Critiques musicales : Nickelback, Beyoncé, Avec pas d'casque, Dido, Thomas Hellman et T-Pain
Le 18 novembre 2008 - 11:50
|
Rédaction 
|
Copier/Coller le code suivant à l'endroit voulu
|
|
[Fermer]
|

|
NICKELBACK - Dark Horse ***
En politique, le «dark horse» est un candidat qui possède peu de chances de gagner, selon les experts, mais qui remporte tout de même l'élection. Ce terme s'applique plutôt bien à Nickelback, une formation hard rock canadienne détestée des critiques mais extrêmement populaire auprès des amateurs du genre. Pour vous donner une idée, le précédent album du groupe, All The Right Reasons, paru en 2005, s'est écoulé à sept millions d'exemplaires rien qu'aux États-Unis et il figurait toujours au palmarès Billboard 200 en 2008! Assez impressionnant, surtout que All The Right Reasons n'est pas le disque qui contient le plus gros hit de Nickelback, How You Remind Me, un tube qui date de sept ans déjà. Conséquemment, le cheval poursuit sa course avec un sixième cd qui jouit d'un départ canon grâce à deux gros rockeurs entraînants, soit Something In Your Mouth et Burn It To The Ground. Pour le reste de Dark Horse, fort bien produit au demeurant par le réputé Mutt Lange, les fans du quatuor et les amoureux de «rock de pick-up» vont beaucoup aimer, même la ballade ultra-quétaine Never Gonna Be Alone (il en fallait au moins une). Nickelback ne réinvente pas la roue – on ne déroge pas d'une formule aussi payante – mais il réussit quand même à nous titiller avec des riffs et des paroles de chansons qui ne comportent aucune once de subtilité. L'«hollywoodienne» Shakin' Hands, This Afternoon (une nouvelle ode à tous les slackers de ce monde), Next Go Round et S.E.X. en sont de beaux exemples. Richard Legault
BEYONCÉ - I Am... Sasha Fierce **
Au royaume de la pop-R&B, B-Girl est la reine. Après tout, elle est mariée au roi du hip hop! Cela n'empêche pas que la souveraine de 27 ans ne se montre pas toujours à la hauteur de sa gloire ni de son réel talent. Après un très bon deuxième album solo ( B'Day, paru en 2006), l'ex-Destiny's Child nous propose aujourd'hui, en édition de luxe, un «faux» disque double, soit deux cd de huit pièces chacun. Et pour les besoins du produit, Beyoncé a pris la peine de séparer sa personnalité «naturelle» de sa personnalité flamboyante, un alter ego qui possède même son propre nom, Sasha Fierce. Ce qui donne en bout de ligne un premier disque uniquement composé de ballades pop adultes toutes plus ennuyantes les unes que les autres (exception faite de That's Why You're Beautiful, une pièce aux guitares étonnamment sombres et menaçantes) et un second disque de morceaux rythmés plus ou moins relevés. De cette galette «signée» Sasha Fierce, on retient surtout Diva, une compo pratiquement calquée sur l'excellente A Milli de Lil Wayne, et Video Phone. Au final, que trois chansons mémorables sur seize. Dommage, car Beyoncé demeure une grande artiste qui s'implique à tous les niveaux de création. Nul doute qu'elle se rattrapera sur son prochain projet. Richard Legault
AVEC PAS D'CASQUE – Dans la nature jusqu'au cou ***1/2
Country déglingué ou folk halluciné... appelez ça comme vous voulez, mais deux ans après Trois chaudières de sang, Avec pas d'casque vise à nouveau juste et bien. Il y a d'abord cette voix juste un peu pas mal blasée, qui chante des textes oniriques, absurdes et lumineux. Vraiment, il y a des pépites dans ces phrases. Poésie country, tiens! Il y a aussi cette orchestration inhabituelle: guitare, slide, trompette, flûte à bec. Dans la nature jusqu'au cou est une collection de pièces volontairement poussives... Le trio ne réinvente pas sa formule sur ce second album, mais on ne peut pas certainement pas lui reprocher la répétition alors qu'il est seul à sonner comme ça. Bon, il est vrai qu'on ne peut éviter de faire des rapprochements avec le Beck de One Foot in the Grave, mais buter sur ce point serait se priver d'un bon album, pour quiconque est prêt à laisser ses habitudes musicales être bousculées. Pierre-Mathieu Tremblay
DIDO - Safe Trip Home ***1/2
Florian Cloud de Bounevialle Armstrong (oui, c'est le vrai nom de Dido!) n'aime pas produire de la musique rapidement. Quatre ans s'étaient écoulés entre son premier album, No Angel, et son deuxième, Life For Rent. Et les fans de cette chanteuse londonienne qui aura bientôt 37 ans (mais qui en a l'air de 19) ont ensuite dû patienter pas moins de cinq ans avant de pouvoir enfin mettre la main sur Safe Trip Home, un troisième opus de facture pop-folk-électro-atmosphérique dont les filles (le public-cible de Dido) raffoleront assurément. Concocté avec goût, STH a reçu l'appui de plusieurs collaborateurs de taille, notamment Jon Brion (un producteur reconnu pour son travail avec Fiona Apple et Kanye West), Rollo Armstrong (le frère de Dido, qui fait partie de la formation techno-folk Faithless), Brian Eno, David Campbell (le papa de Beck), ?uestlove de The Roots ainsi que Clarence Greenwood alias Citizen Cope. En résumé, voilà un produit doucereux, apaisant, réconfortant. À noter que la version de luxe de Safe Trip Home est particulièrement intéressante, puisqu'elle renferme un deuxième cd incluant deux chansons inédites, un remix et un petit film tourné en studio.
Richard Legault
THOMAS HELLMAN – Prêts, partez ***
Il manque une étoile à cette critique. Elle s'est perdue à l'écoute de ce nouvel album de Thomas Hellman, qui démarre pourtant en force avec la pièce titre. Dès ce moment, on comprend que si L'appartement (2005) avait mis de l'avant l'héritage européen du Montréalais - né d'une mère française et d'un père texan – Prêts, partez privilégie une approche plus américaine, ou, à tous le moins, se rapprochant de celle des artistes français fascinés par l'Amérique. On pense à Bashung, voire même à Joe Dassin sur 20 mai. L'album est en ce sens moins mélodique que le précédent, mais beaucoup plus subtil et nuancé dans les arrangements musicaux. Malheureusement, Hellman abandonne le chant sur un grand nombre de chansons, particulièrement en deuxième moitié d'album, pour réciter ses textes. Et le spoken word ne fonctionne curieusement pas, bien que le Montréalais semblait être le candidat tout désigné pour une expérience réussie. Il reste quand même les textes imagés, comme autant de petit court métrage, qui s'avèrent nettement au-dessus de la mêlée. Pierre-Mathieu Tremblay
T-PAIN – Thr33 Ringz *1/2
L'an dernier et cette année, T-Pain (Faheem Najm de son vrai nom) s'est fait connaître comme le collaborateur suprême du hip hop et du R&B chez nos voisins du sud, un second Akon quoi – ce dernier l'a d'ailleurs pris sous son aile à ses débuts. T-Pain possède un gadget qu'il utilise à profusion et qui est devenu sa marque de commerce: le Auto-Tune, un filtre vocal électronique qui lui donne une voix robotique. Cette «gimmick» est vraiment cool… pendant environ 45 secondes. Sur un album au grand complet, surtout un album comme Thr33 (lire Three) Ringz, dont l'édition de luxe compte une vingtaine de pièces, ça devient vachement irritant, voire insupportable. Certes, Pain est en mesure de recruter les plus gros noms du domaine afin qu'ils lui donnent un coup de main: Kanye West, T.I., Lil Wayne, Ludacris, Diddy, Akon et autres Chris Brown figurent tous sur Thr33 Ringz. Mais ce n'est pas parce que vous avez des amis célèbres que vous êtes automatiquement éligible au succès critique ou même de masse (parlez-en à Paris Hilton ou à Lindsay Lohan, qui ont échoué lamentablement dans le domaine musical). Ce disque redondant, mou et agaçant de T-Pain – son troisième, soit dit en passant -, c'est comme avaler la moitié d'un gâteau au fromage en une seule soirée. C'est juste trop. Richard Legault
Autres critiques musicales

Articles reliés [Nouvelles musicales]
|