30 mai 2011 - 10:34 Entrevues Cinéma, Cinéma

Le nouveau voisin: entrevue avec Jacob Tierney pour le film «Good Neighbours»

par Martin Gignac


Après le succès de «The Trotsky», le cinéaste Jacob Tierney présente «Good Neighbours», un film noir qui se déroule à Montréal. Discussion avec son talentueux metteur en scène.

«The Trotsky» était un des succès-surprises de 2010. À tel point que le cinéphile québécois attendait avec impatience la nouvelle offrande de Jacob Tierney. Le voilà de retour avec «Good Neighbours», un long métrage qui rompt drastiquement avec son prédécesseur. Jay Baruchel est à nouveau de la partie et il joue le rôle de Victor qui emménage dans un nouvel appartement, se liant d’amitié avec la ténébreuse Louise (Emily Hampshire) et le sympathique Spencer (Scott Speedman). Une drôle de relation se développera entre les trois adultes, alors qu’un violeur et tueur en série rôde à l’extérieur, donnant la frousse aux habitants du quartier Notre-Dame-de-Grâce de Montréal.

Pour en savoir davantage, nous avons rencontré son réalisateur et scénariste Jacob Tierney.

Qu’est-ce qui t’a intéressé dans le livre «Chère voisine» de Chrystine Brouillet pour vouloir en faire une adaptation cinématographique?

C’est un livre que j’ai lu quand j’étais au secondaire et que j’ai beaucoup aimé. C’est une histoire qui est toujours restée dans ma tête. C’est un genre que j’adore. Quand j’étais jeune, j’écoutais toujours les films d’Hitchcock, les thrillers, les films noirs. Je lisais beaucoup de Sherlock Holmes, beaucoup de mystères. Quand j’avais 16-17 ans, c’est le premier scénario que j’ai essayé d’écrire.

Pourquoi avoir transposé le tout pendant le référendum de 1995?

C’était à ce moment que j’ai lu le livre pour la première fois. Je ne peux pas te dire une raison en particulier, mais camper le film à ce moment-là, c’est quelque chose que j’ai toujours voulu faire. Pour moi, c’était très clair que ça se déroulait là. Quelqu’un m’a dit un jour que j’ai remplacé un référendum pour un autre, parce que Chrystine a écrit son livre en 1981. Mais il n’y a pas de référendum dans son livre… C’est un peu l’atmosphère du temps que je voulais décrire, notamment dans le quartier de Notre-Dame-de-Grâce et à peu près partout à Montréal. C’était déprimant. Je sentais qu’il n’y avait pas beaucoup de gens dans la rue, les magasins fermaient.

À ce chapitre, pourquoi ne pas en avoir fait un film plus politisé? Par exemple en associant le référendum au tueur en série qui fait peur aux Montréalais anglophones?

(rires) Non, je ne voulais pas faire de la politique comme ça. Pour moi, le référendum dans l’histoire est plutôt une façon de distraire des choses qui arrivent vraiment. Non, je pensais que c’était assez politique. Ce n’était pas une histoire de référendum. Le référendum se déroule à côté, presque. Je pensais qu’ici, ça serait drôle. Quand on fait un film noir, on fait des jeux avec chaque chose. Pour moi ce qui est cool avec des films de genre, et particulier avec des films noirs, c’est que ce sont tous des clins d’oeil. Et on peut faire des clins d’oeil comme on veut.

Le ton peut rappeler celui de «Shallow Grave» de Danny Boyle…

Oui, c’est un film noir aussi, et c’est tellement un film que j’adore. Les deux films ont des choses en commun : deux gars, une fille, les appartements… À un moment donné, je trouvais que les films noirs sont devenus de moins en moins drôles. «Shallow Grave» a réinséré l’humour dans les films noirs, et j’ai essayé de refaire ça aussi avec «Good Neighbours». J’ai voulu que ça soit drôle.

Souvent dans les films noirs, ça passe ou ça casse. Ça peut être «Fargo» ou «Very Bad Things». Comment on arrive à faire fonctionner l’humour?

Je ne sais pas. C’est un mystère, toujours, pour les films. Je peux juste faire ce qui me plaît, ce que je trouve drôle. J’essaye de suivre mon instinct. C’est tout dans le scénario. Si les gens rient en lisant le scénario, là, tu as une chance. Et quand on le fait, on le tourne, j’essaye juste de faire des exécutions de ce que j’ai écrit… Il n’y a pas de science pour ça. Quand ça ne marche pas, pour moi, il y a une ligne qu’on ne peut pas traverser. On peut faire des clins d’œil, n’importe quoi, mais un film comme «Goog Neighbours» n’est pas graphique. Ça donne des impressions, mais on ne voit pas grand-chose. C’est clair ce qui arrive, mais je pense qu’il y a des films qui vont un peu trop loin.

Mais d’où vient cette fascination pour les chats? Il y en a partout et le personnage d’Emily Hampshire les aime vraiment beaucoup…

C’est surtout dans le livre. Je pense que c’est quelque chose qui se passe beaucoup dans les livres de Chrystine Brouillet. Je pense que c’est elle qui aime les chats! En tout cas, ce n’est pas moi. Je n’ai pas de problème avec les chats, mais je ne suis pas en amour avec eux.

Pourquoi avoir fait du personnage d’Anne-Marie Cadieux une caricature ambulante? Elle est une des seules à parler en français et elle ne fait que sacrer! On veut juste la tuer!

C’est comme dans le livre, on a toujours besoin de quelqu’un comme ça. Ce n’est pas quelqu’un de très fin. Elle n’aime pas les chats, ses voisines. J’ai écrit ce rôle pour Anne-Marie, mais c’est vraiment le même personnage que dans le livre.

Donc si on n’aime pas les chats, on meurt?

À peu près. C’est mieux d’être respectueux et d’aimer les chats. C’est une leçon de vie. Les Égyptiens nous conseillent la même chose.

Les caméos de ton père Kevin et de Xavier Dolan sont assez drôles. Ce sont des «blagues privées»?

Mon père, oui. Les autres, c’est juste du casting. Pour chaque film, je dois trouver un rôle pour mon père, sinon il va être fâché contre moi. J’essaye de lui donner un rôle avec la possibilité qu’il ne peut pas parler.

C’était logique de renouer avec Jay Baruchel?

Oui. J’ai écrit ce rôle-là pour les quatre comédiens. Ce sont tous mes amis et ce sont des comédiens que j’aime beaucoup. Pour moi, Jay était parfait. J’adore travailler avec lui.

De films en films, comme «The Sorcerer’s Apprentice», «She’s Out of My League», «The Trotsky» et ici, Jay Baruchel semble spécialisé dans les personnages un peu gauches. C’est quelque chose qu’il dégage et les gens écrivent les rôles en conséquence?

On trouve un type, un archétype, et on fait ça. C’est clair que Jay est très drôle et qu’il est très physique. Mais je trouve que Victor, c’est pas mal différent pour lui. C’est un rôle d’adulte. C’est un homme qui est un peu mal à l’aise. Les comédiens jouent les rôles qui sont faits pour eux. Mais à mon avis, Jay est vraiment un comédien très, très fort, et il y a plein d’aspects qu’il va faire. Je pense – et j’espère – qu’il ne va jamais sortir complètement de la comédie, parce qu’il est trop drôle, il est trop bon. Et il n’y a pas assez de gens qui font ça bien. C’est un vrai plaisir à le voir aller, et si tu as un vrai talent pour quelque chose, c’est dommage de ne pas le faire.

Il y avait une certaine pression après le succès de «The Trotsky»?

Non, on a fait ça tellement vite. On avait terminé le tournage de ce film avant que «The Trotsky» soit sorti. Quand on fait des films anglais au Canada, on essaye juste de faire un autre film après. Il n’y a pas de momentum. Oui, beaucoup de gens ont aimé «The Trotsky». C’était très cool, c’était une expérience super pour tout le monde. Et la manière de célébrer était en faisant un autre film ensemble. Pression? Non, pas vraiment. Mais il y a toujours de la pression, je veux toujours faire des bons films.

Pour ce film, tu renoues avec Malajube…

C’est un de mes «bands» préférés. J’ai fait une pré bande-annonce sur la chanson «Ursuline» que j’adore et je l’ai envoyé à Julien (Mineau, le chanteur du groupe) juste pour lui dire «tu m’inspires toujours, blablabla, et voici quelque chose.» Et il a beaucoup aimé le trailer. Il voulait écrire une chanson et j’étais très content. C’est toujours plus facile de travailler avec quelqu’un une deuxième fois. Julien et tout le groupe, je les aime tellement. J’adore leur musique. Avoir une nouvelle chanson de Malajube, pourquoi pas!

Est-ce que «Good Neighbours» sera doublé en français?

Non. Juste sur DVD.

C’est une décision du distributeur?

Cela n’a rien à faire avec moi.

Donc, si je veux savoir pourquoi, il faudrait que j’aille leur demander?

Yep.

«Good Neighbours» prend l’affiche le 3 juin 2011.



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