Beïjing 2008 - Blythe Hartley transforme un chagrin immense en quête pour l'or à Pékin
Le 2 août 2008 - 12:39
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Blythe Hartley s'est rendue à la piscine du centre Talisman de Calgary l'été dernier mais ne s'est pas rendue jusqu'à la porte d'entrée.
Elle a plutôt fait demi-tour et est repartie.
Les Jeux olympiques de Pékin semblaient si éloignés pour la jeune femme, qui pleurait alors la perte d'un frère bien-aimé.
C'est toutefois le souvenir de Strachan Hartley qui a convaincu Blythe qu'elle tenait à plonger une fois encore dans une piscine olympique.
"Je crois que le dernier été fut le plus difficile pour ma famille et pour moi-même. A un certain moment je croyais vraiment que je n'avais pas ce qu'il fallait pour m'entraîner en vue des Jeux, ni pour disputer toutes ces compétitions menant aux JO, explique l'athlète de 26 ans de North Vancouver, en Colombie-Britannique.
"Au mois d'août je me disais que je ne serais jamais de retour car ce n'était pas possible, que je ne pouvais y arriver. Puis, après un certain temps, j'ai voulu m'engager à viser l'excellence, à avoir un objectif et à faire de mon mieux - et rendre ma famille et Strachan fiers."
A Pékin, l'ancienne championne du monde et médaillée de bronze olympique prendra part à ses troisièmes et derniers Jeux. La compétition au tremplin féminin de 3 mètres aura lieu les 15 et 16 août.
Hartley dégage désormais le calme et la sérénité, elle qui a dû traverser la tourmente émotivement et qui a vécu bien des questionnements à la suite du décès de son frère.
Dr. Strachan Hartley, une ancienne vedette du football universitaire, est mort d'un lymphome non hodgkinien le 5 juillet 2007, à l'âge de 30 ans.
Cette perte fut un dur coup pour la famille Hartley, unie par l'amour du sport. Le père, Michael, a compétitionné en bobsleigh lors des Jeux olympiques d'hiver de 1972 tandis que la mère, Mary Ann, est une coureuse de longue distance.
Strachan, un arrière défensif, a été le capitaine de son équipe de football à l'université de la Colombie-Britannique (UBC) lorsque celle-ci a pris part au match de la coupe Vanier en 1997. Il a par la suite été capitaine-adjoint de l'équipe de l'université McGill .
Le frère de la plongeuse a appris qu'il souffrait du cancer en novembre 2005. L'année suivante il obtenait son diplôme de médecin.
L'autre frère de Blythe, Wyatt, a joué au football à UBC et à Queen's. Quant à sa soeur Aimee-Noel, elle a été deux fois championne de slalom dans la NCAA alors qu'elle étudiait à l'université du Colorado.
Strachan a insufflé de la confiance à Blythe aux Jeux d'Athènes en 2004. Elle en avait alors bien besoin après sa prestation décevante au tremplin synchronisé en compagnie d'Emilie Heymans.
"Juste après la compétition Strachan l'a serrée très fort dans ses bras et lui a dit 'Ce n'est que du plongeon. Tu es la fille la plus formidable au monde et nous t'aimons tous'", relate sa mère Mary Ann.
Hartley et Heymans ont par la suite récolté la médaille de bronze à la tour synchro. Hartley a aussi pris le cinquième rang au tremplin individuel.
Le sport a été un outil de guérison primordial pour Blythe et sa famille. Tandis qu'elle se préparait en vue des Jeux, sa famille a entrepris une expédition de vélo à travers le pays afin d'amasser des fonds pour une fondation en souvenir de Strachan.
Les membres de sa famille sont arrivés à Victoria à temps pour aller voir Blythe prendre part aux essais olympiques qui s'y déroulaient.
"Nous voulons conserver le souvenir de Strachan de la façon la plus positive qui soit, explique Mary Ann. Il n'a jamais abandonné. Il a toujours emprunté le chemin le plus long et le plus difficile pour atteindre ses objectifs.
"Je crois que Blythe a dit, un jour, que Strachan ne voudrait jamais qu'elle abandonne mais qu'il souhaiterait plutôt qu'elle continue, pour lui. Il n'a pas lâché, alors comment pouvait-elle le faire, s'est demandé Blythe."
Hartley a été championne du monde au templin d'un mètre à deux reprises - cette discipline n'est toutefois pas au programme des JO.
A quelques jours du début des Jeux de Pékin, la jeune femme occupe le quatrième rang du classement mondial au tremplin de 3 mètres. Trois Chinoises font partie du top-5. La championne du monde et championne olympique en titre, Guo Jingjing, est d'ailleurs une célébrité dans son pays.
Hartley pourrait gagner une médaille, mais sa prestation devra être parfaite.
"Elle ne peut se permettre de rater quelque plongeon que ce soit", explique Mitch Geller, le directeur technique de Plongeon Canada. Ce dernier croit que les juges n'apprécient pas la puissance de Hartley et qu'ils préfèrent la délicatesse des Chinoises.
Le décès de son frère a certes poussé Blythe Hartley à se questionner sur son amour du plongeon et de la compétition. Elle a réalisé qu'elle aimait encore profondément son sport.
"J'ai vraiment dû creuser et me demander si c'était réellement ce que je voulais, avoue-t-elle.
"Je ne m'étais jamais posé ces question difficiles auparavant. Pour la première fois, cette année, je me suis dit 'Stop. Est-ce que c'est vraiment ce que je veux ? Et pourquoi ?' C'était à moi de trouver les réponses et j'y suis arrivée."

© La Presse Canadienne, 2008

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