
Premier film courageux, important mais parfois trop démonstrateur et sensationnaliste, Angelina Jolie signe avec «In the Land of Blood and Honey» une chronique de guerre inspirée qui doit beaucoup à la performance de ses comédiens.
La guerre met à l’épreuve les gens qui s’aiment. Surtout lorsqu’il est question de personnes qui sont issues de communautés culturelles différentes. Danijel (Goran Kostic, un mélange improbable entre Daniel Craig et Christopher Eccleston) et Ajla (Zana Marjanovic, d’une très grande beauté) l’apprendront à leurs dépens alors que la Bosnie-Herzégovine est divisée par un conflit interne.
Sélectionné aux Golden Globes plus tôt cette année dans la catégorie du meilleur film étranger, «In the Land of Blood and Honey» est un premier long métrage qui ne manque pas de conviction. Angelina Jolie explore un sujet rarement exploité au cinéma (les exceptions étant le solide «Welcome to Sarajevo» de Michael Winterbottom, l’oscarisé «No Man’s Land» de Danis Tanovic… et la filmographie presque entière d’Emir Kusturica) en faisant appel à d’excellents acteurs. Sa réalisation est assurée, sa prise de position est clairement identifiable et un certain souffle épique transforme le tout en véritable tragédie grecque.
La nouvelle cinéaste a cependant tendance à beurrer épais. Son récit se veut parfois lourd, appuyé et très démonstrateur, voulait faire réagir à tout prix en montrant le maximum de violence, de sang et de viols. Oui, les films ne guerre ne sont pas là pour être aimables, mais les grandes oeuvres du genre tendent à être beaucoup plus subtiles. Ici, les ficelles de la manipulation sont visibles, et si l’ensemble ne verse pas dans la démagogie comme le faisait «La rafle», le ton est clairement manichéen, parfois même sensationnaliste.
C’est lorsque la metteure en scène se concentre sur ses héros qu’elle arrive à sortir des sentiers battus. Les relations de dominant et de dominé entre les deux personnages principaux sont ambiguës, rappelant parfois celles de l’inoubliable «The Night Porter» de Liliana Cavani. Il y a de l’amour et du désir, mais également de la dépendance, une aliénation (sur un plan individuel, mais également social et culturel) qui marque les esprits et qui donne une touche particulièrement malsaine à ce grand spectacle.
N’évitant pas de brosser trop de sujets en même temps comme c’est souvent le cas dans les premières réalisations, «In the Land of Blood and Honey» arrive tout de même à bousculer des thèmes éprouvés, à parler un peu différemment d’un conflit qui célèbre cette année son 20e anniversaire.
Ce concours n'existe pas ou est terminé.