Par Michel Dolbec.
Le numéro un de la Francophonie, Abdou Diouf, et le premier ministre Jean Charest se sont montrés déterminés vendredi à Paris à "préserver l'intégrité" de la TV5, pour qu'elle ne devienne pas "la voix de la France".
La plus grande incertitude entoure l'avenir de la chaîne francophone. Considérée comme "le plus grand succès de la Francophonie", celle-ci risque d'être avalée par une nouvelle entité dans le cadre de la réforme de "l'audiovisuel extérieur'' français souhaitée par le président Sarkozy. Appelée "France Monde", cette holding coifferait la chaîne d'information France 24, la radio RFI et TV5 Monde.
Après une rencontre avec Jean Charest au siège de l'Organisation internationale de la Francophonie, Abdou Diouf a fermement rejeté cette hypothèse et en a appelé à "continuer le combat".
"Parlons peu, parlons bien, a-t-il lancé. Il ne peut pas y avoir un "France Monde'' qui chapeaute TV5. Ce n'est pas possible. Cela ferait de TV5 une filiale de la France, donc une voix française. Je ne peux pas concevoir ça. Ce n'est pas logique."
"Nous sommes exactement sur la même longueur d'ondes, a renchéri Jean Charest. C'est une logique implacable. Pour fonctionner correctement, TV5 doit fonctionner indépendamment de la politique audiovisuelle extérieure que la France a tout à fait le droit de se donner."
Plus tôt en matinée, le premier ministre québécois avait évoqué le dossier avec son homologue français François Fillon. "Rassurant", le chef du gouvernement aurait "réitéré l'adhésion de la France à TV5". Il n'est pas parvenu toutefois à dissiper les inquiétudes québécoises et c'est un Jean Charest "toujours préoccupé" qui a répondu aux questions des journalistes dans la cour de l'hôtel Matignon.
L'avenir de TV5 commence à provoquer de sérieuses tensions entre la France et les partenaires suisses, belges et canadiens de la chaîne multilatérale.
Mercredi, la Communauté française de Belgique a ainsi prévenu qu'elle suspendra son financement si TV5 Monde se transforme en "outil de rayonnement franco-français". Puis vendredi, la Télévision suisse romande a menacé à son tour de retirer ses billes.
"Si la dimension multilatérale de TV5 n'est pas garantie, nous n'avons pas vocation à y rester", a prévenu le patron de la TSR, Gilles Marchand, cité par l'AFP. La TSR détient 12 pour cent du capital de TV5.
Pour l'instant, le Québec ne veut pas envisager cette piste.
"On n'est pas rendu là, au Québec. On est encore en discussions. On va
continuer à travailler avec tous les membres de la Francophonie et à rappeler à la partie française l'importance de TV5", a précisé Jean Charest.
Il reste que si la France prend le contrôle de TV5 (et surtout de son vaste réseau de diffusion), les partenaires n'auront d'autres choix que de se retirer.
"S'il n'y a plus de chaîne multilatérale, si ça devient une chaîne française, il est évident qu'il n'y a que la France qui pourra la financer", a prévenu M. Diouf.

© La Presse Canadienne, 2008