

Film complexe sur les arcanes de la politique et les jeux de coulisses, «L’exercice de l’État» de Pierre Schoeller vaut surtout le détour pour la performance forte de ses comédiens, Olivier Gourmet en tête qui porte le récit sur ses fortes épaules, ramenant le récit vers l’essentiel lorsqu’il a tendance à déraper.
La vie de ministre n’est pas évidente. Il doit toujours courir partout, rencontrer des gens et multiplier les longues heures de travail. De quoi l’empêcher de voir sa famille et même parfois de soupeser correctement une problématique. L’avenir du ministre des Transports Bertrand Saint-Jean (Olivier Gourmet) sera ébranlé lorsque les gens de son parti abordent la question de la privatisation des gares.
Quelques années après son potable «Versailles» qui suivait le destin d’un marginal à l’extérieur du système, le cinéaste Pierre Schoeller pose cette fois le pied dans la sphère publique de la politique. Désirant rester le plus neutre possible (peu importe que le gouvernement soit de gauche ou de droite), limitant les liens avec les exemples trop inscrits dans le temps (malgré qu’il soit question de grèves et de conditions économiques parfois éprouvantes), «L’exercice de l’État» est une tentative d’universaliser son sujet. Peu importe les aboutissements de la privatisation et des ministres qui finissent par changer de poste, l’important se trouve ailleurs. Dans l’obsession des hommes et des femmes pour leur métier, dans les joutes de pouvoir qui se déroulent presque continuellement, et dans cette façon de faire passer les intérêts du pays avant ses propres intérêts.
Il n’est pas réellement question du cynisme souvent lié à ce type d’emploi. La figure du ministre est noble, imparfaite mais profondément humaine. Il faut se tenir droit devant l’adversité et toujours avoir à coeur ses convictions, sinon il faudra en payer le prix, au sens propre comme au figuré. Cela donne à mi-chemin un spectaculaire accident qui donne des frissons et qui fait battre le pouls plus rapidement.
D’ici là il faudra se contenter d’un long métrage lent et verbeux, réalisé avec soin mais qui manque parfois de moments de suspense. En faisant abstraction de l’introduction extrêmement accrocheuse qui évoque le cinéma de Buñuel, l’effort s’adresse parfois trop au cerveau et pas assez aux émotions. Un problème que «La question humaine» de Nicolas Klotz arrivait à surpasser en dynamitant sa mise en scène, ce qui n’est pas réellement le cas.
Ce rythme pas toujours soutenu qui est insuffisamment lubrifié par les différentes touches humoristiques n’éclipse en rien le jeu exceptionnel de tous les comédiens. Les Michel Blanc, Zabou Breitman et autres Laurent Stocker ont tous la tête de l’emploi, donnant encore plus de crédibilité à l’ensemble. Ils sont là pour seconder le toujours excellent Olivier Gourmet qui incarne de tout son corps et son être cet homme souvent idéaliste, parfois contradictoire mais toujours fascinant.
Quelque peu trop cérébral, s’embourbant dans des détails nécessaires mais qui risquent de perdre un public qui s’y connaît moins en jeux de coulisses, «L’exercice de l’État» se révèle néanmoins un intéressant exercice politique, généralement maîtrisé et dominé par la prestation monstrueuse d’Olivier Gourmet. Seulement pour lui, le cinéphile est disposé à accepter presque n’importe quoi.
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