Critique de Albert Nobbs
(v.f. de )

Il, elle

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Des femmes se déguisent pour exister dans «Albert Nobbs», un drame lent et élégant où d’excellentes actrices rivalisent à l’écran. Même s’il ne semble rien s’y passer, les enjeux importants ne manquent pas.

Dans la société anglaise du 19e siècle, naître du sexe féminin ne permet pas d’accéder aux postes les plus importants. C’est pourquoi une femme (Glenn Close) a décidé de se déguiser, se faisant dorénavant appeler Albert Nobbs. Au fil des emplois, elle est parvenue à devenir un maître d’hôtel apprécié et à économiser beaucoup d’argent. Ses relations avec un peintre (Janet McTeer) et une collègue de travail (Mia Wasikowska) la pousseront à rêver d’une existence meilleure…

Glenn Close porte ce projet en elle depuis des décennies, ayant déjà incarné ce personnage au théâtre. Elle a demandé au cinéaste Rodrigo Garcia qui l’a déjà dirigé dans les excellents «Things You Can Tell Just By Looking at Her» et «Nine Lives» de transposer cet univers au cinéma, lui qui s’est fait une réputation de bien cerner le genre féminin (et ce, même si son dernier travail, «Mother and Child», s’avérait un gros mélo boursouflé).

Le résultat est une nouvelle plongée dans la psyché de ces femmes qui font l’impossible pour se réaliser et pour exister. Le climat de l’époque, les rapports de classes sociales et les luttes de sexes sont bien rendus par deux interprétations exceptionnelles : celle de Glenn Close qui mimique parfois Charlie Chaplin, et celle possiblement encore plus juste de Janet McTeer qui s’efface complètement derrière son personnage.

Ces deux prestations sont tellement vigoureuses qu’elles font presque oublier les autres enjeux. Lorsque leur amitié naissante, leurs combats quotidiens et leurs rêves de changement n’apparaissent pas à l’écran, le récit s’enlise quelque peu dans des intrigues secondaires, dont une qui concerne la ravissante Mia Wasikowska qui ne semble pas toujours à sa place et Aaron Johnson de «Kick-Ass» qui est loin d’être un très bon acteur. Cette petite histoire aura un impact – prévisible – sur la grande, sauf qu’elle n’a pas bénéficié du même soin, de la même considération.

Avec son rythme lent, ses dialogues qui prennent généralement le pas sur le reste et sa mise en scène extrêmement délicate, «Albert Nobbs» se laisse apprivoiser avec le temps. À mi-chemin entre «Shakespeare in Love» et «Yentl» se trouve cet essai un peu poussiéreux et verbeux porté par le courage et la dévotion de ses deux principales comédiennes qui seront en compétition lors de la prochaine cérémonie des Oscars. La lutte risque d’être chaude…

par Martin Gignac


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