

George Lucas a longtemps rêvé que les «Red Tails» prennent leur envol. Bien que son désir soit devenu réalité, le résultat est loin de voler très haut, se tenant généralement au ras du sol, prêt à s’écraser à chaque instant.
Les «Red Tails» sont ces pilotes afro-américains qui ont combattu en Italie lors de la Deuxième Guerre mondiale. Malgré les préjugés, ils sont devenus des héros, étant reconnus pour leurs nombreux exploits en vols.
Le père de «Star Wars» a toujours été un grand amateur de combats aériens et cela fait des années qu’il cherche à ramasser suffisamment d’argent pour raconter cette histoire au cinéma. Il y est finalement parvenu, laissant toutefois la chaise de la réalisation au nouveau venu Anthony Hemingway, se contentant d’un rôle de producteur exécutif. Une décision qui ne peut que décevoir, surtout devant le grand talent du créateur de «THX 1138» et d’«American Graffiti».
Peut-être se doutait-il que le scénario n’était pas à la hauteur. L’histoire brouillonne va dans tous les sens, faisant vibrer la fibre héroïque et patriotique en laissant la subtilité au rancard. Elle suit plusieurs personnages à la fois, ne prenant jamais le temps de les développer correctement, autrement que par les clichés les plus éculés (il y a l’alcoolique, l’amoureux, le jeune premier, etc.). Les comédiens jouent peut-être avec sincérité (Terrence Howard affiche encore son charisme naturel, Cuba Gooding Jr. en économie de moyen laisse sa pipe faire tout le travail à sa place), sauf qu’ils doivent se rendre à l’évidence : la trame narrative n’est pas là pour les mettre en valeur.
Il est donc presque normal de ne jamais se soucier de leur sort. Ils peuvent être amoureux, se blesser ou mourir, leur destin laisse complètement de glace. Ce sentiment se répercute lors des spectaculaires affrontements. La tension ne se fait pratiquement pas ressentir. Il n’y a pas cette intensité de vie ou de mort qui fait toute la différence. Si le travail du cinéaste lors des scènes d’action est plus que satisfaisant, on ne peut en dire autant lors des moments plus tranquilles. Sa mise en scène est souvent incertaine, notamment au sein d’un montage parfois malhabile où les fondus manquent de finition. L’agréable trame sonore bien musclée et percutante de Terence Blanchard compense quelque peu ces faiblesses.
Moins romanesque que la grosse guimauve «Miracle at St. Anna» de Spike Lee, «Red Tails» passe néanmoins à côté de son sujet, s’avérant plus un jeu vidéo qu’une façon de faire connaître des héros oubliés. À force de simplifier les enjeux importants, on se retrouve avec un squelette complètement dénaturé qui ne donne même pas le goût d’ouvrir un manuel d’histoire pour en savoir davantage. Il ne faudra pas en vouloir aux cinéphiles de préférer «The Help», tranches d’existences imparfaites mais largement supérieures.
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