Critique de Peur grise
(v.f. de The Grey)

Faire face aux loups

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Liam Neeson domine une belle distribution masculine dans «The Grey», un film de survie un peu longuet qui en met plein la vue avec ses spectaculaires scènes d’action. Après ça, personne n’aura le goût d’aller se promener dans les bois.

Un avion s’écrase en Alaska. Les survivants n’ont pas que le froid à affronter : des loups rôdent et ils ont faim. Ottway (Liam Neeson) prend le pari de ramener ce groupe d’hommes à la civilisation. Son leadership est cependant remis en question lorsque les choses tournent mal…

Le cinéaste Joe Carnahan est capable du meilleur comme du pire. Il en avait impressionné plus d’un avec «Narc» en 2002. Depuis ce temps, il accumule les réalisations douteuses («Smokin’ Aces», «The A-Team»), prêtant sa plume à des sujets plus ou moins inspirants («Pride and Glody»). Il vient enfin de se ressaisir, revenant au drame d’une belle manière. Malgré une prémisse qui est loin d’être nouvelle et qui peut rappeler celle de «Alive», «The Edge» et même «The Way Back», «The Grey» est loin d’être négligeable.

On sent d’abord un ton personnel, la présence d’un véritable réalisateur. Le dosage entre l’action et l’exploration des personnages est généralement bien dosé. Le tout est entrecoupé de retours dans le temps sentimentaux qui allègent la tension. Ce qui aurait facilement pu être un effort en une dimension prend progressivement des couches supplémentaires, alors que les individus et leurs actions sont renforcés par des présences – des sortes de fantômes – qui rôdent à leurs côtés.

La mise en scène propose également quelques impressionnants moments de tragédie. Tour à tour l’accident d’avion, un plongeon dans le vide et un autre dans de l’eau glacée accaparent l’attention, donnant des frissons dans le dos tant le réalisme est criant. Ils sont là pour rappeler la force de ce drame humain, au même titre que les loups qui représentent les peurs et les défis à surpasser. La métaphore n’est pas toujours subtile, mais elle est très efficace.

Bien qu’un certain flottement apparaisse au bout d’une heure, il ne devient pas trop fâcheux. La qualité de l’interprétation est là pour sauver les meubles. Après une quantité incroyable de mauvais longs métrages, Liam Neeson est de retour dans le droit chemin, offrant une performance encore plus vigoureuse que celle qu’il livrant dans le surprenant «Unknown». Il est bien entouré par une distribution des plus compétentes qui comprend Dermot Mulroney et Frank Grillo.

Faisant fi d’une idée de base éprouvée et d’une bande-annonce peu convaincante, «The Grey» livre la marchandise, tenant en haleine jusqu’à la fin. L’effort aurait cependant eu encore plus d’impact s’il avait pris l’affiche pendant les mois chauds de juin ou de juillet. Avec le froid et la neige ambiante, se laisser convaincre par un film de deux heures où des hommes tentent de survivre dans des conditions climatiques extrêmes et des intempéries extérieures ne sera pas nécessairement aisé…

par Martin Gignac


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