Le Parlement portugais a adopté vendredi une loi d'uniformisation de la langue portugaise prévoyant un changement dans l'orthographe de centaines de mots qui devraient prendre la graphie brésilienne.
Ce projet de loi très contesté, soutenu par le Parti socialiste au pouvoir et l'opposition sociale-démocrate, prévoit cette uniformisation au cours des six prochaines années. Les parlementaires l'ont approuvé à une forte majorité lors d'un vote à main levée -comme le veut la coutume dans le pays- dont les résultats n'étaient pas encore disponibles.
Le délai de six ans a pour but de donner du temps aux éditeurs pour réimprimer les livres et de permettre au public de s'habituer aux changements.
Le portugais est la langue officielle de 230 millions de personnes dans le monde. La loi a pour objectif d'uniformiser la langue parlée au Portugal avec celle des sept autres pays lusophones: le Brésil, l'Angola, le Mozambique, le Cap Vert, la Guinée-Bissau, le Timor oriental et Sao Tomé-et-Principe. Le Brésil, le Cap Vert et Sao Tomé-et-Principe ont déjà approuvé cette uniformisation.
Les changements visent à rendre l'orthographe plus proche de la façon dont les mots sont prononcés en supprimant les consonnes silencieuses, comme le font les Brésiliens. Ainsi "optimo" (génial) deviendrait "otimo" et "accao" (action) deviendrait "acao". Le nouvel alphabet comportera 26 lettres grâce à l'ajout du k, du w et du y, pour accueillir des mots comme "kilometro" et "kwanza", la monnaie angolaise.
Seuls 2 000 des quelque 110 000 mots que comprend le vocabulaire portugais sont concernés et les modifications doivent être adoptées par les sept pays. Mais les trois quarts des changements devront être faits par le Portugal.
Le vote du Parlement portugais intervient à une époque où le Brésil prend de plus en plus d'importance sur la scène internationale, alors que le Portugal, son ancien colonisateur, enregistre un relatif déclin.
Les partisans de la réforme soulignent ses avantages, parmi lesquels la simplification des recherches sur Internet en portugais et un jargon juridique uniformisé pour les contrats internationaux. Les autorités portugaises y voient également un argument supplémentaire en faveur de leur vieille ambition de faire adopter le portugais comme langue officielle aux Nations unies, qui en comptent actuellement six (anglais, espagnol, français, chinois, arabe, russe).
Certains écrivains et figures publiques du Portugal se sont en revanche élevés contre le projet, estimant qu'il équivalait à une capitulation devant l'influence du Brésil, ou 190 millions de personnes parlent portugais.