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Par Martin Gignac.
Jean-Marc Phaneuf (Robert Morin) a des idéaux plein la tête. C’est pour ça qu’il décide d’aller réparer des radios en Afrique pour le compte d’une ONG. Il déchante rapidement devant l’état du pays, ses piètres conditions de vie et l’attitude de ses supérieurs. Quelle chance qu’il y a cette population pour l’inspirer. Contre vent et marée, il cherchera à canaliser sa frustration et son sentiment d’impuissance en prenant soin d’une petite fille et de sa mère.
Ne réalisant jamais rien comme les autres, Robert Morin continue à traiter des inégalités sociales et de filmer les dérives psychologiques de ses personnages. Cette fois, il décide d’explorer les bastions de l’humanité, ce territoire où les contrastes les plus éclatants (la beauté de ses paysages et de ses habitants) et les plus sombres (la guerre, la famine) forment une symbiose destructrice.
«Je voulais faire autre chose qu’un cinéaste pendant une couple d’années, dit le metteur en scène, rencontré dans un restaurant montréalais qui semble émaner des années 1950. Être vraiment utile, faire quelque chose de concret. Je suis assez adroit de mes mains. En faisant des recherches, je me suis dis « bon, à qui je vais prêter mon marteau « . Je suis tombé sur un paquet de statistiques là -dessusÂ… J’y suis allé avec ma conjointe qui a fait la conception visuelle de « Un dimanche à Kigali ». J’ai pu prendre la mesure de ce que c’est sur le terrain, ces belles jeeps blanches parmi des tacots en taule. Il faut voir ces espèces de classes sociales qui existent, que les coopérants créent eux-mêmes.»
Si la région n’est jamais identifiée, c’est pour protéger des amis et des collaborateurs qui lui ont prêté main-forte. «On n’a jamais eu de permissions pour tout, raconte le créateur de « Requiem pour un beau sans-coeur ». Il y a des choses qu’on a cachées. Tourner sur un gros plateau ici avec 100 personnes qui te bourdonnent autour de la tête en te disant « dépêche-toi, dépêche-toi », et où tu dois faire tes 300 shots dans une journée, je ne trouve pas ça facile. Là -bas, tu tournes avec des gens qui ne sont pas nécessairement des professionnels. Tu les coaches plus, ce sont des grosses journées.»
«Mais c’est jamais facile un tournage. Tu vois tous tes rêves, les images que tu voyais, se désagréger au quotidien ! D’un autre côté, il y a des scènes que tu ne pensais pas ramasser et que tu ramasses aussi. On avait une petite équipe, je rescénarisais pendant la nuit. Finalement le film s’est fait quand même avec 50% du scénario original et 100% des intentions originales. C’est exactement ce que je voulais faire : toujours garder en tête cette même idée, cette métaphore entre l’amour des enfants et la coopération.»
Développer ses talents
Fidèle à se habitudes, l’homme derrière «Le Nèg’» aime bien manipuler son public, tout en se gardant à 1000 lieux des traditionnelles dichotomies entre le Bien et le Mal. «C’est un film sur la trahison, avoue-t-il avec sourire. Il y a deux trahisons à travers du film et j’espère que le film en créera une chez le spectateur aussi. On l’haït à la fin, mais on ne le condamne pas. C’est un monstre avec ses nuances. Dans ce sens-là , je sens que c’est un peu plus subtil que « Papa à la chasse aux lagopèdes ». Ce n’est pas réglé dans sa tête. On l’absout car il fait quelque chose d’horrible, mais on ne peut pas non plus le condamner en bloc comme on fait souvent. Par exemple, tu entends parler de Vincent Lacroix, lui c’est un trou de cul ! Mon film a essayé justement de mettre ces nuances-là en branle. Jusqu’à quel moment donné il n’a pas fait quelque chose qu’on a tous fait »
«Journal d’un coopérant» regorge de thèmes sociaux, économiques, politiques et humains. Il ne fallait pas en mettre un de l’avant au détriment des autres, mais créer une unité globalisante. «C’est un tout, rappelle celui qui s’est vu remettre le Prix du Gouverneur Général en arts visuels et médiatiques en 2009. Jusqu’à quel point « Deer Hunter » privilégie la chasse, la guerre au Vietnam, le désarroi de la guerre au Vietnam ou le retour à la maison Pour moi, un drame, ce n’est pas du Michael Moore. On ne dénonce pas une chose. On est dans la souffrance intérieure d’un être humain qui vit des choses. Il est aussi fragile par rapport au monde de la coopération que la petite fille l’est par rapport au monde des adultes. C’est ça l’idée du film. Je ne voulais pas faire l’Afrique clichée. Non, c’est un monsieur ordinaire. Et en grattant le bobo, la gale s’agrandit.»
Optant à nouveau pour une caméra à l’épaule qui dirige le regard et un traitement subjectif, celui qui tourne depuis quelques décennies déjà se plaît de faire du cinéma à sa façon. «Je n’ai pas fini d’explorer. Des films à la première personne du singulier, cela ne s’est pas fait tant que ça. Ça m’intéressait d’aller là . Pour le moment, je n’ai plus de sujets avec le JE. J’en ai un avec un NOUS !» Qui pourrait se réaliser très bientôt, Robert Morin jonglant avec quelques idées, dont l’adaptation cinématographique du roman «Quatre soldats» d’Hubert Mingarelli. Une démarche à suivre de très près.
«Journal d’un coopérant» prend l’affiche le 26 mars 2010.


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