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Nabila Ben Youssef présente son spectacle «Drôlement libre» dans plusieurs villes du Québec. Showbizz.net a rencontré cette Tunisienne d’origine qui n’a pas peur d’aborder des sujets potentiellement controversés.
Nabila Ben Youssef a quitté sa Tunisie natale au milieu des années 90. Elle avait soif de liberté. Entre la possibilité de s’établir en France et celle d’habiter au Québec, elle a choisi le dernier scénario.
L’humoriste est maintenant âgée de 47 ans. Son parcours n’a pas toujours été facile sauf que sa carrière connaît désormais un bel essor.
Questionnements
Nabila Ben Youssef n’avait offert qu’une quarantaine de représentations de son spectacle précédent, «Arabe et cochonne bio», ce qui est considéré comme du rodage, à son avis.
«Avant de faire leur première montréalaise, les humoristes doivent faire une quarantaine de shows», dit-elle en entrevue dans un restaurant de la haute-ville de Québec.
La comique a enfin pu faire sa rentrée montréalaise en avril 2010 avec un spectacle qu’elle avait peaufiné et produit toute seule. Pour Nabila, qui était alors en plein questionnement sur son avenir, cette représentation était lourde de sens.
«Ça passe ou ça casse, s’était-elle dit alors. Si ça ne marche pas, je vais me réorienter. Je vais essayer de faire un autre métier. Je ne serais pas malheureuse: je serais allée jusqu’au bout.»
«Je n’avais pas de tournée après. Malgré tout, j’ai eu plein de médias et de très bonnes critiques…», poursuit-elle.
Après avoir connu des années difficiles, le vent a tourné pour Nabila. Son coauteur Pierre Sévigny, un comparse de longue date, est intervenu auprès des soeurs Rozon de Juste pour rire, ce qui a donné un sérieux coup de pouce à la comique.
Depuis un an, elle fait donc partie de l’écurie Juste pour rire. «(Les soeurs Rozon) n’en revenaient pas du fait que j’ai assumé, produit, le spectacle toute seule», dit-elle.
Drôlement libre
Nabila a récemment fait sa toute nouvelle rentrée montréalaise ce printemps au Théâtre St-Denis et s’est attirée à nouveau de bonnes réactions.
«Drôlement libre» n’est pas tout à fait la nouvelle version d’«Arabe et cochonne bio», comme pourrait le laisser entendre cette notion de «spectacles de rodage».
«Ça a été réécrit du début à la fin. Après, on a intégré dans le spectacle les anciennes blagues qui marchaient très fort. On a d’abord réécrit l’histoire du début à la fin puis on a intégré à peu près 25% ou 30% de l’ancien spectacle. On a ensuite intégré d’autres numéros. On a tout changé», explique Nabila.
Certains numéros ont été enlevés, d’autres ajoutés. Les gags tirés de l’ancien spectacle ont été peaufinés et révisés.
«Les producteurs voulaient partir (du show précédent). Puisque j’en avais fait juste une quarantaine, je n’ai pas été vue par la majorité des Québécois. Pour eux, c’était considéré comme un show qui n’était pas vu. Je pouvais faire les mêmes blagues, mais ils voulaient que j’élabore davantage (le contenu), que je monte deux ou trois coches de plus pour que ce soit plus punché et plus audacieux», enchaîne Nabila.
L’homme de théâtre Pierre Bernard a mis en scène «Drôlement libre». «Je suis choyée, très privilégiée et chanceuse de l’avoir. Il a cru en moi dès le début. Il y avait eu un conflit d’horaire. Il avait été remplacé par un autre, mais quand je veux quelque chose, j’ai une tête de cochon! (Pierre Bernard) a ensuite repris le bateau et l’a bien mené», dit l’humoriste.
La sexualité, la religion et la politique, des thématiques qui sont chères à la comique, sont de nouveau abordées. Elle parle aussi de liberté à travers ces sujets.
Le Québec vu par Nabila
«Drôlement libre, c’est quoi? C’est mon parcours de liberté. Je me suis exilée pour ça. Je vis dans un pays libre. (C’est) mon regard par rapport à la liberté qui existe ici et que vous tenez pour acquise», dit Nabila.
La comique croit la femme québécoise libre, déterminée, plus forte de caractère et plus affirmée que les Européennes, par exemple. Chez nous, les rapports de séduction homme-femme la laissent cependant perplexe.
«C’est tellement compliqué! Je trouve qu’ils ne correspondent pas à la liberté que vous avez. On dirait que la séduction est mal vue. Le fait que les gars regardent, approchent ou courtisent les femmes, c’est un peu interdit. Les hommes ont peur d’approcher les filles. Je trouve ça un peu contradictoire avec les valeurs que vous avez ici. J’ai tout un numéro là -dessus, dans lequel je pose plein de questions. Ça a été bien reçu par le public», raconte-t-elle.
L’humoriste s’adresse aux hommes et aux femmes dans son spectacle. «Où est partie la séduction? L’avez-vous brûlée dans les années 70 avec les brassières», se demande-t-elle?
Les deux sexes doivent être égaux et libres. L’un de doit pas jouir de sa liberté au détriment de l’autre, croit-elle.
Nabila pensait venir dans un pays laïc, mais tant que des symboles religieux de tout acabit sont présents dans les institutions publiques, on ne vit pas dans un milieu séculier.
«Il faut savoir ce que l’on veut: interdire vos symboles religieux et permettre ceux des autres communautés, ce n’est pas l’égalité. Je ne comprends pas pourquoi on permet aux autres ce que l’on ne permet pas à soi-même. Je pense que les Québécois en sont frustrés. Ils veulent se prononcer sur le sujet, mais n’osent pas, pour ne pas se faire traiter d’intolérants et de racistes… C’est donc moi qui le fais! Je prends les coups à leur place, mais ça ne me dérange pas», avoue-t-elle.
C’est avec les débats, les critiques et l’humour que l’on réussit à évoluer, selon l’humoriste.
«C’est une lutte continuelle», dit-elle. La démocratie reste fragile même si elle semble acquise. Il faut donc y porter une attention particulière.
Soulèvements en Tunisie
«C’est extraordinaire. C’est le printemps. C’est réjouissant! Là , c’est en train de brasser le monde arabe, mais aussi d’influencer l’Occident. Ça change complètement la vision de l’Occident face aux pays arabes ou des Arabes. Je ne crois pas que les gens vont penser encore que les Arabes sont des moutons, qu’ils sont soumis, qu’ils sont contre la liberté et la démocratie. Ils ont compris les vraies affaires: ce sont nos régimes qui nous privent de cette liberté. Nous étions gouvernés par des dinosaures, des dictateurs et des bornés qui veulent juste ramasser de l’argent et avoir le pouvoir le plus longtemps possible pour leur famille», répond Nabila lorsqu’on lui parle des soulèvements survenus dans son pays natal l’hiver dernier.
«Nous sommes des peuples tellement riches, mais nous vivons dans une pauvreté incroyable. On est un pays (la Tunisie) qui a toujours voulu la liberté, qui a toujours été instruit et qui a toujours eu une ouverture d’esprit, mais quand tu vis sous une dictature, tu ne peux exprimer cette ouverture», ajoute-t-elle en précisant que les pays occidentaux ont souvent été les alliés de ces régimes dictatoriaux.
«Ça a pris beaucoup de temps, mais ce n’est pas grave! L’important, c’est ce que ça arrive», conclut-elle.
Spectacles et projets
Nabila Ben Youssef, d’abord comédienne, brasse actuellement certains projets dont elle ne pouvait parler au moment de notre rencontre. Elle dit éprouver autant de plaisir à jouer des rôles dramatiques qu’à faire rire.
Sur scène, on verra son spectacle «Drôlement libre» à Québec, à la Salle Albert-Rousseau, le 28 avril. Le 29 avril, elle se produira au Pavillon des humains du cégep de Trois-Rivières.
Elle sera de retour à Montréal, au Théâtre St-Denis 2, le 19 novembre 2011.
D’autres représentations sont aussi prévues dans plusieurs villes du Québec.


Showbizz.net