditions actuelles du marché de la télévision francophone suffisent amplement à expliquer la précarité vécue par TQS", soutient Radio-Canada.
Le diffuseur reconnaît que sa décision d'établir ses propres stations de télévision à Trois-Rivières, Sherbrooke et Saguenay alourdira le fardeau financier de TQS, mais comme cette transformation ne sera effective que le 1er avril 2009, "elle n'a absolument rien à voir avec les problèmes actuels du réseau", se défend Radio-Canada.

© La Presse Canadienne, 2008

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