Critique de Gnoméo et Juliette
(v.f. de Gnomeo and Juliet)

Un rien de jardin

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Énième variation sur le classique de Shakespeare, «Gnomeo and Juliet» en est une version édulcorée et simplifiée qui s’adresse à une très, très jeune clientèle. Sauf qu’à cet âge on veut un peu de magie et de féerie : deux éléments primordiaux qui font défauts.

Deux voisins se détestent ardemment. Lorsqu’ils sont partis, leurs nains de jardin se font la guerre. Mais quand Gnoméo (voix de James McAvoy ou de Maxime Leflaguais, tout dépendant de la version) pose les yeux sur Juliette (Emily Blunt ou Sophie Cadieux), c’est le coup de foudre instantané et mutuel. Ils devront toutefois convaincre leur famille respective qu’un dialogue peut exister entre leurs clans ennemis.

Douloureuse semaine pour les auteurs mythiques. Alors que «From Prada To Nada» massacre le «Sense and Sensibility» de Jane Austen, Shakespeare reçoit un traitement presque identique (le résultat est nettement moins désastreux, mais pas vraiment convaincant non plus). Il est normal de prendre des raccourcis pour initier les plus jeunes à des chef-d’oeuvres littéraires, mais il ne faudrait pas leur offrir n’importe quoi non plus. C’est pourtant une évidence qui n’a pas été respectée par les sept scénaristes en place.

Reprenant sensiblement la trame dramaturgique de base de la version originale (sans la violence, la prose exquise des dialogue et la finale tragique), le récit échoue à sa règle la plus élémentaire : présenter des héros charismatiques et développés. Non seulement les deux personnages principaux n’ont aucune chimie (autant sur le plan des caractères développés que des voix utilisées), mais il n’est pas rare de leur préférer tout ce qui bouge autour d’eux, et principalement ce flamand rose, cette grenouille et ce champignon bleu.

Cherchant à recréer un «Toy Story» ou un «A Bug’s Life» dans sa façon d’animer un univers miniature, le réalisateur Kelly Asbury (qui avait fait des merveilles sur «Shrek 2») trouve toutes les occasions pour faire la morale. Pire encore, ses gags manquent à la fois d’impacts comiques et de souffle rythmique pour égayer cette jeunesse qui ne veut qu’être divertie. Les plus vieux ne sont guère plus avantagés avec ses rares blagues qui s’adressent à eux, arrivant par des clins d’oeil un peu appuyés à «Crouching Tiger Hidden Dragon» et «American Beauty».

Le long métrage se rattrape sur la qualité de son animation, toujours très intéressante à regarder, qui est indirectement proportionnelle à l’importance des effets en trois dimensions qui frôlent l’insignifiance. Les choix sonores ne sont pas réellement plus agréables. Puisque Elton John agit en tant que producteur exécutif, sa musique devient l’exutoire des personnages. Bien qu’il ait composé plusieurs excellentes pièces par le passé, la sélection retenue cadre difficilement avec les images, ce qui rajoute une couche supplémentaire et inutile de sucre et de sirop kitch

«Gnomeo and Juliet» ressemble à une attrape parent. De loin les dessins attirent l’attention des tout-petits, mais une fois dans la salle le rire véritable se fait attendre longtemps. Comme quoi il ne faut surtout pas se fier aux apparences, et encore moins à un projet où le nom Roméo a été remplacé par Gnoméo.

par Martin Gignac


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