Critique de La peur de l'eau
(v.f. de )

Au risque de se mouiller

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Les polars se faisant rares au cinéma québécois, le réalisateur Gabriel Pelletier a décidé d’offrir sa modeste contribution. À prendre comme un pastiche du genre, «La peur de l’eau» fera hurler de rire… ou laissera de marbre le cinéphile qui s’attendait à quelque chose de plus sérieux et rigoureux.

La population des ÃŽles-de-la-Madeleine est en émoi. Une jeune fille de 18 ans a été retrouvée violée et assassinée. Le policier Surprenant (Pierre-François Legendre) enquête sur ce meurtre crapuleux, avant de se faire saisir le dossier au profit d’un enquêteur (Normand d’Amour) de Montréal. Peu importe qu’un homme ait déjà été arrêté, le véritable coupable est peut-être toujours en liberté…

Le cinéma américain a toujours flirté avec les films policiers, offrant son lot de classiques au passage. Cette tendance ne s’est pas manifestée sur le septième art de la Belle Province. En faisant abstraction de quelques titres généralement décevants, il était temps qu’un long métrage d’ici vienne redorer ce blason. Il faudra encore attendre, parce que «La peur de l’eau» faillit à cette tâche.

A priori, il est difficile de prendre au sérieux cet essai, qui flirte la plupart du temps avec la série B. L’histoire est parsemée de fils blancs, les invraisemblances sont nombreuses, les accents sont très variables selon la personne qui parle, le scénario tend à accumuler les fausses pistes et les suspects potentiels sans jamais les explorer convenablement, etc. De quoi un peu gâcher la qualité tout à fait potable de la mise en scène, la beauté des paysages et l’étonnante distribution (qui comprend également Stéphanie Lapointe, Pascale Bussières, Paul Doucet, Isabelle Cyr, Pierre-Luc Brillant, Germain Houde, Maxime Dumontier, Michel Laperrière, Sandrine Bisson et Alexandre Goyette).

S’il est légitime de détourner son regard, il est également possible d’envisager cette production autrement. Le cinéaste Gabriel Pelletier a presque toujours navigué dans l’humour (avec les deux épisodes inégaux de «Karmina», le mésestimé «La vie après l’amour» et l’horrible «Ma tante Aline») et peut-être voulait-il offrir un pastiche. Une façon de détourner des codes pour les amener ailleurs. Selon cette optique, les nombreux défauts se prennent avec un grain de sel, un sourire complice, parce que c’est normal que le tout soit si mauvais. Les dialogues souvent atroces deviennent donc une tentative à faire rire… ce qui se produit aisément! La palme revient à cette relation irrésistiblement kitch entre le pince-sans-rire Pierre-François Legendre et l’égayante Brigitte Pogonat qui incarne une collègue particulièrement naïve. Ces scènes sont tellement surréalistes qu’elles prennent le pas sur l’enquête éparpillée.

Ne donnant pas le goût d’aller aux ÃŽles-de-la-Madeleine, représentant sa population comme des habitants simplets, «La peur de l’eau» est un drôle de projet. Et son appréciation dépendra largement si le spectateur prend le tout comme un pastiche ou non.

par Martin Gignac


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