

La prose bucolique de Marcel Pagnol et les bons airs de la Provence revivent dans «La fille du puisatier» de Daniel Auteuil, un récit un peu simpliste mais extrêmement dépaysant qui réchauffe le coeur.
Patricia (Astrid Bergès-Frisbey) attend un enfant de Jacques (Nicolas Duvauchelle), un homme qu’elle n’a vu que quelques fois et qui est porté disparu à la guerre. Sur les conseils de son père puisatier (Daniel Auteuil), ils payent une visite aux parents (Jean-Pierre Darroussin et Sabine Azéma) du disparu. Devant le refus de s’engager de ceux-ils, ils reviennent bredouilles, le patriarche se dépêchant d’envoyer sa fille enceinte chez sa soeur pour ne pas perdre la face. Mais si seulement elle voulait se marier avec son bon ami Félipe (Kad Merad)…
Réalisé en 1940 par Marcel Pagnol lui-même, le charmant «La fille du puisatier» qui mettait en vedette Fernandel et Raimu avait marqué son époque. Replonger dans cet univers si particulier et personnel plus de 70 ans plus tard ne se fait pas instantanément. Il faut laisser ses appréhensions et son cynisme au vestiaire, renouer avec son amour de la langue française, adhérer à ce rythme plus lent et à ces belles valeurs parfois oubliées.
C’était presque normal que ça soit Daniel Auteuil qui se charge de la mise en scène, lui dont la carrière a pris un envol grâce au mythique Ugolin, personnage emblématique de «Jean de Florette» et de «Manon des sources» de Pagnol. Sa première réalisation, toute en finesse et en souplesse, insuffle à cette intrigue classique des paysages majestueux et un souffle lyrique qui est porté par la magnifique trame sonore d’Alexandre Desplat. Sa façon de développer ses thèmes pourrait paraître naïve, mais elle est néanmoins sensible et authentique. Il y traite d’ailleurs des élans de l’amour et des relations familiales difficiles, surtout lorsque les classes sociales ne sont pas les mêmes.
Sa judicieuse direction d’acteurs compense pour ces personnages esquissés un peu sommairement et qui sont capables de jouer à la girouette pour arranger le scénario, surtout lors de la dernière demi-heure où les convictions d’antan fondement comme neige au soleil. Tous les comédiens sont à leur place et les faux pas sont peu nombreux. Les «jeunes» Astrid Bergès-Frisbey et Nicolas Duvauchelle offrent un jeu honnête, mais ce sont les «vieux» routiers qui brillent, s’échappant parfois de justesse des stéréotypes et des mimiques d’usage. Daniel Auteuil est particulièrement convaincant en père parfois ingrat, tout comme Jean-Pierre Darroussin peut être touchant et attachant.
Oeuvre parfaite pour la saison froide, «La fille du puisatier» est un souffle de bonheur, une évasion instantanée qui permet de revenir à l’essence de la vie : le vent qui souffle, le soleil qui réchauffe et de beaux mots qui enivrent.
À noter que le court métrage «Dimanche» de Patrick Doyon, qui a été mis en nomination à la prochaine cérémonie des Oscars, sera présenté tout juste avant «La fille du puisatier».
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