

Très attendue nouvelle adaptation cinématographique du populaire livre de Stieg Larsson, «The Girl With the Dragon Tattoo» permet à David Fincher d’en mettre encore plein la vue sur le plan technique. Le cinéaste arrive toutefois difficilement à relever complètement cette histoire parsemée de fils blancs.
Un journaliste tombé en disgrâce (Daniel Craig) est recruté par un riche homme (Christopher Plummer) pour faire la lumière sur une disparition survenue il y a plusieurs décennies. Il est secondé par une jeune femme rebelle (Rooney Mara) qui n’a pas peur d’enfreindre la loi pour arriver à ses fins.
Romans à succès ayant déjà fait l’objet d’une décevante trilogie scandinave, «Millenium» est de retour en version hollywoodienne. Qui de mieux que David Fincher pour l’adapter, lui qui connaît ce genre à fond, ayant déjà donné par le passé l’éblouissant «Seven» et l’excellent «Zodiac»? Le père de «Fight Club» est dans son élément, étonnant par la qualité de ses images, de son montage. Une fois que le superbe générique du début – c’est sa marque de commerce – se termine, le film démarre sur des chapeaux de roue, atteignant rapidement sa vitesse de croisière. Malgré quelques longueurs, le rythme tient en haleine jusqu’à la fin. La mise en scène d’une froideur assumée utilise favorablement les paysages enneigés et les décors espacés pour emmurer les personnages dans leur solitude. Le créateur de «The Game» joue surtout constamment avec sa musique, créant la parfaite trame sonore à acheter de toute urgence. Reprenant là où leur travail s’est terminé dans «The Social Network», Trent Reznor et Atticus Ross pondent des mélodies organiques qui s’agencent parfaitement à l’ensemble.
Cet esthétisme soigné sans être trop léché permet à l’ambiance et à l’atmosphère de glacer le sang. Le cinéaste a compris comment rendre cinématographique un sujet qui ne l’est pas tant que ça, utilisant tout ce qui est en son pouvoir pour ne pas ennuyer. Parce que malgré un scénario de qualité de Steven Zaillian, l’histoire est le point noir de l’essai. Les incohérences et les commodités sont nombreuses. Les personnages demeurent à peine esquissés et les thèmes sociaux et politiques sont traités avec très peu de subtilité. Fincher le sait très bien, mais il n’a pas trop osé remettre en question la matière première, l’accommodant du mieux qu’il le peut par de subtiles touches sexy et d’humour, ou en rappelant tout simplement que l’illégalité est parfois le meilleur moyen d’obtenir des réponses à ses questions. Cela donne au final un résultat conventionnel, mais appliqué, se rapprochant davantage de l’exercice de style de «Panic Room» que de la maîtrise totale qu’il affichait sur «Zodiac».
L’ensemble est cependant beaucoup plus satisfaisant que le long métrage suédois. L’intérêt y est généralement constant, la réalisation est de plus grande qualité et l’interprétation s’avère supérieure. Christopher Plummer vole ses rares scènes où il apparaît à l’écran, Daniel Craig apporte son flegme naturel à ce personnage particulièrement lisse et Rooney Mara ne fait jamais regretter Noomi Rapace. Elle est dotée d’un magnétisme tel que les regards se posent immédiatement sur elle. Ses nuances psychologiques sont en symbiose avec son jeu physique et en dehors de toutes les considérations techniques, c’est son visage que l’on retient de l’ouvrage.
Après le succès triomphal de «The Social Network», David Fincher pouvait se permettre n’importe quoi. S’il est surprenant de le voir débarquer avec ce projet peu ambitieux qui risque de donner naissance à deux suites si le succès est au rendez-vous, peut-être voulait-il simplement se changer les idées avec cette production calibrée pour son désir de mise en scène. En espérant seulement que le prochain film lui permettra d’évoluer le moindrement en tant que cinéaste.
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