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Paul Gross a scénarisé, produit et réalisé le drame de guerre «Passchendaele» dans lequel il est aussi en vedette. Il y campe un soldat canadien blessé qui revient au pays et qui tombe amoureux d'une infirmière jouée par Caroline Dhavernas. Showbizz.net a rencontré les deux acteurs alors qu'ils étaient récemment de passage à Québec.
Lors de la Première Guerre mondiale, le sergent Michael Dunne (Gross) est blessé en France. Il retourne alors à Calgary marqué physiquement et psychologiquement. Lors de son séjour à l'hôpital militaire de cette ville de l'Ouest, il rencontre Sarah (Dhavernas), une infirmière dont il tombera amoureux. Lorsque le jeune frère asthmatique de Sarah, David (Joe Dinicol), s'enrôle pour combattre en Europe, Michael se sent contraint de retourner à la guerre pour le protéger. Michael et David, comme de milliers d'autres Canadiens, vont combattre à la troisième bataille de Ypres, un affrontement contre d'impossibles forces qu'on appelle communément «Passchendaele».
On connaît surtout Paul Gross comme comédien. Il a notamment joué dans la série «Due South», dans laquelle il campait un policier de la GRC tout ce qu'il y a de plus Canadian, et le film «Men with Brooms», qu'il a aussi réalisé. Il est également cinéaste, auteur et producteur.
Porter «Passchendaele» au grand écran
Quand et comment l'idée de faire ce film est-elle venue à Paul Gross «Ça fait si longtemps… Mon grand-père m'avait raconté des histoires au sujet de sa participation à la Première Guerre mondiale. J'avais à peu près 16 ans. Je m'intéresse (à ce sujet) depuis ce temps-là . Toutefois, l'idée de faire un film est venue beaucoup plus tard. J'ai commencé à écrire des scènes, à rédiger un scénario, il y a environ 12 ans», dit-il.
Le grand-père de Paul Gross s'appelait lui aussi Michael Dunne. Quelles sont les similitudes entre l'homme qui a vécu et le personnage que l'on voit à l'écran «La première scène du film, c'est la première histoire qu'il m'a racontée. Il tue un jeune soldat allemand dans cette scène. Lorsqu'il m'a raconté l'histoire pour la première fois, ça m'a estomaqué. C'est l'un de ces moments qui arrivent dans la vie et qui fait en sorte que les choses ne seront plus jamais comme avant (…). Le reste du film, c'est plutôt une histoire d'amour. Ça m'est venu en lisant des lettres, mais pas juste les siennes, et aussi des histoires, des romans. Tout s'est mélangé. Ce n'est pas spécifiquement son histoire. Toutefois, plusieurs répliques du scénario et la façon dont je pensais à certaines choses (viennent de lui). Je crois que le personnage que je joue et qui porte son nom représente son esprit.»
Amasser le financement nécessaire pour tourner le long-métrage ne fut pas une sinécure. Paul Gross a reçu l'aide des gouvernements mais a aussi eu recours à des partenaires privés. «Plusieurs milliardaires ont investi dans le film. Ce n'était pas facile, par contre. Ils ne sont pas devenus milliardaires en donnant frivolement leur argent. Pendant trois ou quatre ans, j'ai parcouru le pays d'un bout à l'autre pour dîner en compagnie de milliardaires en tentant de les convaincre de me donner de l'argent. Ils disaient oui ou ils disaient non. Ensuite, je reprenais l'avion pour en rencontrer un autre. Si j'avais eu une petite caméra cachée sur moi, ça aurait fait un excellent documentaire», raconte-t-il.
Avec un budget tournant autour de 20 millions $, on dit que «Passchendaele» est le film canadien le plus coûteux de toute l'histoire de notre cinéma. «C'est beaucoup d'argent! Certains films ont été tournés avec plus d'argent. Il s'agissait cependant de coproductions. À titre de film exclusivement canadien, c'est probablement le plus coûteux. Vous devez toutefois remettre les choses en perspectives. Ça reste un film avec un assez petit budget. S'il s'agissait d'un long-métrage américain fait dans un studio comme Warner Brothers, il coûterait au minimum 100 million $ ou probablement plus», explique le réalisateur et acteur.
Le tournage de «Passchendaele» a eu lieu en Alberta. On y a même reconstitué les champs de bataille de France et de Belgique dans cette province. Avec la conceptrice de la production Carol Spier, Gross tenait malgré tout à rendre le film le plus authentique possible, dit-il.
Même les forces militaires ont prêté main forte au cinéaste. Des soldats de l'armée canadienne ont d'ailleurs agi comme figurants. Certains avaient déjà séjourné en Afghanistan. D'autres étaient sur le point de s'y rendre. «Ils nous aidaient à rester humbles et à garder les pieds sur terre. Ils nous aidaient à nous rappeler que nous envoyons toujours des citoyens se faire tuer dans des pays éloignés. Pour nous, les enjeux étaient plus difficiles et réalistes», raconte Paul Gross.
On peut percevoir «Passchendaele» de deux façons: un hommage aux soldats morts de la Première Guerre mondiale ou un film contre la guerre. Paul Gross ne se gêne pas pour montrer la dure réalité des conflits armés: décès, mutilations, blessures graves et amputations. «Je crois que c'est Francis Ford Coppola (« Apocalypse Now ») qui a dit que tout film de guerre est un film contre la guerreÂ… Je ne crois pas que personne qui fait un film avec des histoires de guerre se dit que ce serait merveilleux d'aller combattre. Il en existe cependant quelques-uns comme « The Green Beret » avec John Wayne», réplique Gross.
Pour lui rendre hommage aux soldats et à leur héritage n'est pas comme dire «je veux me rendre dans un pays étranger et tuer des gens», affirme-t-il.
«C'est important que les générations futures connaissent (ce pan de l'histoire) parce que l'on répète l'erreur de la guerre sans cesse. Peut-être qu'on n'arrêtera jamais C'est bon de se rappeler ce qu'on a vécu comme peuple», renchérit Caroline Dhavernas, la vedette féminine de «Passchendaele».
Caroline Dhavernas
Paul Gross avait remarqué Caroline Dhavernas dans «Breach». Lorsqu'il l'avait vue à l'écran en premier lieu, il ne savait pas qu'elle était originaire de Montréal. «Qui est cette femme», s'était demandé le réalisateur Il a ensuite regardé d'autres films mettant en vedette la comédienne. Il l’a trouvée parfaite pour le rôle de Sarah. Elle figurait au sommet des actrices avec qui il voulait travailler.
À la lecture du scénario, quels éléments ont interpellé Caroline Dhavernas «C'est l'histoire d'amour, évidemment (Â…). Cette histoire-là est entrée tout de suite dans mon cœurÂ… Deux êtres complètement brisés qui se retrouvent dans des circonstances de guerre les plus atrocesÂ… Des gens qui ont vécu de choses de part et d'autre et qui ne se jugent pas malgré les gestes qu'ils ont pu commettre», explique la comédienne.
Parmi ces gestes, Michael Dunne a tué en Europe ce tout jeune soldat allemand en lui enfonçant une baïonnette en plein front tandis que Sarah oublie la dureté de son métier d'infirmière en se piquant à la morphine. Les deux protagonistes ne sont donc pas sans taches.
«(Le personnage de Gross) trouve la force, même physique, de passer à travers cette guerre grâce à cet amour. Je crois que c'est l'une des belles choses du film, ça nous dit qu'est-ce que ça brise, la guerre… Ça brise ces vies-là , les rapports humains, la vie des gens. Peu importe notre avis sur la guerre, qu'on soit pour ou contre, je crois qu'on peut célébrer les hommes et les femmes qui se sont sacrifiés pour des causes», ajoute Caroline Dhavernas.
Dans «Surviving My Mother» d'Émile Gaudreault, Caroline Dhavernas jouait une jeune femme parfaite en apparence mais à la vie sexuelle secrète débridée. Dans «Passchendaele», son infirmière est accro à la drogue. A-t-elle un faible pour les personnages qui portent en eux de lourds secrets «Je n'avais jamais remarqué, lance-t-elle en riant! J'imagine que oui! C'est sûr que ça apporte une profondeur au personnage», dit-elle. La jeune femme a toutefois une préférence pour les rôles différents. Elle n'aime pas refaire deux fois la même chose, dit-elle.
Pour Caroline Dhavernas, travailler avec un acteur-réalisateur, était-ce bien différent de jouer sous la direction d'un simple cinéaste «Curieusement, je m'attendais vraiment à ce que ça soit plus complexe. Finalement, ça s'est fait en toute simplicité. Ce n'est pas son premier film. Il avait l'habitude (d'accomplir le travail de réalisateur). Il était très bien préparé», dit la comédienne.
Gross avait notamment concocté des documents pour expliquer leurs scènes aux acteurs. Il avait une idée claire de ce qu'il voulait en matière de film tout en étant très ouvert aux suggestions des acteurs, raconte Caroline Dhavernas.
«C'est un grand comédien, en plus. Ce fut très facile de travailler avec luiÂ… C'est un homme magnifique, un vrai leader. Sa passion et sa détermination sont contagieuses», affirme l’actrice.
Pour se préparer, Caroline Dhavernas a fait un peu de recherches même si «le scénario parlait de lui-même.» Elle a lu deux livres dont «The Roses of No Man’s Land», de Lyn Macdonald, qui traite de la vie et du travail des infirmières pendant la première grande guerre.
Lorsqu'elle a vu la version finale de «Passchendaele», quelle fut la réaction de Caroline Dhavernas «Je suis très satisfaite du résultat final. Je trouve que les scènes de guerre sont magnifiques. On n'a jamais vu ça, ni au Québec ni au Canada, parce que ça prend des budgets pour raconter ce genre d'histoire et jusqu'à maintenant, personne n'était allé au-delà du financement public. Aller chercher des sous, à gauche et à droite, dans le privé a pris du temps», conclut-elle.
«Passchendaele» sera en salles le 17 octobre.
La version française s’intitule «La bataille de Passchendaele».


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