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Une chronique de Pascale Lévesque.
Les limites du ridicule n’avaient pas été repoussées. Mais la chaîne Sun News a réussi l’impossible jeudi en remettant en question le financement par les Fonds publics canadiens du film québécois Monsieur Lazhar en lice pour les Oscars.
«C’est con, n’est pas?» aurait sans doute envie de titrer le Ottawa Sun, en clin d’oeil à son reportage sur les coûts du bilinguisme au Canada qui avait fait la «une» avec le titre mal francisé «C’est cher, n’est pas?»
On dit «n’est-ce pas», espèce d’incultes. Mais, bon. Ça coûtait sûrement trop cher un bon dictionnaire anglais-français pour traduire l’expression.
Le topo: Krista Erickson l’animatrice vedette de la chaîne d’information surnommée la «Fox News du Nord», propriété de Quebecor, s’interroge sur le bien-fondé d’avoir appuyé le financement du film de Philippe Falardeau avec l’argent des Canadiens. Combien? 2,35 millions de dollars sur une somme totale de 3,7 millions de dollars. Pour appuyer sa thèse, elle interviewe Gregory Thomas, de la Fédération canadienne des payeurs de taxes.
J’imagine que c’était moins grave que le pauvre payeur de taxe finance, à l’époque en 2008, le film Passchendaele avec Paul Gross et Caroline Dhavernas. Un film qui traite de l’apport des soldats canadiens (le 10e bataillon du corps expéditionnaire canadien) dans les Flandres contre les Allemands durant la Première Guerre mondiale.
C’était sûrement moins grave que le gouvernement albertain accorde alors une subvention de 5,5 millions de dollars canadiens à la production pour réaliser le tout. Un navet cela dit…qui n’a jamais été aux Oscars. Mais ce doit être un détail.
Est-ce que la jolie Krista Erickson (je le souligne parce que c’est important d’être jolie pour remettre en question les principes et les valeurs des Canadiens à la télévision…ça passe mieux) est au courant que chaque dollar investi dans le secteur culturel au Canada rapporte dix fois plus en bénéfices directs ou bénéfices indirects?
Mais si vous insistez…«N’est pas» trop que d’injecter de l’argent dans un produit qui servira de carte de visite positive pour le Canada partout dans le monde? J’ignore si le Cirque du Soleil ou Céline Dion sont mentionnés lors des missions économiques de Stephen Harper en Chine, mais ma main au feu que c’est le cas.
Toute la culture au Québec et au Canada est subventionnée. C’est le choix qu’on a fait comme société, pour préserver notre identité, notre spécificité et authenticité. Ça préserve les francophones de se laisser noyer dans la mer d’anglophones, et les Canadiens de se noyer dans une mer d’Américains.
Même les patrons de Krista Erickson profitent de ce système. Mais cette dernière ignore sûrement, comme l’affirmait hier dans une lettre ouverte le président de Radio-Canada Hubert T. Lacroix que Quebecor «elle-même, lorsqu’on inclut ses activités de télécommunications, a reçu des avantages au cours des trois dernières années qui se chiffrent à près de 500 millions de dollars».
Tant mieux si on a payé un trophée Oscar à Philippe Falardeau et son film Monsieur Lazhar. Parce que la vérité, c’est que de réussir à réaliser un tel chef-d’oeuvre avec si peu de budget, ça relève du génie. Et s’il ne gagne pas le 26 février dans la catégorie Meilleur film en langue étrangère, ce sera bien parce qu’il n’y avait pas de musique de Nickleback au générique. «N’est pas?»


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