Critique de Incendies
(v.f. de )

Les marques des Incendies

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Denis Villeneuve confirme sa maturité acquise sur «Polytechnique» avec «Incendies», une oeuvre riche et universelle sur les conflits qui ravagent les êtres humains. Un film ouvert sur le monde qui s’adresse au plus grand nombre possible.

À la mort de leur mère (Lubna Azabel), les jumeaux Jeanne (Mélissa Désormeaux-Poulin) et Simon (Maxim Gaudette) reçoivent un testament qui les laisse pantois : ils doivent retrouver leur père présumé mort, ainsi que leur frère dont ils ignoraient tout de son existence. Pour se faire ils devront parcourir un pays du Moyen-Orient, ce qui leur permettra d’en apprendre davantage sur leurs origines et la vraie nature de la personne qui les a mis au monde.

Populaire pièce du dramaturge Wajdi Mouawad, «Incendies» est transposé au cinéma avec soin et délicatesse par Denis Villeneuve. Après son touchant «Polytechnique», le réalisateur de «Maelstrom» continue d’explorer des thèmes qui lui tiennent à coeur, dont le devoir de mémoire et la force du genre féminin. Son scénario, aux métaphores bien à l’avant-plan, fait dans l’évocation, transformant presque en mythe grec des horreurs de la guerre.

Ce n’est pas proprement ce conflit qui semble intéresser le cinéaste. La région n’est pratiquement pas évoquée (il s’agit cependant du Liban, même si l’ouvrage a été tourné en Jordanie), ni les raisons en place (il est question de religions et de réfugiés, mais seulement en filigrane). Le traitement se veut plutôt universel, renvoyant des enfants chez eux. La mère se veut donc autant humaine que géographique, et il faut absolument connaître son histoire pour pouvoir évoluer en tant qu’être humain et pays.

Les comédiens sont portés par leurs incompréhensions qui les déchirent. La première partie est surtout celle de Lubna Azabel, incroyable après sa performance dans «24 Mesures», et «Mélissa Désormeaux-Poulin» qui prouve son très grand talent (surtout qu’il était plutôt difficile de le constater dans les deux «À vos marques! Party!»). Son jeu viscéral et raisonné permet de s’attacher immédiatement à son sort et de voir cette région inconnue à travers ses yeux. Un peu trop effacé, Maxim Gaudette se fait valoir plus tardivement, utilisant un humour bien noir pour éviter que les drames prennent toute la place. A ce chapitre Rémy Girard qui incarne un notaire est là pour alléger le propos, ce qui fait parfois du bien.

À l’image de la pièce de théâtre, le film n’est pas sans longueur. Surtout que la trame narrative, riche en réflexions variées, abuse des ellipses. Cela ne serait pas grave si la révélation finale ne se tenait pas, justement, sur ce temps qui passe, entre hier et aujourd’hui. Bien que difficile à prévoir, le coup de théâtre ne tient pas toujours la route, car il semble manquer quelques informations cruciales pour être certain de la logique de la révélation.

Bénéficiant d’une superbe direction photo d’André Turpin, d’une solide interprétation et de thématiques puissantes, «Incendies» prouve que Denis Villeneuve maîtrise de plus en plus ses écrits, n’offrant plus que de simples images lustrées comme c’était le cas de «Un 32 août sur terre». Dès les premières secondes, une riche et émotive pièce de Radiohead se fait entendre, et les mélodies de ce groupe culte agiront en tant que leitmotiv, portant le récit par ses superbes vagues ténébreuses qui feront apparaître de nombreux secrets enfouis. Douloureux mais nécessaire.

par Martin Gignac


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