Critique de Une méthode dangereuse
(v.f. de A Dangerous Method)

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David Cronenberg cherche à nouveau à percer la psyché de ses personnages dans «A Dangerous Method», un essai verbeux, consensuel mais captivant, porté par la performance juste de presque tous ses interprètes.

Au début du 20e siècle, le docteur Carl Jung (Michael Fassbender) teste une nouvelle technique de psychanalyse sur une jeune femme (Keira Knightley). Au fil des séances, une tension érotique s’installe entre le père de famille et sa jeune patiente qui deviendra bientôt sa maîtresse. Pratiquement au même moment, le psychologue se lie d’amitié avec son maître à penser Sigmund Freud (Viggo Mortensen). Les échanges entre ces deux confrères sont fructueux. Mais lorsque son infidélité éclate au grand jour, la relation entre les deux hommes ne sera plus jamais la même.

Le cinéaste canadien David Cronenberg se plaît à faire jaillir les zones sombres de ses personnages. Ce qui en émane donne froid dans le dos («Dead Ringers»), déboussole au plus haut point («Naked Lunch») ou fascine allègrement («A History of Violence»). Quelques années après son mésestimé «Eastern Promises», il est de retour avec un nouveau récit qui confirme sa propension à s’éloigner de ses lubies de jeunesse (l’horreur, la science-fiction, l’hémoglobine) pour se concentrer sur un sujet plus sérieux.

À priori, tous les éléments étaient disponibles pour former une suite non officielle à son éclatant «Crash». Il y a de la tentation dans l’air, des regards sulfureux, un désir sexuel latent et une collaboration sadomaso entre un homme de pouvoir et sa victime consentante. Pourtant, pour diverses raisons (peut-être parce qu’il s’agit de gens réels… ou qu’il commence tout simplement à se faire vieux), le créateur de «The Fly» aborde sa thématique avec beaucoup de retenue. Sa mise en scène discrète d’un classicisme assumé fait de ce long métrage son effort le plus sage et le moins tordu depuis «M. Butterfly».

Au lieu de véritablement passer à l’acte et de s’exprimer par leurs corps, les personnages ne font pratiquement que parler, laissant les émotions au rancart. Leurs discussions intéressantes mais un peu statiques sont au coeur de l’ouvrage, créant une symbiose entre deux entités distinctes. Il y a tout d’abord la relation d’amitié entre Jung et Freud. Superbe dans «Shame» et dans «X-Men : First Class», Michael Fassbender continue d’impressionner, livrant une autre solide performance. Son duo avec le volcan tranquille Viggo Mortensen donne au film ses plus beaux moments. En revanche, c’est lorsque l’ensemble verse dans la sentimentalité que cette proposition bat légèrement de l’ail. Après une entrée en matière désastreuse, Keira Knightley se ressaisit quelque peu, ne demeurant toutefois pas à la hauteur de ses collègues masculins (dont il faut inclure ici le toujours formidable Vincent Cassel qui tient un rôle fondamental mais très secondaire).

Prenant son temps à aborder une multitude de thèmes importants, David Cronenberg affiche une belle maturité dans «A Dangerous Method». S’il est légitime de regretter sa folie qui insufflait une partie de ses oeuvres précédentes (dont le dernier en titre pourrait bien être «Spider»), cette façon d’explorer ses propres obsessions en les adaptations à un public de plus en plus considérable lui permet d’enchaîner les productions de qualité sans nécessairement sacrifier son âme. Ce qu’il a perdu en style, il le regagne en subtilité.

par Martin Gignac


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