Critique de La dame de fer
(v.f. de The Iron Lady)

Je veux un Oscar!

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Meryl Streep pourrait très bien recevoir un Oscar pour sa prestation dans «The Iron Lady». Dommage que ce film sur Margaret Thatcher manque de souffle et d’ampleur. Comment une femme si fascinante et dérangeante peut donner un portrait aussi banal et bancal?

Margaret Thatcher (Meryl Streep) a l’âge de la retraite, passant le plus clair de son temps à discuter avec le fantôme de son mari (Jim Broadbent). Elle pense à son passé en politique où elle est devenue la première et la seule femme à diriger la Grande-Bretagne. D’une poignée de fer, elle ne s’en laissait pas imposer. Surtout pas à une époque – les années 1980 – marquée par les répercussions de la crise financière et les tumultes avec l’IRA.

Le pouvoir fascine. Dans la dernière année seulement, les «J. Edgar», «La conquête» et «L’exercice de l’État» (ainsi que «Pater» dans quelques festivals) ont pris l’assaut des écrans de cinéma. L’époque est à la redécouverte de mythes glorieux ou pas. Une légende qui était attendue avec impatience était celle de Margaret Thatcher qui, en compagnie de Ronald Reagan, a complètement bouleversé l’échiquier mondial, encourageant la déréglementation des marchés, le capitalisme sauvage et la mondialisation.

Rien de tout cela n’est cependant abordé dans «The Iron Lady». Le long métrage revendique ses aspects fictionnels, montrant pendant la moitié de l’ouvrage une vieille femme qui converse avec son mari disparu. Un pari de taille de mettre à l’avant-plan les aspects intimes et personnels du couple. Et cela fonctionne la plupart du temps. Les comédiens sont excellents et ils permettent à l’essai de tenir la route. Jim Broadbent est un très grand acteur et il oblige Meryl Streep à se surpasser. Ce qu’elle fait en évitant généralement les mimiques.

Le film doit cependant parler de pouvoir, de politique, et il le fait nonchalamment. Notamment avec d’insistants retours dans le temps. La réalisation de Phyllida Lloyd («Mamma Mia!») est souvent lourde et décousue. Elle expédie les jeunes années de Thatcher à la vitesse de l’éclair (quelques scènes lors d’un dîner sont particulièrement ratées, laissent souhaiter une parodie de David Lynch avec Laura Dern dans le rôle-titre), valorisant l’anecdote pour aborder les faits marquants des années 1980. La guerre avec l’Argentine et les frictions intestines deviennent donc des enjeux nullement éclairés ou exploités. Au lieu de cela, le scénario d’Abi Morgan (dont le travail était pourtant si riche et transcendant dans le «Shame» de Steve McQueen) se plaît à copier les grands succès oscarisés de la dernière décennie («A Beautiful Mind», une séquence est un plagiat de «The King’s Speech»), arrosant le tout de références à Shakespeare.

Le portrait qui en ressort de Margaret Thatcher n’est pas seulement incomplet, il est surtout douteux. Au lieu de saisir les subtilités de son âme, de ses choix et de ses convictions, «The Iron Lady» n’embrasse que sa folie tardive, qui pourrait (ou pas) expliquer ses actions passées. Pour le reste, la prise de position est inexistante et le constat, franchement décevant pour un sujet de cette ampleur.

par Martin Gignac


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