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«L'auberge rouge»: comédie grinçante (entrevues)

Julie Rhéaume
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Josiane Balasko et Christian Clavier dans une scène de «L'auberge rouge».
L'auberge rouge» arrive sur les écrans du Québec le 11 avril après être sorti en France en décembre dernier. Gérard Krawczyk réalise cette comédie qui met en scène un couple d'aubergistes qui assassine ses clients. Showbizz.net a rencontré le cinéaste et la vedette féminine du film, Josiane Balasko.

A la fin du XIXème siècle, la sinistre auberge du Croûteux se dresse au milieu des sauvages montagnes du massif des Pyrénées. L'établissement est tenu par Martin (Christian Clavier) et Rose (Josiane Balasko), un couple qui fait régulièrement assassiner par Violet (Fred Epaud) - leur fils adoptif sourd muet - les voyageurs solitaires pour les détrousser. Par un soir d'orage, le bon père Carnus (Gérard Jugnot) a sous sa responsabilité un adolescent qu'il doit conduire à un monastère perdu dans la montagne. Il rencontrera un groupe de voyageurs bourgeois avec qui il poursuivra sa route en compagnie du garçon. Tous ces gens devront toutefois s'arrêter à l'auberge…

Ce long-métrage est un remake d'un film tourné en 1951 par Claude Autant-Lara. Cette œuvre était elle-même un remake d'un autre film réalisé dans les années 20. Notons que «L'auberge rouge» prend sa source dans un fait divers survenu dans les années 1830 en France.

L'idée de tourner une nouvelle version trottait dans la tête de Christian Clavier, qui est le co-auteur du scénario avec Michel Delgado. Par un heureux hasard, le producteur Christian Fechner avait aussi songé à tourner un remake du film de 1951 quelques années auparavant. Lorsque Clavier a contacté Fechner, ce dernier fut évidemment emballé par le projet du comédien.

Clavier a notamment conçu le rôle de Rose en ayant Josiane Balasko en tête. «C'est encore mieux lorsqu'un auteur vous dit ça», lance la principale intéressée! En 2005, Balasko avait également déjà tourné sous la direction de Krawczyk dans «La vie est à nous». L'actrice était donc en terrain connu.

«J'avais vu ce film quand j'étais petit. C'est un film qui m'avait beaucoup marqué et même terrorisé. Fernandel voulait tirer le film vers la comédie. Claude Autant-Lara voulait faire un film anticlérical. J'ai su ça très récemment en m'y intéressant. Ils ne se sont pas entendus. À la fin du film, Fernandel a claqué la porte. Il a fait un bras d'honneur et il est parti», raconte Krawczyk.

«Là, la démarche était très différente. Lorsque je fais un remake – c'est le deuxième remake que je tourne après "Fanfan la tulipe" – je me considère toujours comme un passeur d'histoire. Quand on fait un film, quelque soit l'histoire, qu'elle ait déjà fait l'objet d'un long-métrage, qu'elle soit originale, tirée d'un roman, d'un récit, on la porte à l'écran. Nous sommes à ce titre des passeurs d'histoire. Ensuite, elle pourra se développer sur un autre médium. Peut-être fera-t-elle l'objet d'une chanson? Elle va accompagner les gens de toute façon. Dans ce cas-là, c'est un moyen de revisiter une histoire qui avait passionné les gens. C'est le premier fait divers, en fait. Ça s'est réellement déroulé en Ardèche, en 1833. Ça permet de faire connaître à la nouvelle génération une histoire qui, aujourd'hui, résonne différemment qu'en 1951. J'ai tout de suite vu le pari de cinéma qu'il y avait à faire. Ce qui m'intéressait, c'était de la traiter avec tous les outils et la sensibilité d'aujourd'hui. On a soigné les costumes, les décors, la lumière. Je l'ai traitée comme un conte», explique le cinéaste.

Pour donner son look à «L'auberge rouge», Krawczyk a tiré ses références picturales des impressionnistes, des romantiques allemands ainsi que du travail du peintre et sculpteur français Honoré Daumier. «On a travaillé ça comme un film "sérieux", entre guillemets, pour avoir une bonne crédibilité mais aussi avoir un plaisir esthétique. Le tout, dans une comédie… Une comédie grinçante mais une comédie», ajoute Krawczyk.

«On se situe entre "Delicatessen", "Les visiteurs", "La famille Addams", "Le Bal des vampires"… C'est assez rare, ce mélange de genres. C'est ce qui est passionnant», dit le réalisateur.

Des meurtriers sympathiques

Dans cette nouvelle version de «L'auberge rouge», les assassins issus de la classe populaire sont sympathiques. Les victimes potentielles, des nobles, notables et riches commerçants, sont détestables et font preuve de mépris. «Aujourd'hui, la situation sociale est un peu différente mais il y a toujours, comme on dit, la France d'en haut et la France d'en bas! C'est toujours un petit peu ça. Le paradoxe qui est assez jubilatoire c'est que les aubergistes, qui font des choses terribles, s'aiment entre eux. Ils sont capables d'amour. Il n'y a aucune perversité chez eux. Chez les voyageurs qui arrivent, chez les nobles, il y a de grandes perversités. Il y a quelque chose d'épouvantablement égoïste», explique le réalisateur.

«C'est une famille unie. Ils s'aiment beaucoup. Le mari est même jaloux de sa femme sans trop de raison! Il s'imagine qu'elle est une femme très attirante et que tous les hommes veulent (lui mettre la main) dessus. Il lui fait de petites scènes de jalousie, mais ça fait partie du comique. Ils aiment leurs enfants», renchérit Josiane Balasko.

Une Rose qui n'a de rose que le nom

Balasko était enthousiaste à l'idée de jouer dans un film qu'elle connaissait déjà et qui avait été écrit par Christian Clavier: «Je savais que le personnage de Rose était haut en couleurs. Lorsqu'ils m'on parlé (du projet), avant même d'avoir lu scénario, j'ai dit que Je suis d'accord. J'avais vu la version d'Autant-Lara et je trouvais les personnages très marrants à faire, très truculents», répond l'actrice.

«Rose a des limites. Elle a une morale qui est particulière: on peut tuer mais on ne tue pas un prêtre. Elle veut aller au paradis. Elle est croyante et veut se confesser. Ce qui va être un peu le pivot de l'histoire, c'est qu'elle va se confesser à ce brave curé. Une fois qu'elle a confessé tous ses crimes – et Dieu sait qu'il y en a car ils en ont trucidé des clients – le prêtre va être dans l'impossibilité de protéger les autres. Il est tenu par le secret de la confession», explique Balasko.

La comédienne a souvent joué l'épouse de Gérard Jugnot. Elle campe cette fois la femme de Clavier. «Je trouve qu'on fait un couple très crédible et très aimant… Un couple modèle presque», dit-elle. Elle ne compte plus le nombre de films qu'elle a tournés avec ses deux amis du Splendid, un café-théâtre fondé dans les années 70.

En carrière, quels rôles furent les plus marquants pour la comédienne? «Il y a plein de rôles que j'ai aimé faire. J'ai aimé faire des films qui ne sont pas nécessairement parvenus jusqu'à vous… Comme "Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents communistes" (1993)… Je faisais une mère de famille militante communiste dans les années 50. Il y a "Trop belle pour toi", bien sûr, de Bertrand Blier. Il y aussi "Gazon maudit". Je fais le rôle de la lesbienne dont tombe amoureuse Victoria Abril. Il y en a beaucoup», répond Balasko. Elle a récemment incarné la pédo-psychiatre Françoise Dolto pour un téléfilm qui sera diffusé à TF1. Elle qualifié également ce rôle de «très intéressant».

En plus de jouer, Balasko est aussi auteure et réalisatrice. «Je suis plus actrice que metteure en scène, ça s'est sûr. Metteur en scène, c'est un métier très excitant. Mener un projet, c'est comme un capitaine de bateau. On va faire une traversée assez longue qui dure un an. Entre le moment où l'on commence à préparer le film et le moment où on le termine, il se passe de huit mois à un an. C'est excitant car c'est de longue haleine. Être acteur, c'est beaucoup plus reposant. On peut changer plus facilement de personnage. J'écris aussi. Je suis d'abord une actrice qui écrit pour pouvoir jouer. Nous étions des acteurs, au Splendid, qui n'avaient pas nécessairement les rôles qu'ils avaient envie de jouer. Nous écrivions pour nous faire des rôles. C'est comme ça que ça a commencé. J'ai écrit des rôles pour les jouer. J'ai été amenée à les mettre en scène et après, des gens m'ont proposé des rôles qu'ils avaient créés pour moi. C'est difficile de dire ce que je préfère faire», dit la comédienne au sujet des multiples facettes de son métier. Elle avoue toutefois avoir un faible pour l'écriture. Il est plus facile de travailler à son rythme.

«L'auberge rouge» sort dans les cinémas du Québec demain.



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