Pendant quatre ans, les cinéastes Magnus Isacsson et Martin Duckworth ont suivi la bataille menée par des citoyens et des militants écologistes contre le projet Rabaska, soit la construction d'un port méthanier sur la rive sud de Québec. Ce film prend l'affiche à Montréal et Québec le 5 décembre. Showbizz.net a rencontré Magnus Isacsson mardi.
«La bataille de Rabaska» fut présentée en première lors de la onzième édition des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM). Ce film fut tout d'abord projeté à Québec le 15 novembre dernier, où le festival proposait certaines activités au public de la Capitale, et à Montréal, les 20 novembre.
Travail de longue haleine
Au départ, le cinéaste n'avait pas prévu tourner un film sur le projet Rabaska. Il concentrait plutôt ses énergies sur celui de la centrale thermique du Suroît, à Beauharnois.
«Il y avait beaucoup d'opposition populaire, entre autres. Il y avait plusieurs facteurs sauf que le projet (du Suroît) a été annulé. On venait juste de commencer le tournage. Nous avions quatre ou cinq mois de tournage. À ce moment-là , nous avons bifurqué sur le projet Rabaska qui commençait à ce moment-là », explique Magnus Isacsson.
Pendant quatre ans, de 2004 à 2008, Isacsson et Duckworth ont suivi la bataille menée par les opposants au projet Rabaska. «On a vraiment fait le suivi du dossier sur quatre ans, avec tous ses rebondissements et revirements de situation. C'était ça l'idée», ajoute-t-il.
Les deux réalisateurs sont des hommes engagés. Duckworth a notamment reçu le Génie du meilleur documentaire pour «Plus jamais d'Hiroshima» (1985). Isacsson a entre autre tourné «Maxime, McDuff et McDo» (2003), sur la lutte de deux jeunes pour fonder un syndicat dans un restaurant McDonald, et «Opération SalAMI» (1999), portant sur la désobéissance civile. Le travail des deux cinéastes fut récompensé à maintes reprises.
Objectivité et questionnements
Les journalistes doivent faire preuve d'objectivité, apprend-on sur les bancs d'école. À titre de cinéaste, comment Isacsson perçoit-il cette notion de neutralité
«Pour moi, la neutralité n'existe pas. Même dans le journalisme, je ne crois pas que ça existe. Nous, dans le cinéma documentaire, qu'on appelle souvent cinéma d'auteur, on peut se permettre d'avoir un point de vue. Moi, j'ai certainement un point de vue; mon collègue Martin, aussi. Nous avons des préoccupations sociales et environnementales. C'est important pour nous de laisser parler les différents intervenants dans un film. On laisse la place à d'autres points de vue. Sinon, ce serait un film prévisible et plate. On veut qu'il y ait une tension dramatique mais aussi une diversité de points de vue dans le film», répond-il.
Ainsi, on laissera évidemment la parole à plusieurs opposants au projet, comme le chanteur Yves Lambert, mais aussi à des gens comme Glenn Kelly, l'ancien PDG de Rabaska; Jean Garon, l'ancien maire de Lévis, et Pierre Garant, le président de la chambre de commerce cette ville située sur la rive sud de Québec.
«La bataille de Rabaska» s'interroge aussi sur le poids des lobbys. L'œuvre soulève plusieurs questions sur l'influence qu'ils ont sur les politiciens. Isacsson dit cependant qu'il n'a pas procédé comme un journaliste l'aurait fait. Il n'a pas poussé l'enquête suite aux nombreux éléments soulevés par son film. Il aimerait toutefois que des reporters fouillent le dossier en profondeur et s'interrogent sur le processus décisionnel qui a mené à l'autorisation du projet. On en apprendrait sûrement davantage sur l'influence de l'entreprise privée sur nos dirigeants.
Selon Isacsson, Thomas Mulcair, alors ministre de l'Environnement dans le gouvernement de Jean Charest, jugeait le projet si dangereux qu'il ne voulait même pas qu'ils soit soumis au Bureau des audiences publiques sur l'environnement (BAPE). Mulcair se retrouvera ensuite simple député. Plus tard, il fera le saut dans l'arène fédérale à titre d'élu du NPD.
Défaite et lueur d'espoir pour les opposants
Les protestations des résidents de Beaumont et Lévis se sont soldées par un échec. Les citoyens possèdent-ils un réel pouvoir On se demande s'ils peuvent réellement changer les choses. Après avoir notamment cédé à la pression publique dans le cadre du Suroît, le gouvernement du Québec s'était dit que, cette fois, il ne se laisserait pas faire, répond tout simplement Isacsson.
En octobre 2007, le Gouvernement du Québec a finalement donné son aval au projet Rabaska. Celui-ci sera construit près de Lévis. Le gaz devrait y arriver en 2014.
En mai 2008, la filiale américaine de la firme russe Gazprom devenait partenaire dans l'aventure. Elle s'est ainsi jointe aux trois partenaires originaux: Gaz Métropolitain, Enbridge et Gaz de France. En août de cette année, Glenn Kelly quittait quant à lui son poste de PDG de Rabaska.
Dans le documentaire d'Isacsson et Duckworth, ont voit la consternation des opposants qui ont perdu leur bataille. Toutefois, certains continuent de se battre. Selon Isacsson, la construction de ce terminal méthanier n'est pas encore garantie à 100%. Plusieurs facteurs, dont la situation économique mondiale, pourraient encore peser dans la balance. Il reste donc une faible lueur à ceux qui luttent contre projet.
«La bataille de Rabaska» sera présentée à compter de 5 décembre au Cinéma Cartier, à Québec. La première représentation de vendredi affiche complet. Une deuxième s'est ajoutée en soirée. À Montréal, on pourra le voir ce documentaire au Cinéma ONF.
Du 5 au 11 décembre, les projections seront suivies de discussions avec les réalisateurs et autres invités.
























