Mort de Paul Buisson: le jeu de cache-cache à l'hôpital St-Eustache est à la base de la poursuite
Le 2 avril 2008 - 19:04
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| Paul Buisson |
Par Rollande Parent
Une cascade de gestes médicaux inadéquats suivie d'un jeu de cache-cache et d'une absence de compassion à l'égard des proches de Paul Buisson, un animateur à RDS décédé à l'hôpital Saint-Eustache en avril 2005, sont à l'origine de la poursuite judiciaire de plus de 3 millions $ intentée contre l'hôpital et deux de ses médecins.
M. Buisson, qui avait 41 ans, s'est présenté à l'urgence en raison de douleurs causées par des pierres au rein. Des narcotiques lui ont été administrés. Il s'est retrouvé par la suite en arrêt respiratoire, ce qui a nécessité une intubation qui a mal tourné. Il en est mort.
Ébranlée, mais désireuse de comprendre la tournure des événements, la conjointe de Paul Buisson depuis plus de 20 ans, Suzanne Aubin, a demandé une copie du dossier médical de son conjoint, ce qui lui a été refusé. Elle l'a finalement obtenu, beaucoup plus tard, par le biais de l'enquête du coroner.
En conférence de presse, mercredi, Mme Aubin a expliqué avoir beaucoup hésité avant de plonger dans une procédure judiciaire. Elle a finalement trouvé la motivation suffisante: il fallait faire en sorte que cela ne se reproduise plus. Pour cela, les carences de fonctionnement du système de santé devaient être identifiées et corrigées.
"Juste d'écrire ce que j'avais vu à l'hôpital pour l'enquête du coroner, ça m'a pris six mois pour neuf pages. Ce fut une torture", a confié la conjointe de Paul Buisson.
"Je me dois de me faire violence et d'y aller. Comme Paul était connu, il y a des chances que ça ne passe pas dans le beurre", a-t-elle ajouté.
Pour Me Jean-Pierre Ménard, "la majeure partie de la réclamation (de 3 millions $) est pour la perte de soutien économique pour Mme Aubin, parce que M. Buisson était bien implanté dans le milieu sportif, très sollicité pour diverses commandites et des projets de télévision et de cinéma. Il avait un seuil de revenu élevé et l'avenir était très prometteur pour lui."
"Il y a aussi un préjudice relié au décès, moral et psychologique, a-t-il poursuivi. C'est plus que de la peine ordinaire. C'est un traumatisme."
La mère du défunt, Ghislaine Patry-Buisson, a fait valoir pour sa part que "s'il n'y a pas de mesures draconiennes, ça n'attire pas l'attention et rien ne change. Cette poursuite touche les assurances, la crédibilité des médecins et de l'hôpital qui n'aimera pas verser de l'argent. Très souvent, c'est ça qui fait fonctionner les gens."
Me Ménard croit cependant qu'un procès pourrait ne pas être nécessaire. "Règle générale, quand la cause est claire, qu'il y a des expertises et que les faits sont clairs, dans l'immense majorité des cas, ça se termine par des règlements hors cour", a-t-il dit.
Se rapportant au rapport du coroner, Me Ménard a indiqué que M. Buisson était décédé d'une prescription inadéquate de narcotiques, des doses puissantes alors que sa condition rendait délicate ce genre de prescription.
"Il a été laissé plusieurs heures sans surveillance et quand il a été retrouvé, il était en détresse respiratoire extrême. Il a été réanimé de façon insuffisante et on l'a réintubé dans l'estomac plutôt que dans les poumons. Une cascade d'événements l'ont conduit à son décès", a-t-il résumé.
Me Ménard a profité de l'occasion pour demander au ministre de la Santé, Philippe Couillard, de revoir le processus de gestion des risques afin de le rendre plus transparent et plus efficace, notamment en regard de l'administration de narcotiques.
À Québec, à la sortie d'une réunion du caucus libéral, le ministre Couillard a dit qu'"on a une obligation du côté des médecins de divulguer aux patients et à la famille les incidents survenus dans le cours des traitements".
"Il faut faire la différence entre les incidents et les erreurs médicales, a-t-il ajouté. Ce ne sont pas tous les traitements qui sont nécessairement des erreurs, loin de là.
"Il faut qu'au départ les incidents et les événements soient consignés dans le registre et il y a une obligation pour l'établissement de constituer le registre. Je ne commenterai pas le dossier de M. Buisson, mais d'ici un an le registre devrait être complété", a également dit le ministre Couillard.

© La Presse Canadienne, 2009

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