Critique de La dame en noir
(v.f. de The Woman in Black)

Réparer le passé

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Daniel Radcliffe cherche à se débarrasser de son image d’Harry Potter en jouant dans «The Woman in Black», un film d’épouvante qui comporte bien peu de réels frissons. Est-ce qu’il y arrive? Pas vraiment.

On trouve de tout dans des vieilles maisons hantées. Des ombres qui semblent sans cesse apparaître furtivement. Des portes qui s’ouvrent et qui se referment en un coup de vent. Des chaises qui bougent. Et même des jouets dont le mécanisme s’active au moment le plus inopportun. Ce n’est pas suffisant pour décourager un jeune avocat (Daniel Radcliffe) qui s’occupe de la succession d’une cliente récemment décédée. Les rumeurs courent que le fantôme de la défunte rôde toujours et qu’il est la cause des décès des enfants du village.

Avec tous les «Saw» et «Final Destination» qui prennent régulièrement l’affiche, un long métrage à l’ancienne fait du bien. L’emphase n’est pas mise sur les meurtres et l’hémoglobine, mais sur la construction d’une atmosphère troublante, d’une ambiance qui fait palper le coeur plus rapidement. Des éléments que l’on retrouve en partie dans cette oeuvre de James Watkins (l’auteur du peu impressionnant «Eden Lake»), qui s’inspire à la fois du téléfilm oublié de 1989 que du roman original que Susan Hill a écrit en 1983.

Les bonnes intentions sont nombreuses et louables. Le récit est construit lentement et minutieusement. Un climat malsain plane sur ce lieu austère et ce manoir qui est parfois séparé des eaux. La direction artistique est soignée, au même titre que les décors et la photographie. Utilisée à tort et à travers, la partition musicale de Marco Beltrami demeure de qualité. Et quelques frissons bien placés font instantanément réagir.

Le portrait est cependant bien incomplet. L’histoire n’est qu’une pâle copie du classique «The Haunting» de Robert Wise, usurpant l’héritage légué par Vincent Price. Il n’est pas surprenant de reconnaître tous les lieux éprouvés du genre, qui ne sont nullement renouvelés, allant des cauchemars asiatiques à l’excellent «The Others». S’il ne faut pas compter sur les dialogues pour sauver la mise ou bien encore la finale particulièrement consternante, la faiblesse de l’interprétation empêche les personnages de prendre de la consistance. Le problème ne réside pas dans les rôles secondaires ou chez le valeureux Ciaran Hinds qui en impose en protecteur du héros, mais bien chez Daniel Radcliffe. L’acteur ne véhicule aucune émotion et il n’a même pas l’air effrayé face à l’adversité. C’est pourtant lui qui figure dans la majorité des scènes, à qui le spectateur doit s’identifier. En vain.

L’année dernière, le mésestimé «Don’t Be Afraid of the Dark» arrivait à dépoussiérer un concept vieux comme le monde. «The Woman in Black» fait tout son possible pour effrayer et pour glacer le sang. Cela ne fonctionne qu’à moitié. Et c’est principalement la faute de celui qui a longtemps incarné Harry Potter et qui se révèle sur le pilote automatique.

par Martin Gignac


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