Critique de L'Américain
(v.f. de The American)

Un Américain très Européen

Note de Showbizz.net
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D’une lenteur pleinement assumée, «The American» est un plaisir incommensurable pour les sens tout en étant un fascinant hommage aux films noirs des années 1950 et 1960. Bien que les amateurs d’action seront déçus, les autres y trouveront largement leur compte au sein de cette oeuvre contemplative à souhait.

Un tueur à gages (George Clooney) est de passage en Italie pour remplir un contrat. Il se prépare minutieusement, prévoyant tout d’avance pour éviter d’être pris de court. Pendant ses moments libres, il discute avec un membre de l’Église ou il paye une visite à une prostituée. Rien ne sera simple, il y a toujours quelqu’un qui apparaît pour essayer de l’éliminer. Pourquoi ce sera différent cette fois-ci?

Après «The Last Exorcism» la semaine dernière, «The American» est le second exemple en peu de temps que les bandes-annonces sont souvent trompeuses. Ici elle ne sort guère de l’ordinaire, s’adressant à tous les amateurs de James Bond avec son rythme endiablé et ses cascades à l’emporte-pièce. De quoi attirer dans les salles une clientèle qui ne risque pas toujours d’être habituée à ce type de long métrage.

Le film s’apparente plutôt à un anti-Jason Bourne. L’histoire réduite au minimum (il s’agit d’une adaptation du livre «A Very Private Gentleman» de Martin Booth) revisite le mythe du tueur solitaire qui erre sans jamais trop savoir trop quoi faire. Il ne parle pas beaucoup, préférant observer le monde qui l’entoure, la botte italienne en occurrence. L’antihéros a un certain sens de l’humour, quoiqu’il appartiendrait davantage à l’univers d’un Jean-Pierre Melville que celui d’un Jim Jarmusch.

Tout cela serait le plus normalement du monde si le metteur en scène n’avait pas eu l’audace d’étirer ses plans. Dès cette introduction très scandinave, le temps semble s’arrêter, ce qui peut expliquer que les enjeux ne semblent pas plus importants qu’une discussion métaphysique avec un prêtre. Ce choix de privilégier l’atmosphère au détriment du récit en tant que tel nage à contre-courant de la tendance dite normale des productions américaines. Ici le suspense se développe en filigrane, au moyen de seulement trois scènes d’action, alors que c’est la trame sonore sentie qui baigne les situations dans l’émotion.

Ce traitement ne surprendra personne qui est initié aux travaux du cinéaste Anton Corbijn. Ce photographe qui a fabriqué l’image mythique de U2 et de Depeche Mode a déjà offert par le passé le magnifique «Control» qui relatait l’existence du chanteur de Joy Division. Le réalisateur a une vision : il ne fait pas du divertissement, mais des films d’arts et d’essais. Cela explique sa façon de fabriquer des toiles qui respirent, soignant les moindres détails et plans de caméra. Surtout que le metteur en scène prend des risques, présentant quelques scènes osées qui auraient été coupées par presque n’importe qui d’autre.

Cette obsession visuelle ne serait qu’un exercice de style sans son scénario simple qui tend de plus en plus vers la gravité. Peu importe que la conclusion soit prévisible, l’intérêt ne réside pas là. Mais plutôt dans le désir d’être réellement du protagoniste qui sent que sa vie n’est qu’une éternelle répétition : une existence de fuite et d’amours déchus. Cela ne fait que renforcer la très belle affiche de l’ouvrage, clin d’oeil ingénieux au «Vertigo» d’Alfred Hitchcock.

Et George Clooney là-dedans? Le plus glamour des acteurs hollywoodiens vieillis décidément très bien, jouant à la perfection un rôle qui aurait pu être tenu à une autre époque par Steve McQueen. Pour une fois il n’est pas obligé d’user de son charme naturel et de ses sourires en coin pour séduire. Au contraire, son corps parle davantage que ses mots, et le comédien n’a aucune difficulté à élever constamment son jeu intériorisé.

Peut-être à ne pas consommer après une longue journée de travail, «The American» demeure un hypnotisant opus qui renouvelle d’une très belle façon des thèmes éprouvés. Comment pouvait-il en être autrement de la part d’une association Clooney-Corbijn? Lorsque le cinéma d’auteur se veut éclatant.

par Showbizz.net


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