

Que voilà une belle découverte! Le leader de Roi Poisson, qui s’est aussi prévalu du pseudo Le Citoyen à l’époque où il s’est fait connaître en solo lors des Francouvertes, se révèle maintenant sous son vrai nom. Jérôme Dupuis-Cloutier nous propose un album étonnant, qui s’écoute tout seul et qui s’immisce avec désinvolture entre les deux oreilles.
Sa vision des choses et son originalité s’y font entendre avec un mélange d’aplomb et de douceur. Son timbre de voix rappelle celui des Martin Léon et Yann Perreau de notre petite industrie, avec un son qui se distingue pourtant à certains des égards. À saveur folk, l’instrumentation est inventive et variée, autour des guitares, ukulele, banjo, en plus des claviers et quelques cuivres. Récits mettant en scène des personnages désillusionnés, les textes touchent leur cible en allant droit au but, sans polissage excessif. Ça dépasse un peu, ça sent l’âme rebelle, c’est à la fois sensible et viril, et ça résonne efficacement.
En plus de l’excellence des musiciens (dont son frère Étienne, aussi réalisateur de l’album), l’un des aspects forts réussi du CD, c’est la cohorte de choristes féminines (Fanny Bloom, Julie Brunet et Arianne Bisson-McLernon), qui se font très présentes sur certaines pièces, notamment sur Gentleman Refroidi et Les rochers, deux chansons aux mélodies particulièrement accrocheuses par ailleurs.
Un album assez court (9 morceaux), qui passe trop vite («Quoi? C’est déjà fini?»), mais qui s’achève en beauté avec De la poussière sur notre amour, fort belle composition instrumentale, où les guitares dialoguent et se font écho. Mais le moment fort de l’album demeure, à mon avis, Nationaliste déchu (dont le rythme et le traitement n’est pas sans rappeler le style d’Urbain Desbois), qui se termine sur un percutant poème de Yann Godbout.
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