9 août 2011 - 17:05 Entrevues Cinéma

Danser sur le rythme

par Martin Gignac


Mylène St-Sauveur et Nico Archambault se laissent aller aux plaisirs de la danse dans «Sur le rythme», le deuxième film de Charles-Olivier Michaud. Discussions sous fond de musique hip-hop et de chorégraphies enlevantes.

Delphine (Mylène St-Sauveur) veut danser plutôt qu’étudier. Pour réaliser son rêve, elle a besoin de créer la parfaite harmonie avec son nouveau partenaire de danse (Nico Archambault). Une relation qui n’est pas gagnée d’avance, mais qui pourra donner son lot de bonheurs à courts et moyens termes…

Premier film de danse du cinéma québécois, «Sur le rythme» a été écrit par Caroline Héroux («À vos marques… Party!») et réalisé par Charles-Olivier Michaud, à qui l’on doit le très intéressant «Snow and Ashes». Un changement de registre radical pour le jeune cinéaste québécois qui troque le drame international pour le conte urbain. «Les producteurs cherchaient un réalisateur pour ce film-là, explique-t-il lors d’une rencontre effectuée au Théâtre Outremont de Montréal. J’avais envie de faire un film là. J’ai dit si on fait un film de danse, on va le faire avec un gars qui s’appelle Nico Archambault. Je le connaissais de réputation et à partir de là, on a assemblé les morceaux du casse-tête… C’est un film qui met en scène un art: la danse. C’est un film léger, pour les jeunes.»

Nico Archambault se rappelle très bien ce qui l’a attiré dans ce projet. «Ce qui m’a convaincu de le faire est l’approche que le réalisateur voulait apporter au film. Je trouvais ça intéressant. Il y avait un oeil nouveau. Je n’avais aucun intérêt à contribuer à la lancée des Step Up et des films américains. Je n’avais pas le goût d’en faire une version low-budget francophone. Même avec un gros budget, je ne suis pas intéressé par cette lancée de films là. Je trouve ça le fun parce que ça donne le goût de danser, mais moi en tant que danseur, je ne me reconnais pas.»

«Sans réinventer la roue au niveau de l’histoire, on avait l’opportunité en faisant un film québécois d’avoir un film qui véhicule de belles valeurs, continue le populaire danseur. Au moins c’est un film de danse dans lequel les jeunes Québécois peuvent se reconnaître. Ce n’est pas une espèce d’idéal hollywoodien qui ne se peut pas. En même temps, on est allé vraiment dans la réalité du monde de la danse. On n’a pas essayé de la glamouriser, de rendre ça tout bon et tout propre. Ce n’est pas glamour la danse…»

Une actrice dans le rôle principal…

Charles-Olivier Michaud était clair dès le départ. Il désirait une comédienne pour incarner le fil conducteur du récit. «C’est clair que je voulais Mylène, avoue-t-il. Son personnage était de toutes les scènes. Ça prend une grande maturité pour travailler 10 à 12 heures tous les jours. C’est très physique un film. Personne ne sait ça tant qu’il ne l’a pas vécu au plateau. Prendre une danseuse par exemple, je sais qu’après cinq, 10 ou 12 jours, elle aurait été fatiguée. Elle aurait eu des tics, des zones de confort où elle se serait accotée. Mylène n’a pas fait ça. Je savais qu’elle n’allait pas me laisser tomber après dix jours de sprint.»

Celle qui incendiait l’écran de sa présence dans «5150 rue des Ormes» n’a toutefois pas eu la tâche facile. «J’ai quand même passé des auditions parce que je devais prouver ce que je valais en danse. Si je n’étais capable que de danser la Macarena et même encore, ça fait un peu dur… À cette audition il y avait et jeu et danse à faire. C’est la pire audition de toute ma vie! Ça s’est bien passé, mais j’étais tellement stressée. J’ai quand même eu la chienne. Tout d’un coup qu’ils m’aiment et que je n’étais pas bonne en danse? Je voyais les filles qui faisaient le grand écart. Finalement je l’ai eu.»

… et un danseur pour l’accompagner

Un des objectifs du long métrage était de rendre crédible la chimie entre les deux personnages principaux. Une tâche qui n’est pas étrangère à Nico Archambault. «C’est quelque chose que je connais d’établir une relation rapidement et que cela ait l’air le plus crédible possible, développe l’interprète qui s’est également occupé des chorégraphies du film. Ce n’est pas très loin de ce que je fais en tant que danseur.»

Le gagnant de la première saison de «So You Think You Can Dance Canada» a bien apprécié sa première expérience cinématographique. À tel point qu’il a déjà hâte de répéter l’expérience avec cette fois une performance encore plus dense. «C’est un rôle qui était parfait pour pas que je me plante. Effectivement, j’aurais tripé qu’il ait un peu plus de niveaux différents, de zones d’ombres. Oui, j’aurais bien aimé ça. Mais en même temps, c’était beaucoup de nouvelles affaires pour un premier projet. Peut-être que la simplicité du rôle aussi est une des raisons pour lesquelles ça marche. C’était peut-être une bonne façon de commencer. Mais si jamais j’ai un prochain projet, c’est exactement ça que je voudrais faire. Quelque chose qui a plus de couches, de personnalité.»

Les films de danse

La danse a toujours été un thème de prédilection au sein du cinéma américain. Dès les années 1930, les classiques à la «Top Hat» abondaient. Puis il y a eu les chefs-d’oeuvre des années 1950 façonnées par «Singin’in the Rain», les opus de Bob Fosse («All that Jazz»), les emblématiques «Grease» et «Flashdance», etc. Jusqu’à la nouvelle vague portée par les «Save the Last Dance» et les «Step Up». Que pensent les artisans de «Sur le rythme» de ce style bien particulier?

«J’aime regarder des films de danse comme j’aime regarder des clips sur YouTube, répond Mylène St-Sauveur. C’est sûr que des fois les films de danse sont tellement clichés que tu les regardes juste pour le spectaculaire, pour le divertissement. Mais il y a des films qui me plaisent plus comme Billy Elliot, Footloose, des affaires qui vont juste un peu plus loin… Sur le rythme est le premier film de danse et c’est le seul qu’on a. Mais je ne pense pas que ça soit pareil à ce qui se fait aux États-Unis. On n’a pas joué sur le spectaculaire. Oui, les chorégraphies sont belles, elles sont bien faites et nos danseurs sont bons. Mais on ne danse pas dans la farine. Je pense qu’il y a une part qui est plus réelle. On montre le milieu de la danse à Montréal et c’est plus underground. C’est plus vrai. Oui, il y a une part d’énergie jeune, mais je pense qu’il est beaucoup plus humain que Step Up.»

«J’ai une relation amour-haine avec les films de danse, se permet Nico Archambault, sourire aux lèvres. Je pense que comme n’importe qui qui voit un film qui traite de ce que tu fais dans la vie, de ce que tu connais le plus, tu ne peux pas t’empêcher de remarquer les petits défauts, là où ça manque de logique. Ceci dit, il y a de très bons films de danse qui existent. Il y en a qui m’ont inspiré quand j’étais plus jeune, comme White Nights, beaucoup de films de Gregory Hines. Après, je trouve qu’Hollywood s’est perdu. C’est devenu une recette sur laquelle il savait qu’il pouvait faire de l’argent. C’est toujours la même histoire avec le même personnage qui vit pas mal la même affaire dans le même ordre. Je ne me reconnaissais pas là-dedans, mon univers, ma carrière, les gens autour de moi. Ça sent vraiment le remâché et le refait. Mais à travers ça, il y en a eu de très bons films comme Billy Elliot et dernièrement Black Swan. J’aime certains films de danse et j’en haïs beaucoup d’autres!»

Pour sa part, Charles-Olivier Michaud admet qu’il est un néophyte en la matière. «Je ne connaissais rien à la danse. Je pense que c’était bien de prendre quelqu’un qui n’était pas trop proche de la danse pour faire quelque chose dans la danse. J’ai filmé caméra à l’épaule, très proche des acteurs, de façon assez différente de la facture américaine. Autant l’histoire peut être américaine, clichée et tout, l’approche de la réalisation est très différente. C’est presque documentaire… J’ai regardé les films de danse. J’ai tout vu. Pas pour avoir des références, mais pour avoir des antiréférences. Pour savoir quoi ne pas faire. La constante dans tous les films de danse, c’est que c’est toujours filmé en plan large, devant. Toute la chorégraphie au complet. Ça, je ne voulais pas faire ça. On se promène autour des danseurs, on va proche d’eux. Une fois je suis arrivé super proche de Nico et il a arrêté la chorégraphie. Je lui ai dit de ne pas se soucier de moi, que je cherchais des moments de vérité.»

Public cible

Entre les séances de danse et l’émancipation d’une jeune femme face à ses parents, «Sur le rythme» pourrait bien être le film qu’attend une génération de cinéphiles. L’essai s’adresse-t-il à un public adolescents ou à n’importe quel spectateur?

«Oui, il y a un public cible, s’avance le metteur en scène. C’est un film de jeunes qui touche les jeunes avec des thèmes de jeunes. Mais je ne connais pas grand monde qui reste insensible à la danse. Si le film donne envie de danser à une madame de 60 ans ou à une jeune fille de 15 ans de devenir actrice, j’ai fait ma job. C’est un film grand public. Ça ne se veut pas autre chose. Ça n’a pas la prétention d’offrir une morale ou un grand message philosophique.»

«J’étais très contente en le voyant, se confie Mylène St-Sauveur. Mon travail est fait, je ne peux pas rien changer. Ç’a été vite, on a fait ça en 20 jours. J’aurais aimé pouvoir danser comme Natalie Portman dans Black Swan. Mais dans le temps qu’on nous a donné, avec le budget qu’on avait, je pense que c’est ce qu’on pouvait faire de mieux. J’ai fait confiance au réalisateur, il m’a dit que c’est bon, alors c’est beau, c’est son film. Je suis comédienne. Oui, je porte le film sur mes épaules, car c’est mon personnage qui est le lead, mais je ne peux pas porter la responsabilité du scénario, de la danse. Mais en tant que jeune comédienne et jeune fille qui aime aller au cinéma, je pense que c’est un film qui est très réussi pour ce que c’est. Ce n’est pas Incendies ou Les doigts croches. C’est un film divertissant pour les gens de 7 à 77 ans qui va donner le goût aux gens de danser, d’atteindre leurs rêves, de donner et de persévérer dans la vie pour atteindre ce qu’ils veulent. C’est juste un film simple, sain et positif.»

«Sur le rythme» prend l’affiche le 10 août 2011.



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