Critique de Rango
(v.f. de Rango )

Le caméléon sans nom

Note de Showbizz.net
Image:Le caméléon sans nom
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Animation en apparence pour enfants qui s’adresse principalement aux plus grands, «Rango» fait voyager en compagnie d’un héros atypique qui possède la voix de Johnny Depp. Beaucoup d’humour, d’action et de la substance insoupçonnée pour ce type de production.

Un caméléon (voix de Johnny Depp) qui a soif de découvertes se retrouve inopinément dans le désert. Il devient rapidement le protecteur d’un village en manque chronique d’eau.

Même s’il est réputé pour les trois premiers volets de «Pirates of the Carribean» et le remake américain de «The Ring», le réalisateur Gore Verbinski est un fan de westerns. Il avait titillé le genre avec l’ordinaire «The Mexican» et il prévoit y mordre à pleines dents avec «The Lone Ranger» qui doit voir le jour d’ici une année ou deux. En attendant, il réalise un rêve de jeune garçon : créer un western spaghetti qui paye autant des hommages à «True Grit» qu’à Sergio Leone. Il y a même un personnage qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Clint Eastwood!

Il faut toutefois faire attention avant d’embarquer dans la diligence de «Rango». Malgré sa bande-annonce et son introduction enfantine, le long métrage ne s’adresse pas nécessairement aux gens âgés de moins de huit ans. Le rythme n’y est pas aussi soutenu qu’un «Ice Age» ou un «Kung Fu Panda». Ce n’est pas plus grave, l’histoire y est nettement supérieure, surtout dans sa façon de développer assez subtilement ses nombreux thèmes importants, qui vont de la nécessité d’avoir un héros à celle de croire en quelque chose, du désir de se sentir utile à cet esprit de l’Ouest qui disparaît progressivement au détriment du commerce et du capitalisme. Ainsi pendant tout le récit il est possible de remplacer l’eau par le pétrole ou l’argent (crise économique oblige), ce qui donne à l’ensemble une dimension politique assez inspirante.

Cela n’empêche pas de prendre l’effort au premier degré. De ce côté le scénario ne manque pas de piquant, de blagues pimentées, de personnages savoureux et d’action. Quelques scènes explosives (avec l’aigle, le serpent façon Robert Rodriguez ou l’attaque de taupes qui rappelle de vieux classiques de guerre) surprennent par leur vivacité. Le soin apporté à l’animation est de tous les instants, tout comme la trame sonore d’Hans Zimmer, mi-Morricone mi-Beltrami, qui fait parfois écho à celle qu’il a composée pour «Sherlock Holmes». Pour une rare fois, les clins d’oeil ne sont pas omniprésents et ils s’avèrent généralement pertinents. Surtout celui, presque au début, à «Fear and Loathing in Las Vegas», qui mettait également en vedette Johnny Depp. L’acteur fétiche de Tim Burton est ici truculent dans le rôle du caméléon sans nom, qui décide d’adopter celui de Rango.

Un peu comme le travail de Wes Anderson sur «Fantastic Mr. Fox» et de Zack Snyder sur «Legend of the Guardians», celui de Gore Verbinksi (qui vient probablement d’offrir son meilleur film en carrière) comporte quelques lacunes sur le plan de la durée (il y a de sévères temps mort). Sauf qu’il est extrêmement intéressant de voir un cinéaste qui travaille généralement dans le «réel» s’attaquer à un médium «animé». Cela donne un surplus d’âme et de profondeur à ce qui aurait pu être uniquement un objet lisse et plat.

par Martin Gignac


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