Boom Desjardins: juste pour voir le monde (entrevue)
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| Le chanteur Boom Desjardins. |
L'ex-leader du groupe La Chicane Boom Desjardins vient de lancer un deuxième album solo intitulé «On se ressemble tant». Ce disque ne se voulait pas autobiographique à prime abord. À force d'introspection et de se pencher sur les chansons en entrevue avec des journalistes, l'artiste se rend compte que les sujets qu'il aborde sur cette galette le touchent particulièrement Showbizz.net a rencontré Boom dans un restaurant du centre-ville de Québec mercredi.
Boom Desjardins a réalisé «On se ressemble tant». Il s'est entouré d'une belle équipe de musiciens pour l'enregistrer: Yannik Boivin (batterie); Maurice «Soso» Williams (basse); Danny Ranallo (guitare); François Blouin (piano) et Éric Maheux (basse).
En entrevue, il est franc. Il laisse parler ses émotions et n'a pas peur d'exprimer ses opinions. Il est loquace et très articulé. On voit qu'il a le feu sacré et qu'il a son public à cœur. Paradoxalement, Boom va vouvoyer son interlocutrice même s'il met ses tripes sur la table pendant l'entretien. Reporters et musiciens se tutoient généralement lors d'entrevues. Veut-il établir une certaine frontière entre les deux ou agit-il par simple politesse? Une chose est certaine, le chanteur en a beaucoup à dire.
Des textes qui parlent aux gens
Lorsqu'on porte attention aux textes, «On se ressemble tant» fait souvent allusion à l'amour perdu ou absent. Celui qu'un père divorcé porte à sa progéniture («Le temps que tu réveilles») ou celui d'un aîné pour ses enfants et petits-enfants qui ne l'ont pas vu depuis longtemps («La photo du bonheur»)… Il a d'ailleurs «l'impression que c'est une personne âgée qui l'a écrite».
La chanson «Oublier» fait référence à la maladie d'Alzheimer et à un conjoint qui voit l'autre dépérir tandis «C'est quoi ton nom» met en scène un homme qui a le béguin pour une fille sauf que la belle déménagera avant qu'il n'ait eu le temps de lui déclarer sa flamme. Il s'agit d'un clin d'œil au côté froid et impersonnel de la grande ville.
«Ce sont toutes des choses qui ne sont pas dans ma vie! C'est la première fois qu'on me parle de ça. Il y a un sentiment de perte. Je n'avais même pas analysé ça comme ça. J'ai écrit cet album en pensant aux autres sauf que ces choses viennent me toucher. J'ai peut-être peur que ça m'arrive à quelque part, inconsciemment», répond le chanteur lorsqu'on lui mentionne cette place accordée à l'amour perdu. Lors de l'écriture, il dit toutefois qu'il n'était pas dans un état d'esprit propice à ce genre de craintes. «Effectivement, je ne voudrais pas que ça m'arrive, être tout seul dans un foyer. J'ai des enfants. J'espère qu'ils auront le goût de me voir jusqu'à temps que je m'éteigne. C'est très égoïste ce que je viens de dire mais je vais tout faire pour qu'ils restent à mes côtés.»
«L'ego» jette quant à elle un regard sur l'égocentricité. «C'est un peu le problème de la planète. Les décisions que l'on prend sont souvent attribuables à l'égocentricité. On envie les autres (…). Même les guerres!», dit-il. On ne parle pas seulement des grands conflits à l'échelle planétaire mais aussi de petites guerres qui ont lieu au bureau, par exemple. «Moi, j'ai un truc. J'ai un nouveau chum qui me suivait depuis longtemps et il m'arrive de lui parler. C'est l'ego. Hé, tu veux te calmer? Ce n'est pas si grave que ça, il m'arrive de lui dire parfois», raconte Boom. L'artiste dit faire la différence entre lui et son ego pour éviter de se choquer ou s'offusquer inutilement. Le morceau touche les gens du showbiz mais peut aussi s'adresser aux politiciens. Il se dit personnellement interpellé par la chanson. Il découvert que plusieurs n'avaient pas le contrôle sur leur ego. Il en profite ensuite pour causer politique et lancer une flèche à l'égard de George W. Bush.
À l'exception de la pièce «Le temps que tu te réveilles», qui fut inspirée par l'histoire d'un homme qui racontait son vécu de père divorcé à la radio, les nouvelles chansons de l'artiste ne font pas référence à un individu ou à un cas en particulier.
Il dit avoir été beaucoup inspiré par les gens qui assistent à ses spectacles, des personnes de tous âges. «J'ai l'impression que je fais partie de la famille et c'est (à ces gens) que j'ai pensé lorsque j'ai écrit cet album», dit-il. «J'ai essayé d'aborder des choses qui touchent tout le monde: riche, pauvre, noir, jaune, blanc… Nous avons tous un père, une mère… Nous allons tous devenir vieux un jour», ajoute Boom.
«Je n'arrête pas de dire que c'est impersonnel mais ce sont des choses qui viennent me chercher (…) Au début, je disais que c'était mon album le plus impersonnel puis je me rends compte que c'est très personnel. (On parle) de beaucoup de choses qui me font peur dans la vie», lance-t-il au sujet de ce nouvel album alors que son premier effort solo se voulait supposément plus autobiographique!
À l'écoute, on peut s'approprier les chansons et les adapter en fonction de sa propre histoire. L'auteur-compositeur et interprète aime quand même expliquer la nature de ses pièces et sa vision: «En arrière de chaque chanson, il y a un message.».
Certains compositeurs mettent en musique des mots que peuvent s'approprier tout le monde «mais qu'on ne peut pas nécessairement définir. Je ne suis pas capable faire ça. Ma mission, ce n'est pas ça. Au-delà du divertissement que la musique peut apporter, je pense qu'en tant qu'auteur-compositeur, je suis capable de faire un petit peu plus», ajoute Boom, qui ne traite pas toujours de sujets positifs et hop la vie.
Boom Desjardins reçoit beaucoup de témoignages de gens qui ont vécu une perte ou un deuil et qui ont cherché un certain réconfort dans sa musique. «J'ai l'impression qu'on me connaît l'autre bord. Ma mission est peut-être un peu prétentieuse mais j'ai l'impression qu'elle est plus grande que seulement d'écrire des chansons et de vendre des disques. Beaucoup d'enfants ont traversé avec mes chansons. Tout ce que j'ai vécu m'a permis de comprendre que je faisais un métier extraordinaire», dit-il. Il est conscient que son travail entraîne une certaine responsabilité.
L'écriture
L'artiste a composé ses chansons tout seul, tôt le matin. Le processus de composition est bien différent que lorsqu'on écrit en groupe, une bande de gars rassemblés dans un chalet.
Il a composé à composer «On se ressemble tant» «presque avant le début de (son) année sabbatique il y a trois ans», raconte le chanteur. Il n'avait pas à se soumettre à aucuns délais, aucunes préoccupations. Tout son regard était porté vers la création. «Je me suis fermé les yeux et j'ai imaginé les gens qui sont au spectacle. J'ai essayé de m'imaginer des moments de leur vie», ajoute-t-il.
En prenant son temps, Boom est convaincu que la qualité du matériel y gagne lorsqu'un artiste prend son temps. Par conséquent, son auditoire en bénéficie.
Internet et l'industrie de la musique
La discussion bifurque au sujet d'Internet. Le site iTunes a permis à Boom de découvrir de nouveaux artistes et d'en redécouvrir qu'il écoutait dans le passé. Pour lui, il s'agit d'un outil incroyable pour les artistes.
Internet offre plusieurs possibilités. Le chanteur pourrait faire une nouvelle chanson et la mettre sur son site Web sans l'accord d'une compagnie de disques. Ça réduit le nombre d'intervenants, pense-t-il. Par conséquent, plusieurs acteurs du milieu de la musique peuvent être craintifs. L'avenir de la musique n'est pas en cause. C'est plutôt l'avenir du disque qu'il faudra revoir, selon lui. De plus, l'industrie ne sert pas toujours les intérêts des artistes, à son avis.
Internet a redonné aux gens le goût d'écouter de la musique. C'est comme le phénomène «Star Académie», dit-il. Même si certains furent critiques à l'égard de l'émission, elle a quand même donné au public le goût de voir des spectacles, croit-il. «Ça a relancé l'industrie du spectacle! Parlez-en aux diffuseurs!»
La scène et les projets
Boom Desjardins jouera dans quelques festivals cet été. Toutefois, il amorcera la tournée liée à son nouvel album à l'automne.
Pour lui, faire un album est ensuite une excuse pour faire des shows: «C'est comme avoir un rendez-vous avec maîtresse. Je ne veux pas la décevoir. J'essaie de donner le meilleur spectacle possible pour qu'elle ait une autre aventure avec moi», lance-t-il en ajoutant qu'il a l'impression que son public «devient une personne avec qui (il est) en amour». Son sentiment d'appartenance est ainsi accru. «Ma blonde, la seule personne avec qui elle me permet de la tromper, c'est mon public», dit-il en souriant.
Sur scène, il va se produire avec ses musiciens habituels. «C'est du bon monde», lance-t-il. Pour Boom, il est important de s'entourer de gens qui aiment les autres. C'est la même chose pour les artistes qu'il compte accueillir chez Étiquette B, la compagnie de disques qu'il a fondée et par l'entremise de qui il a lancé «On se ressemble tant».
Pour l'instant, Boom n'a pas encore signé de contrats avec d'autres artistes. Il cherche des gens qui ont certes du talent mais qui ont aussi de belles qualités humaines. Il souhaiterait faire affaire avec des personnes jeunes qui n'ont «pas encore rushé professionnellement». Il est aujourd'hui possible de percer dans le métier sans avoir fait les bars et appris à la dure école de la musique«lorsqu'on a une bonne vision du show-business», selon lui. Cette jungle est beaucoup plus simple qu'on ne le croît, dit Boom, qui en sait pas mal sur ses rouages.
Rappelons qu'à la fin de février, la firme DEJA Musique et Boom avaient annoncé dans un court communiqué qu'ils avaient conclu un règlement hors cour qui met fin aux différends contractuels qui les ont opposés.
En 2004, Boom Desjardins avait sorti son premier album solo sur étiquette DEJA Musique (autrefois connue sous le nom DKD Disques). L'ex-groupe de l'artiste, La Chicane, était aussi associé à ce label.
Selon le communiqué qui se faisait avare de détails, «le conflit entre les parties avait pris naissance en septembre 2006 relativement à des différends contractuels irréconciliables.» Aux termes du règlement, les deux parties ont mis un terme définitif à leur collaboration.
Pour en savoir plus sur Boom Desjardins et son agenda, consultez son site Internet en cliquant ici. Veuillez noter qu'au moment de rédiger cet article, le site était toujours en construction.
Le 14 octobre, le chanteur devrait notamment présenter un spectacle à Québec.

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