Mode masculine: Yves Saint Laurent érige l'ambiguité au rang de l'art
Le 29 juin 2008 - 14:25
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Au dernier jour dimanche des présentations de mode masculine pour le printemps-été prochain, c'est un véritable travail sur la notion de la virilité qui a été mené pour la collection Yves Saint Laurent.
Pour sa présentation au Musée de l'Homme, Stefano Pilati s'est ainsi entièrement réattribué les codes du "maître des couturiers" disparu début juin. "Qu'est-ce qu'être un homme?" est la question que reflète la collection, à l'instar de l'âme tourmentée de Saint Laurent qui, s'il "aimait la Femme", a longtemps souffert des affres de l'identité sexuelle.
A travers sept court-métrages, on peut reconnaître Jack Huston (neveu d'Anjelica Huston), l'acteur déambulant au milieu de mannequins _ hommes et femmes _ à demi-vêtus. Dans le décor, planté d'énigmatiques mannequins d'ateliers asexués, des cartons sont posés et posent la question, digne du bac philo: "Que signifie être un mâle?" ou, plus électrique, "qui y a-t-il entre les polarités du mâle et de la femelle?".
L'androgynie, bien sûr, ainsi que le démontre Stefano Pilati, qui a opté pour les matières réputées féminines utilisées et, c'est là que résidait la difficulté, pour des coupes viriles: crêpe de Chine, jersey et mousseline de soie et même l'ultra-féminin organza de soie, que personne n'oserait pour un vestiaire masculin.
Poursuivant sa recherche autour de "nouveaux codes de la virilité", qu'il qualifie plutôt de "masculinité", le directeur artistique d'YSL joue à fond l'ambiguJité avec par exemple une stricte veste immaculée d'inspiration marine militaire à col officier, en crêpe de Chine, illuminée d'énormes boutons dorés. D'autres vestes tout aussi coupées, se parent tantôt d'inserts de brocards d'argent, de broderies anglaises, de filets de nacre et de micro-rangs de perles.
De nombreuses chemises aux matières vaporeuses comme la mousseline de soie semblent flotter sur les corps, mais ne les dévoilent jamais totalement. Les couleurs sont cohérentes: l'androgynie impliquant une certaine neutralité, avec une dominante gris perle, beige, et bien sûr l'irremplaçable blanc immaculé.
Par ailleurs, on a assisté à un retour vers la "basse définition" chez Wooyoungmi.
"Mes yeux sont fatigués de toute cette haute technologie", a confié en coulisse la Sud-Coréenne à l'Associated Press. Inspirée par la structure du Blur Building, conçu par les architectes Diller et Scofidio, elle opte pour le polyester translucide, brossé ou bouilli, afin que "la beauté de l'effet flou" n'apparaisse pas "comme évidence".
Cette ominiprésence du polyester se décline tant pour les mini-blousons, les trench-coats, avec ou sans capuche, parfois à basque ou dos bénitier. Nacre, rouille et noir dominent pour les couleurs. Wooyoungmi réhabilite le haut-de-forme, également translucide. Ses pantalons, majoritairement noirs, à pinces et feu-de-plancher, retrouvent une taille haute et se ferment en une large ceinture à quatre boutons, à l'instar des smokings d'autrefois.

© La Presse Canadienne, 2008

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