Alliance Films: le distributeur, contrôlée par la SGF, éprouve des problèmes financiers
Le 24 avril 2008 - 18:45
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Par Sylvain Larocque.
Le distributeur Alliance Films, dont la Société générale de financement (SGF) a pris le contrôle en janvier, pourrait ne pas être en mesure de respecter ses engagements financiers dès le mois de juin.
C'est ce que craignent les agences de notation Moody's et Standard and Poor's, qui ont toutes deux abaissé d'un cran la cote de crédit du plus important distributeur indépendant de films au Canada.
Afin d'éviter qu'Alliance Films se retrouve en situation de défaut de paiement, la SGF pourrait même devoir réinvestir dans l'entreprise, avancent les deux agences.
Jeudi, Moody's a fait passer la cote d'Alliance de B2 à Caa1. La semaine dernière, Standard & Poor's l'avait ramenée de B- à CCC. Une obligation cotée CCC "est susceptible de connaître des défauts de paiement", a tenu à préciser S&P. Les agences préviennent que les perspectives de l'entreprise sont négatives et que d'autres décotes pourraient suivre.
Alliance s'attend elle-même à ne pas être capable de respecter une condition liée à l'un de ses emprunts, a souligné l'analyste Greg Pau, de Standard & Poor's, dans un rapport.
"La décote reflète nos préoccupations à l'égard des résultats très faibles de l'entreprise en ce qui a trait aux liquidités et à l'exploitation, de même qu'à l'égard de la possibilité qu'elle ne puisse pas respecter ses engagements financiers pour le trimestre qui se terminera le 30 juin", a écrit M. Pau.
Au cours de l'exercice 2007, Alliance a dégagé un bénéfice avant intérêts, impôts et amortissement (BAIIA) "substantiellement plus faible" que prévu. La piètre performance des productions distribuées par la société, les ventes plus faibles qu'espérées du secteur télévision et la faiblesse générale de l'industrie du film sont en cause, selon Greg Pau. Résultat: la dette a représenté 10 fois le BAIIA en 2007, alors qu'on prévoyait un ratio de six fois.
Il faut dire que la SGF n'a acquis que la portion cinéma d'Alliance. La division télévision, Alliance Atlantis, est passée aux mains de CanWest Global Communications (TSX:CGS).
Standard & Poor's a noté que la situation financière d'Alliance Films allait pâtir du haut niveau d'endettement de l'entreprise et du caractère imprévisible de l'industrie cinématographique. Moody's a ajouté que les distributeurs courraient un grand risque en étant obligés de débourser d'importantes sommes à l'avance pour acquérir les droits d'un film sans savoir si les revenus seront au rendez-vous.
"La capacité de l'entreprise d'éviter un défaut de paiement et de mettre en oeuvre son plan d'affaires reposera sur l'injection de capitaux de la part de ses actionnaires et le soutien continu de ses créanciers dans la mesure où ces derniers pourraient devoir accepter de renoncer aux conditions des titres obligataires ou de les modifier", écrit l'agence.
New Line
Le mois dernier, Alliance Films a annoncé la perte, d'ici la fin de l'année, de son contrat avec l'important producteur de films hollywoodiens New Line.
Une porte-parole de la SGF, Marie-Claude Lemieux, a affirmé jeudi que les décotes ne remettaient pas en question l'investissement de la société d'Etat dans Alliance.
"On réitère notre confiance en Alliance Films, a-t-elle affirmé au cours d'un entretien téléphonique. On savait, au moment où on a investi dans Alliance, que le contrat de New Line venait à échéance. Ca faisait partie de l'analyse financière qu'on avait faite du dossier et les gens d'Alliance nous ont démontré qu'ils ont un plan d'affaires pour surmonter ça. Qui plus est, ce contrat-là n'était pas particulièrement rentable."
La porte-parole d'Alliance Films, Annie Tremblay, n'a pas voulu commenter la situation.
La SGF a acquis en janvier 38,5 pour cent du capital-actions et 51 pour cent des droits de vote du distributeur, dont le siège social a par la même occasion été transféré à Montréal. Il s'agit d'un investissement de 100 millions $ pour la SGF. L'autre actionnaire est une filiale de la banque américaine Goldman Sachs, à hauteur de 159,7 millions $.

© La Presse Canadienne, 2008

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