2 septembre 2010 - 14:11 Entrevues Cinéma

Dans le Bus Palladium

par Martin Gignac


Marc-André Grondin embarque dans «Bus Palladium», la première réalisation de Christopher Thompson où il incarne un guitariste qui cherche à percer dans le monde de la musique. Tête-à-tête avec le jeune comédien qui a déjà une très belle feuille de route.

De «C.R.A.Z.Y.» de Jean-Marc Vallée à «Le premier jour du reste de ta vie» de Rémi Bezançon, Marc-André Grodin est devenu un acteur incontournable du cinéma québécois et français. Le voilà qu’il défend le premier rôle de «Bus Palladium» de Christopher Thompson en prenant les traits de Lucas, un jeune guitariste d’un groupe rock de l’Hexagone. La marche vers la gloire est longue et difficile, surtout lorsque le chanteur (Arthur Dupont) de la formation n’est pas bien dans sa peau… et qu’un triangle amoureux apparaît à l’horizon.

C’est dans le cadre du Festival des Films du Monde qu’il a été possible de rencontrer celui qui sera bientôt à l’affiche dans «Le caméléon» de Jean-Paul Salomé et «Insoupçonnable» de Gabriel Le Bornin.

Avant de débuter, tu savais ce que c’était le Bus Palladium (une discothèque parisienne)?

Non. Je n’en n’avais aucune idée. J’ai lu le scénario dans la voiture en revenant du Festival de Cabourg avec Rémi Bezançon. On était en promotion pour «Le premier jour du reste de ta vie» et c’est lui qui m’a dit c’était quoi. Par la suite j’ai su un peu plus sur l’histoire du Bus. J’ai lu le scénario et c’était totalement nouveau pour moi. Je pense que le lendemain j’ai rencontré Christopher Thompson. On a parlé du film, de musique, de plein d’affaires. Déjà là on s’est dit «c’est parfait, on le fait ensemble, c’est cool». C’était très tôt dans le projet. Il n’y avait même pas de directeur photo.

Donc il te voulait…

Il me voulait, et j’étais de passage en plus à Paris, alors il en a profité quand j’étais là.

Qu’est-ce que tu aimais dans le film, dans le personnage?

Ce qui m’a plu beaucoup est la relation d’amitié entre les deux gars. Je n’ai pas l’habitude de voir ça au cinéma ou même de lire ça dans les scénarios que je reçois. Je trouvais ça touchant cette amitié-là un peu dans la retenue, et quand ça sort ça explose, ça veut tout dire. La trame de fond musicale évidemment est tripante. C’est un fantasme de jouer un guitariste. En temps normal je suis un drummer, toujours en arrière de la scène, je suis bien là, c’est ma place. Là je pouvais me le permettre, il y a du monde qui était payé pour faire semblant que j’étais bon, que j’étais beau et que j’étais fin!

Mais si tu avais été le drummer dans le film, tu aurais pu partir avec celle qui s’occupe de votre disque, qui est jouée par Géraldine Pailhas?

Oui, Géraldine, qui est la femme du réalisateur Christopher Thompson. C’est toujours spéciale les scènes où l’acteur devait l’embrasser ou qu’il flirte avec. C’est toujours drôle de cruiser la femme du réalisateur.

Le fait d’être musicien doit aider à entrer dans la peau du personnage…

Cela permet de bien saisir l’histoire. J’ai eu des bands, c’est quelque chose qui me parle, que je reconnais. Il n’y a pas une histoire dans le film que je n’ai pas déjà vécue. Ce sont toutes des affaires que j’ai vu : des triangles amoureux, des comas idylliques. C’est sûr que je reconnaissais plein de trucs, ça me permettait de mieux comprendre l’atmosphère. Je n’avais pas besoin de faire de recherches. Mais bon, si je n’avais pas eu de band avant, j’aurais très bien pu jouer le personnage. Pas besoin d’être pédophile pour jouer un pédophile.

J’espère.

J’espère aussi! Sinon arrêtons Kevin Bacon tout de suite.

Je ne lui ai jamais fait confiance depuis «Sleepers»!

(Rires)

C’est un film qui se déroule dans les années 1980 même si tout le monde a un look des années 1970. Ça donne une occasion de se replonger dans ces années-là?

Je vais dire franchement, il y a pas mal de stock de linges qu’on portait qui sont encore portés aujourd’hui. Mais ce qui est intéressant, et c’est cool de le remarquer, c’est que ça se passe en 1985-1986, mais le réalisateur avait vraiment donné la directive aux costumes de ne pas appuyer les années 1980 du tout et de s’inspirer des années 1970 beaucoup plus. Les gars tippent sur du vieux blues du début du siècle, sur les bands des années 1960 et 1970. C’est important que ça ne soit pas un pamphlet. Ce n’est pas un party American Apparel.

Tu es celui qui ouvre et qui ferme l’histoire, qui semble conduire le récit. Et il y a Arthur Dupont, qui personnifie le chanteur, qui prend beaucoup de place. Souvent lorsqu’il y a deux personnages d’égale importance, il peut y avoir une certaine compétition, même saine, entre les deux comédiens…

Non, du tout, parce que ce sont deux personnages qui sont tellement différents et tellement complémentaire. Mon personnage est en retrait d’une certaine façon. C’est par ses yeux qu’on suit l’histoire, qu’on voit des trucs. J’ai un peu le premier rôle sans avoir le rôle principal. Mon personnage est le personnage central, mais ce n’est pas lui qu’on regarde le plus. Ce n’est pas lui qui prend le plus de place. Et c’était comme ça sur le plateau, à l’écran, sur papier. Tout s’est fait un peu naturellement et il n’y a pas eu du tout de compétition. Tout s’est très bien passé avec la gang de gars. On avait tous un peu la même chimie que dans le film. Entre les prises et pendant qu’on tournait, c’est exactement comme à l’image. Tout le monde avait le même genre de vibe. Ceux qui prenaient beaucoup de place prenaient beaucoup de place sur le plateau, moi j’étais en retrait et je les regardais.

«C.R.A.Z.Y.» et «Le premier jour du reste de ta vie» étaient des films où tes personnages évoluaient, passant de l’adolescence à l’âge adulte. C’est un peu ça aussi dans «Bus Palladium». C’est une thématique qui te colle à la peau?

C’est une thématique qui colle à ma face, je pense. J’ai l’âge que j’ai, j’ai la face que j’ai, et je ne peux pas encore jouer des pères de famille. Oui, je commence à avoir pas mal une maîtrise en passage à l’âge adulte, avec une mineure en années 1970-1980 et un doctorat en relations père-fils. Mais c’est correct, il me reste peut-être encore deux ans à pouvoir jouer ça encore et après je vais peut-être m’en ennuyer un jour. Je pense que ça va juste avec les personnages de mon âge. Je joue des gars de début vingtaine qui doivent faire des choix dans la vie pour s’installer et devenir des hommes, pour pouvoir avoir une vie normale et ne plus vivre juste comme un enfant.

Souvent dans les films musicaux il y a des hauts et des bas, des problèmes au sein du groupe. Même si ce n’est pas un biopic, comment on arrive à se tenir loin de ces clichés-là? Ou de les renouveler?

Je pense qu’il faut juste les assumer les clichés. Les clichés sont là. Comme je disais il n’y a rien dans le film – qui est pour la plupart des gens des clichés – que je n’ai pas vécu. Les clichés sont vrais. C’est plate, mais c’est de même. Et je pense que ce sont ceux qui n’ont jamais eu de bands qui trouvent que c’est un cliché. Pour ceux qui ont eu des bands, c’est juste un beau portrait réaliste. Mais je pense qu’il faut juste assumer et ne pas surjouer. Et je pense que c’est ça qui arrive. Des engueulades, des triangles amoureux, des Yoko Ono : j’en ai eu dans chacun de mes bands. Elle est toujours là, elle en vient à décider pour lui, ça gosse, ça fout la marde, ça arrive tout le temps. C’est un cliché qu’il faut juste essayer de montrer comme il est. Il ne faut pas le cacher, car je pense que ça fait encore pire après. Ça l’air hypocrite.

À force de faire des entrevues sur «Bus Palladium», est-ce qu’il y a un sujet qui tu aurais voulu aborder, mais qui ne sort jamais comme question de la part du journaliste?

Heu… Il y a personne qui a remarqué que c’est le premier film depuis très longtemps où je suis celui qui pogne le plus de filles. Je frenche comme quatre filles dans le film. Cela ne m’arrive jamais. Souvent je joue dans un film où tout le monde frenche sauf moi. Et là, je frenche quatre filles différentes dans le film, c’est assez malade. Ça personne ne l’a remarqué.

Là ils vont le remarquer et tout le monde va vouloir être à ta place…

En plus je frenche plein de belles filles. Bon, elles sont payées par exemple!

«Bus Palladium» prend l’affiche le 03 août 2010.



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