Critique de Café de Flore
(v.f. de )

Les âmes soeurs

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L’homme derrière «C.R.A.Z.Y.» revient à un cinéma intime avec «Café de Flore», une esthétisante histoire d’amour entre hier et aujourd’hui. Spectaculaire mais vide, avec Vanessa Paradis et Kevin Parent en mode acteur et non pas chanteur.

«The Young Victoria» n’était qu’une commande. Appliquée, bien rythmée mais beaucoup trop lisse pour marquer les esprits. Cela a tout de même donné la latitude à son créateur Jean-Marc Vallée de rebondir avec un projet plus personnel.

L’amour et la musique guide ce nouveau long métrage. Celui d’une Parisienne (Vanessa Paradis) des années 1960 pour son enfant trisomique et celui d’un homme d’aujourd’hui (Kevin Parent) qui a abandonné la mère (Hélène Florent) de ses filles pour une nouvelle femme (Évelyne Brochu).

On remarque immédiatement chez le réalisateur de «Liste noire» une obsession pour la technique. Sa mise en scène est magnifique et généralement très fluide, dotée d’un montage intelligent, d’ellipses ingénieuses et d’efficaces effets de miroir. Les sauts s’effectuent presque naturellement entre le présent et différentes formes de passé. Le tout sur d’excellentes pièces musicales (Pink Floyd et The Cure déjà présents sur «C.R.A.Z.Y.», mais également beaucoup de Sigur Ros) qui donne le goût d’aller se procurer la trame sonore.

Il fallait toutefois se méfier de ces effets de surenchère. Ce séduisant verni cache un scénario souvent déficient, beaucoup trop dans le tape-à-l’oeil et l’exercice de style que dans l’essentiel. Les émotions se font rares et ce n’est surtout pas la musique qui va les remplacer même si elle s’essaye continuellement. Les deux histoires, au demeurant intéressantes, manquent de profondeur. On sent toutes les illuminations qui devaient s’allumer dans la tête du scénariste (également Vallée) mais le rendu à l’écran déçoit. Déjà qu’il y a une narration totalement inutile et que les liens entre les intrigues sont expliqués une bonne demi-douzaine de fois dans la dernière demi-heure (le spectateur est pourtant capable de tout décoder sans aide), les détours spirituels donnent mal au coeur et à la tête, alors que les notions romantiques versent lentement mais sûrement dans le sirop kitch et collant.

Dans le cas présent, c’est presque surprenant que l’effort maniéré et appuyé ne brime pas davantage le niveau de l’interprétation. Vanessa Paradis insuffle une belle part d’humanité à son personnage, tout comme Évelyne Brochu qui incarne royalement une beauté céleste. C’est toutefois Hélène Florent qui obtient les meilleurs moments de l’ouvrage. Très inégal, Kevin Parent est loin d’être à la hauteur de la situation et Évelyne de la Chenelière en fait beaucoup trop dans un rôle secondaire.

Jean-Marc Vallée a un don inné pour la réalisation. C’est d’ailleurs un excellent faiseur d’images. Dommage qu’il n’arrive pas à tirer meilleur parti de cette superbe prémisse – l’éventuelle existence des âmes soeurs – qui est exploitée mécaniquement, avec beaucoup trop de chansons et de plans léchés dignes d’un vidéoclip ou d’un magazine publicitaire mais avec trop peu de coeur et d’âme. Il y a plein de belles choses à voir dans «Café de Flore» (dont un caméo du cinéaste et une scène clé pendant le générique de fin), mais dans l’ensemble, l’exercice s’apparente davantage à de la masturbation sentimentale qui laisse, incroyable mais vrai, complètement indifférent. Dans un genre similaire, «Mr. Nobody» de Jaco Van Dormael était mieux fignolé.

par Martin Gignac


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