Critique de Le discours du roi
(v.f. de The King's Speech)

Ça sent la coupe

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Tom Hooper offre un festin à ses acteurs et part à la chasse aux oscars.

À être cyniques, on se poserait la question : King’s Speech, qui apparaît sur nos écrans exactement à la bonne période, ne serait-il pas qu’un véhicule entièrement retapé pour récolter des oscars? Devant ce «biopic» nouveau genre, où tout respire la respectabilité, l’élégance, l’humour bon teint, où rien ne dépasse, où tout est beau, propre et bien fait, on est en tout cas en droit de s’interroger tant l’académisme de la chose prend presque à la gorge. D’étranges sensations, – parmi lesquelles domine une forme d’admiration teintée d’ennui – qui ne font pourtant que confirmer celles auparavant ressenties devant les oeuvres de Tom Hooper, The Damned United ou la série John Adams.

Admiration d’abord, devant le réel instinct d’Hooper pour choisir ses acteurs et les diriger. Après le fantasque Michael Sheen, au tour en effet d’Helena Bonham Carter, dont le potentiel comique est ici révélé, du trop rare Geoffrey Rush et de l’impérial Colin Firth de venir s’amuser sous l’oeil du cinéaste. Trois acteurs à leur meilleur pour trois rôles qu’on croirait écrits sur mesure : celui d’Elizabeth Bowes-Lyon, devenue Reine Elizabeth (mère de la future reine d’Angleterre et qu’on appellera affectueusement Queen Mum), celui de Lionel Logue, un joyeux orthophoniste australien et celui de Bertie, un homme aux nerfs à vifs, devenu le Roi George VII après l’abdication de son frère Édouard VIII, parti consommer ses noces avec une Américaine divorcée – so shocking. Et que vient faire un orthophoniste dans ce parterre de têtes couronnées? Beaucoup de choses. Car George, tout roi qu’il était, n’en avait pas moins un immense problème d’élocution, l’empêchant de s’exprimer en public. Or, septembre 1939 arrive à grand pas. Et le discours du Roi qui annoncera la position de la Grande-Bretagne face à l’Allemagne est plus qu’attendu. Pas le genre de discours où l’on peut bégayer. Son père lui avait d’ailleurs bien dit : pour être roi, on ne peut plus se contenter d’avoir de la prestance en uniforme, il faut aussi savoir être acteur.

C’est donc cette histoire d’amitié sur fond de royauté, de dépassement de soi sur fond de guerre mondiale, de voyelles et de consonnes à maîtriser sur fond de méthodes peu orthodoxes que s’amuse à tricoter The King’s Speech avec une dose d’humour pince-sans-rire fort bienvenue. Second degré, retenue, acteurs d’un dynamisme et d’un charisme exemplaires, fond historique solide : la table devrait être mise. Reste que l’ennui parvient tout de même à pointer le bout de son nez. À cause d’un éclairage trop blanc, ne parvenant jamais à mettre en valeur le récit pour plutôt l’aplatir, le ramenant sans cesse sur le plancher des vaches. À cause aussi d’un rythme mollasson faisant s’enchaîner les séquences sans réel fil rouge, au lieu de se concentrer sur le véritable nÅ“ud du film, ces fameuses séances de thérapie. À cause encore d’une mise en scène multipliant les plongées, contre-plongées et grands angles sans pourtant ne jamais réussir à prendre de la hauteur. Pour un roi, tout bègue fût-il, on avouera que ça manque de panache.

par Helen Faradji


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  • dididaflaf a dit le 16 janvier 2011 Signaler ce commentaire

    La trop lointaine dernière fois que j’ai vu Firth c’était en collant de spendex dans le film Mamma Mia…Maintenant en Roi….Excellent…Et la trop lointaine dernière fois que j’ai vu Geoffrey Rush…c’était il y a 15 ans…SHINE…Quel acteur…
    Si vous aimez l’intelligence dans un film…Fiez-vous au critiques populaires plutôt qu’aux journalistes…4 étoiles et 1/2…DIDI


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