Critique de Le grand miracle
(v.f. de Big Miracle)

Les Russes sauvent la mise

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Quelques mois à peine après le collant et sirupeux «Dolphin Tale», la famille a droit à un nouveau long métrage du même acabit. En célébrant le vieil adage qu’«ensemble, tout est possible», «Big Miracle» se vautre dans la guimauve, se cachant derrière son sceau «inspiré d’une histoire vraie» qui ne rend, ironiquement, pas le résultat final très intéressant.

Les bonnes causes, tout le monde en raffole. C’est même l’idéal pour redorer son image auprès de la population. Lorsqu’un journaliste (John Krasinski) et une militante de Greenpeace (Drew Barrymore) se battent pour libérer trois baleines des glaces de l’Alaska, une pétrolière, le Président américain et même la Russie viennent à leur rescousse!

Ce fait divers véridique qui s’est déroulé en 1988 – à la fin de la Guerre froide – ne fait pas dans la demi-mesure. Tel un film catastrophe, on multiplie les intervenants et les actions de partout à travers les États-Unis, montrant des gens courageux qui mettent leur vie en péril et qui dépensent des millions de dollars pour secourir trois mammifères… Peu importe les enjeux, la cause est plus grande que tout et la démonstration s’avère particulièrement édifiante.

A priori, rien ne dépasse réellement du cadre. La réalisation de Ken Kwapis (à qui l’on doit l’horrible «License to Wed» et le beaucoup plus réussi «He’s Just Not That Into You») est appliquée sans être particulièrement imaginative. L’interprétation d’ensemble est convenable, surtout de la part de Ted Danson qui campe un jubilatoire méchant sympathique. Des comédiens talentueux arrivent généralement à rendre vivant des personnages unidimensionnels, et ce, même si Drew Barrymore et John Krasinski semblent toujours jouer le même rôle. Et le scénario, ponctué de drames et de touches humoristiques, fait joyeusement la morale, rappelant que le récit est un produit pour toute la famille.

Ce type d’effort qui se regarde sans problème les dimanches après-midi peine toutefois à sortir du lot. On le sent prisonnier de ses conventions, de son désir à plaire au plus grand nombre possible. Plusieurs pistes sont explorées en surface, sans faire de vague. Des évènements et des alliances semblent tirés par les cheveux, sauf que les véritables problèmes sont rapidement évacués au profit d’une bonne entente entre peuples. Alors que Sylvester Stallone avait mis fin au communisme avec «Rockey IV», ici on rétablit l’Union soviétique – dont les hommes ne font que parler anglais, bien sûr – dans les bonnes grâces.

Du coup, «Big Miracle» n’est qu’un bonbon à mâcher en attendant quelque chose de mieux, un amuse-gueule interchangeable qui a la même odeur et la même saveur que le précédent. Le second épisode d’«Happy Feet» avait mis la table d’une joyeuse façon dans sa façon de montrer que «l’union fait la force» et que même la glace ne pouvait séparer les gens qui s’aiment. Cette fois, le modèle ressemble plutôt à celui de «Free Willy», cet essai naïf et vaguement cinématographique qui manipule constamment la charge dramatique et l’émotion. De quoi donner le goût d’aller rejoindre les baleines le plus rapidement possible et de se tenir loin du genre humain.

par Martin Gignac


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