Fonds canadien de télévision: l'organisme veut convaincre les députés de son utilité
Le 3 février 2008 - 18:19
|

|
Copier/Coller le code suivant à l'endroit voulu
|
|
[Fermer]
|

|
Par Karine Fortin.
Annie et ses hommes, les Soeurs Eliott et les vedettes de Lance et compte prendront un verre au parlement fédéral lundi soir. Le Fonds canadien de télévision (FCT), qui a financé leurs péripéties sur nos écrans, leur paie en effet une tournée dans l'espoir que leur succès convaincra les politiciens et le public de l'appuyer alors que s'ouvrent des audiences cruciales pour son avenir.
L'organisme qui soutient la production d'émissions de télévision a traversé une grave crise au début de 2007 quand les câblodistributeurs Vidéotron et Shaw ont suspendu unilatéralement leur contribution financière à son budget et dénoncé publiquement son fonctionnement.
L'intervention du gouvernement et celle du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications (CRTC) a permis d'apaiser la crise et le FCT a pu fonctionner normalement pendant que son avenir faisait l'objet de débat à la Chambre des communes, puis au sein d'un comité d'experts qui a publié son rapport en juillet dernier.
Ce document recommandait notamment au fonds de s'adapter aux nouvelles réalités du marché et de s'ouvrir aux nouveaux médias dont l'Internet et la vidéo sur demande. Il a suscité tellement d'intérêt dans l'industrie que le CRTC a décidé de tenir des audiences publiques d'une semaine à Gatineau.
Les dirigeants du FCT seront les premiers à témoigner lundi matin. Ils reviendront vendredi pour clôturer une semaine qui s'annonce chargée. Radio-Canada, Quebecor Média, Canwest et l'Union des artistes sont parmi les organisations qui feront valoir leur point de vue devant les commissaires.
Le fonds entend prouver sa pertinence en insistant sur ses succès de la dernière année. Le vice-président responsable de la politique stratégique et des relations avec l'industrie, Stéphane Cardin, a souligné que 9 des 20 émissions les plus populaires de 2007 au Québec ont été financées par l'organisme qui dispose d'un budget d'environ 290 millions $ par an. "De plus en plus, une tendance se dessine qui démontre que les émissions appuyées par le fonds ont beaucoup de succès, même à l'international", a-t-il déclaré, en citant en exemple les séries "Minuit le soir" et "Les hauts et les bas de Sophie Paquin", qui ont récemment été vendues à France 2.
L'organisme dit en outre avoir apporté certains changements à son fonctionnement. Il a simplifié ses politiques et lignes directrices en plus de travailler à la mise sur pied d'un projet pilote de financement d'émissions pour les nouveaux médias comme les téléphones cellulaires, par exemple.
Les câblodistributeurs Vidéotron et Shaw n'en démordent pas pour autant. Au cours des derniers mois, ce dernier a même fait paraître des publicités dénigrant le FCT dans l'hebdomadaire The Hill Times, distribué sur la colline parlementaire à Ottawa.
Le pdg de l'entreprise, Jim Shaw, a dit à plusieurs reprises qu'à son avis, financer le FCT équivalait à jeter de l'argent par les fenêtres. La maison mère de Vidéotron aimerait pour sa part se retirer du fonds pour investir uniquement dans les émissions diffusées sur ses chaînes, dont TVA.
D'après le professeur Hubert Lalande, le FCT subit les contrecoups des importants bouleversements qu'Internet et les nouvelles technologies ont entraînés dans l'univers des médias traditionnels.
Le spécialiste des communications à l'Université d'Ottawa explique que les auditoires et les ventes publicitaires des chaînes baissent pendant que leurs coûts de production augmentent. A ses yeux, on a affaire à "une industrie qui est en crise." Pour lui, l'importance du FCT ne fait aucun doute. "Sans le fonds, il n'y aurait pas de télévision canadienne. Il est incontournable", martèle-t-il. Mais la route à suivre pour assurer son avenir n'est pas toute tracée.
"C'est tout un défi de trouver une réponse", souligne-t-il. Il y a un énorme point d'interrogation au niveau des modèles économiques."

© La Presse Canadienne, 2009

Articles reliés [Médias]
|