Petit bilan du Festival International du film de Toronto
Le 16 septembre 2009 - 12:27
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| Une scène tirée du film «The Men Who Stare at Goats» |
Par Helen Faradi.
270 longs-métrages, près de 70 courts, un nombre impressionnant de premières mondiales et de stars venues là aider la promotion de leur projet, 10 jours de festivités: le festival de Toronto avait sérieusement cette année de quoi faire tourner les têtes. Pour sa dernière année éparpillé dans tous les coins de la Ville-Reine avant que ne soit inauguré l'an prochain le Bell Lightbox, un complexe central de 5 étages entièrement dédié à cinéma (et dont Montréal risque d'avoir vraiment de quoi être jalouse), le festival a encore une fois joué son rôle de rampe de lancement américaine pour la course aux oscars et de porte d'entrée pour le cinéma international en Amérique du Nord à merveille. Seule déception de notre côté: une moisson de films de chez nous franchement réduite («Carcasses» de Denis Côté, «La donation» de Bernard Émond, «J'ai tué ma mère» de Xavier Dolan et «The Trotsky» de Jacob Tierney) alors que Toronto est habituellement un lieu d'envol très favorable pour le cinéma québécois.
S'il est impossible de réellement déceler des tendances au TIFF, un festival non compétitif donc plus démocratique, un petit tour d'horizon des coups de coeur et des coups de mou des 5 premiers jours de cette édition 2009 reste néanmoins possible
LES COUPS DE COEUR:
- The Men Who Stare at Goats de Grant Heslov : une unité paranormale de Jedi (oui, oui) dans l'armée américaine, George Clooney, Jeff Bridges, Ewan McGregor et Kevin Spacey à leur meilleur, une satire politique subtile et une comédie digne de «MASH» ou de «The Big Lebowski» : tout y est.
- Un prophète de Jacques Audiard : grand prix du dernier festival de Cannes, cette évocation du passage d'un jeune arabe en prison (Tahar Rahim, une révélation dont le nom était sur toutes les lèvres au festival) à la mise en scène époustouflante est un film aussi coup de poing qu'il est délicat, aussi puissant qu'il est fin.
- The Imaginarium of Dr Parnassus de Terry Gilliam : le film, qui donne l'impression de voir les animations de Gilliam période Monty Pythons prendre vie, avait laissé les commentateurs de marbre à Cannes. Mais à Toronto, cette fantaisie imaginative a su séduire par sa débauche de trouvailles visuelles, son énergie formelle et son plaidoyer pour l'imagination.
- Hadewijch de Bruno Dumont : le réalisateur de «Flandres» s'intéresse cette fois au destin trouble et passionnel d'une jeune femme très, trop, croyante. Si les mines étaient parfois perplexes au sortir du visionnement, la force de cette œuvre unique hante les mémoires.
- The Time That Remains d'Elia Suleiman : le cinéaste d'«Intervention Divine» raconte la vie de sa famille en Palestine depuis 1948 avec un humour à froid irrésistible et un sens de la mise en scène captivant. La poésie, le burlesque, le mélancolique, la subversion, tout se mélange dans un film aussi drôle qu'émouvant.
LES PRESQUE COUPS DE COEUR:
- A Serious Man des frères Coen : les frères s'intéressent enfin frontalement au judaïsme, mais le portrait d'un monde désenchanté et sans repères qu'ils livrent reste étonnamment froid.
- An Education de Lone Sherfig : les années 60 en Angleterre, une héroïne délicieuse et pleine d'esprit (Carey Mulligan). Tout cela est très charmant, tout cela est très cliché.
- Capitalism: A Love Story de Michael Moore : si la première partie du film reste binaire et simpliste (le pire de Michael Moore), la seconde est empreinte de générosité, d'humour et de sincérité (le meilleur de Michael Moore).
LES COUPS DE MOU
- Broken Embraces d'Almodovar : le grand cinéaste madrilène filme sa passion pour le cinéma avec un enthousiasme communicatif, c'est vrai. Mais sa cinéphilie prend tellement de place qu'il semble aussi parfois en avoir oublié de filmer un film.
-Mr Nobody de Jaco Von Dormael : on l'attendait depuis 1996 («Le 8 ème jour»). Mais malgré une ambition visuelle époustouflante, le film d'anticipation du cinéaste belge s'avère confus et narrativement un peu vain.
- La donation de Bernard Émond : le 3ème volet de la trilogie que consacre Bernard Émond aux vertus théologales confond souvent rigueur et rigidité, austérité et sécheresse.
- Life During Wartime de Todd Solondz : reprendre les personnages d'«Happiness» et les faire jouer par d'autres dans un développement de l'histoire ? Le cinéaste maîtrise encore le malaise comme personne, mais l'impression d'une répétition beaucoup moins explosive est vive.
LES COUPS DE GUEULE
- Antichrist de Lars Von Trier : fumeux, provocateur, misogyne, puritain, artificiel : le film est bien tout ce qu'on avait pu en dire lors de son passage à Cannes.
- Creation de Jon Amiel : le film d'ouverture du festival, britannique (habituellement l'ouverture est réservée à un film canadien), se plonge dans la vie de Charles Darwin avec tellement de confusion et de sentimentalisme gnangnan qu'on préfère l'oublier.
- The Road de John Hillcoat : l'adaptation du roman post-apocalyptique, existentiel et puissant de Cormac McCarthy est une trahison. Musique dégoulinante, enfant-acteur horripilant, spectacle grossier préféré à la réflexion, le film ne méritait certainement pas d'être si attendu.
- Daybreakers de Michael Spierig : un film de vampires de série Z, racoleur et sans idées, avec des William Dafoe et Ethan Hawke sur pilote automatique, qui a en plus l'outrecuidance de se prendre terriblement au sérieux. Une présence inexplicable dans un festival de cinéma.

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