22 septembre 2008 - 19:01 Nouvelles Cinéma

«C’est pas moi, je le jure»: le drame et la comédie en harmonie

par Showbizz.net


Le nouveau film de Philippe Falardeau, «C’est pas moi, je le jure!», inspiré des romans de Bruno Hébert, arrivera ce vendredi 26 septembre sur nos écrans. Une oeuvre qui est une ode à l’enfance et qui se veut également un portrait tragico-comique d’un enfant turbulent se posant des questions d’adultes.

Cet enfant, c’est Léon (Antoine L’Écuyer), un garçon de dix ans qui donne bien des maux de tête à ses parents, Madeleine et Philippe (Suzanne Clément et Daniel Brière), et à son frère aîné Jérôme (Gabriel Maillé) en raison de ses innombrables frasques. Nous sommes à l’été 1968, une période où la tension au domicile familial des Doré est sans cesse grandissante alors que se multiplient les disputes des parents. Le jour où Madeleine décide de quitter enfants et mari pour partir reconquérir sa vie en Grèce, Léon doit sublimer sa douleur. Il le fera en extériorisant une douce folie destructrice, c’est-à-dire en vandalisant la maison de voisins partis en vacances, en volant, en mentant, et… en tombant en amour avec Léa (Catherine Faucher), une amie tout aussi malheureuse que lui.

Une adaptation libre

D’entrée, il faut spécifier que cette fois-ci, Philippe Falardeau, qui avait écrit les scénarios originaux de «La moitié gauche du frigo» et de «Congorama», travaillait sur du matériel qui n’était pas le sien au départ, mais plutôt tiré des romans de Bruno Hébert, «C’est pas moi, je le jure!» et «Alice court avec René». Des romans que le réalisateur a adoré à l’époque de leur sortie, en 1997 et 2000 respectivement, mais qu’il n’avait pu adapter pour une question de droit.

C’est donc avec un grand enthousiasme que Philippe Fallardeau a entrepris ce projet, ayant eu en quelque sorte carte blanche de la part de Bruno Hébert pour adapter son oeuvre. Le fait d’avoir cette liberté créative pour l’adaptation a d’ailleurs beaucoup aidé le cinéaste. Il a en effet pris certaines libertés avec le roman, notamment en éliminant des personnages, en changeant la finale et en insistant particulièrement sur la relation entre Léon et sa mère. «J’ai unifié le film autour de sa lubie de retrouver sa mère en Grèce, ce qui n’est pas nécessairement dans le livre» avoue le réalisateur, que nous avons rencontré la semaine dernière à Québec.

Cependant, ce film ne se veut absolument pas nostalgique. En fait, Philippe Falardeau dit n’avoir pas voulu des années 60 comme canevas, ce qui explique entre autres les choix musicaux du film, où sont présents des artistes tels que Patrick Watson et Sigur Ros. Reste que l’époque fait ressortir plusieurs éléments en avant-plan. «Je trouvais que ça avait plus d’impact un divorce dans les années 60 qu’aujourd’hui», affirme-t-il, tout en estimant que le même thème, dans un cadre plus contemporain, n’aurait pas du tout eu la même portée. «Cela dit, je n’avais rien de particulier à dire sur les années 60. J’avais quelque chose à dire sur ce que c’est qu’avoir 10 ans».

Drame et comédie

Le réalisateur nous offre cette fois une oeuvre plus près des émotions que ne l’était «Congorama». Ici, le drame et la comédie ne sont pas des entités distinctes, mais bien des concepts qui s’imbriquent parfaitement l’un dans l’autre. «J’essaie de ne pas jouer entre la comédie et le drame. J’essaie de jouer en même temps sur le drame et la comédie» a soutenu Philippe Falardeau. Le cinéaste estime en fait que ces deux notions ne sont pas exclusives et que ce qui rend possible le chevauchement, c’est la distance par rapport au sujet.

Tout de même, le film aborde des sujets qui ne sont pas toujours faciles. Le film s’ouvre tout de même avec une scène où Léon est en train de se pendre à un arbre devant la maison familiale! Tout est dans la façon de présenter le sujet, soutient Falardeau, qui tenait mordicus à ne pas présenter son jeune héros comme une victime. «Je ne voulais pas qu’il soit une victime, même si ses parents se séparent. Ça aurait été facile de dire qu’il est victime de ça», soutient le réalisateur. «Je ne veux pas qu’on prenne pitié de lui, il prend ses décisions au meilleur de ses connaissances. Il sait très bien ce qu’il fait quand il se met à tout détruire. Ce que je trouve formidable, c’est qu’il le fait à sa façon, de manière très chirurgicale».

Un enfant qui se pose des questions d’adulte

Par contre, Philippe Falardeau se défend bien de dépeindre les actions du garçon comme positives. «Je ne veux pas dire que j’admire ça, mais j’admire son courage». «Dans un film, c’est beaucoup plus intéressant d’avoir un personnage qui engendre son propre drame qu’un personnage qui le subit. On a vu des films où les enfants sont victimes de leur drame, et ça, ça ne m’intéresse pas» affirme le cinéaste.

«Il a une vision candide, mais aussi poussée de la vie. Il se pose des questions d’adultes, sur le bien, le mal, « Dieu existe-t-il », « Qu’est-ce que je fais sur la terre », mais il n’a pas des réponses d’adultes, il a des réponses d’enfant à tout ça. La dichotomie entre ce questionnement métaphysique et le fait qu’il soit tout de même un enfant de 10 ans relève à la fois du drame et de l’humour. C’est ça qui m’a touché» explique Philippe Falardeau.

Un personnage aussi coloré et imaginatif peut être évidemment un élément dur à rendre à l’écran. Cependant, le réalisateur a véritablement eu du flair en choisissant Antoine L’Écuyer, qui offre une performance hors pair dans «C’est pas moi, je le jure!». D’ailleurs, Philippe Falardeau est très heureux de son choix, affirmant qu’il est «à peu près sûr que le monde va aimer Antoine». Ce qui l’a marqué au départ, c’est une impression essentiellement physique. «Je ne cherchais pas quelqu’un en particulier, mais quand je l’ai vu , j’avais l’impression de voir Léon», en parlant de l’air nonchalant et des yeux interrogateurs du jeune L’Écuyer. «Je vais laisser aux autres le soin de qualifier sa performance. Moi ce que j’aime, c’est que sa performance est singulière» affirme le réalisateur qui estime que l’interprétation du garçon se situe à mi-chemin entre le naturalisme et un côté plus assumé au niveau de la fiction.

C’était cependant la première foi qu’il dirigeait un film mettant en vedette des enfants, un fait qui n’a pas changé grand-chose dans la façon de faire du cinéaste. «Sur la question de direction de comédiens, ça se ressemble beaucoup. À 10 ans, ils comprennent la psychologie de leurs personnages, ils savent ce qui se passe, on peut discuter de psychologie des personnages». C’est sur la question de la gestion du tournage que les différences peuvent être visibles, en ce sens que garder éveillé l’intérêt d’enfants peut être un peu plus difficile. «Il faut le garder dans un environnement ludique, sinon il va perdre de son énergie» avoue Philippe Falardeau, estimant cependant qu’il est beaucoup plus facile de garder l’attention d’un pré-adolescent lorsqu’on lui demande de détruire un clavecin!

Des projets

Quant au fait que l’auteur Bruno Hébert préparerait un troisième livre mettant en vedette Léon, Philippe Falardeau dit attendre avec impatience cette deuxième suite. Pour lui, le fait de retrouver ce personnage plusieurs années après sa pré-adolescence serait un concept qui serait très intéressant, cinématographiquement parlant. Il compare en fait cet éventuel exercice à ce que FrançoisTruffault a fait avec Jean-Pierre Léaud pour «Les 400 coups », «Baisers volés» et «Domicile conjugal». Même s’il ne voudrait pas nécessairement faire la même chose que le légendaire cinéaste français, Philippe Falardeau soutient que l’idée de retrouver Léon à l’âge de 18 ou 20 ans serait une possibilité extraordinaire pour développer le personnage. «Quand on voit ce que Léon fait à 10 ans, on peut juste imaginer ce qu’il pourrait faire à 18 ans, à l’âge où il peut consommer de la drogue, boire de l’alcool, coucher avec des filles et avoir la liberté d’aller où il veut».

En attendant de lire cette suite aux tribulations de Léon, quelques projets sont à l’agenda Philippe Falardeau. Il est entre autres est affairé à l’écriture de son prochain film, qui devrait tourner alentour du personnage fictif Bachir Lazar, créé par l’auteure Évelyne de la Chenelière. Dans la pièce de théâtre du nom du personnage principal, Bashir Lazhar est un professeur d’origine algérienne qui est appelé à remplacer une collègue qui s’est enlevée la vie en pleine classe, pendant la récréation. Un film qui porte donc sur « l’autre », un thème cher au cinéaste qui estime important de ne pas se camper dans un genre et de constamment explorer.



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