30 juin 2009 - 9:50 Entrevues Cinéma

De père en flic fait bang bang

par agencenews


Par Martin Gignac.

Il n'y a pas que Xavier Dolan qui veut tuer sa mère. Dans «De Père en flic», le noyau familial en prend pour son rhume. Il y a bien une histoire policière en filigrane où deux agents cherchent à convaincre un avocat des motards de jouer dans le dos de ses clients, mais à l'avant-plan, il y a tous ces pères et tous ces fils qui sont réunis dans le bois afin de mieux se comprendre. Une thérapie qui risque bien d'être explosive.

«Cette thérapie-là existe pour vrai, il y a des camps où les pères et les fils se retrouvent là pendant deux semaines et ils essayent de renouer ensemble, laisse savoir Rémy Girard, qui incarne Charles Bérubé, un avocat qui a de plus en plus de problèmes avec sa conscience. Mais ce que le film veut démontrer, c'est qu'il y a vraiment un fossé entre deux générations de pères et de fils et c'est ce fossé-là que les personnages vont essayer de franchir, avec plus ou moins de succès.»

Un sujet propice aux gags de toutes sortes qui parlent d'hommes… et de femmes. «C'est des générations qui se rencontrent, qui se chevauchent, qui évoluent différemment, grâce à ce que nos parents ont brisé comme tabous, comme frontières, explique Caroline Dhavernas, pratiquement le seul personnage féminin de l'ensemble. Donc on peut aller plus loin et leur reprocher certaines affaires. Si on était pareils que nos parents et qu'on pensait pareil, on n'irait nulle part. C'est normal d'avoir des goûts différents, d'avoir envie d'avoir d'autres buts.»

Cette prémisse universelle était également le fondement de quelques titres québécois d'envergure, dont «Un zoo la nuit» de Jean-Claude Lauzon, «Gaz Bar Blues» de Louis Bélanger et «C.R.A.Z.Y.» de Jean-Marc Vallée. «Je sais qu'on l'a abordé dans la comédie, avoue Patrick Drolet qui, après «Le bonheur de Pierre», campe à nouveau le fils de Rémy Girard. C'est comme le complexe d'œdipe. Woody Allen a passé sa filmographie à faire ça. Je trouve ça important qu'on fasse des films sur des familles qui s'entretuent, qui ne sont pas capables de communiquer. Je trouve qu'il y a quelque chose de riche, juste au niveau subjectif, de voir deux êtres humains s'étudier.»

«Ce que je n'avais jamais vu, c'est cette idée là de pères et de fils qui partent dans le bois dans le cadre d'une thérapie avec un psychologue dans des activités organisées, décortique le réalisateur Émile Gaudreault, qui avait offert par le passé «Mambo Italinao» et «Surviving My Mother». Je trouvais qu'il y avait quelque chose d'hyper original, un terrain fertile pour trouver des scènes qu'on n'avait jamais vues. Mon idée était que ça soit très drôle au départ, que ça marche, qu'on embarque, qu'on donne une vraie comédie policière, qui devienne une comédie de situations. Là, on rigole et tranquillement, on s'en va vers des scènes vraiment dramatiques.»

Duo de rêve

Le duo principal est toutefois la première raison qui poussera le spectateur dans les salles de cinéma. Combiner le roi du box office Michel Côté au prince de la scène Louis-José Houde est une idée qui risque de séduire plusieurs personnes. Pourtant, le hasard est en partie responsable de cette réunion.

«Au départ, je ne devais pas le faire, car j'avais deux autres projets, affirme Michel Côté, un des deux policiers infiltrés. J'ai dit à Émile ‘Ça m'étonnerait beaucoup que je le fasse.' Il m'a dit ‘Je suis très confiant, tes deux projets ne passeront pas. C'est mon film que tu vas faire.' Il était tellement confiant que je me suis demandé s'il n'était pas en train de magouiller pour ne pas que mes autres projets se fassent! Mais «Omerta 4» et l'autre projet sur le commandant Piché ont été remis à plus tard… L'idée de jouer le père de Louis-José Houde, c'était drôle, je n'avais jamais pensé à cela, mais finalement, quand on se regarde, il y a quelque chose.»

Afin de le mettre en confiance dans son premier grand rôle à l'écran, Michel Côté avait sa méthode bien à lui. «Louis-José est tellement intelligent, c'est une boule d'énergie, il a gardé un beau petit côté naïf et son pouvoir d'émerveillement. C'est évident que d'une journée à l'autre, on voyait la progression… À un moment donné, il était rendu à dix prises pour un petit bout de rien. Je pense qu'il n'avait même pas de texte, c'état juste une attitude. J'ai dit ‘Louis-José, j'espère quand même que tu ne vas pas battre le record de 11 prises, le record de tous les temps!' On a eu du plaisir. Je lui ai fait beaucoup de sauts, je l'ai déstabilisé régulièrement, volontairement, pour le sécuriser. La sécurité dans la déstabilisation. C'est moi qui ai développé cette stratégie.»

Émile Gaudreault a opté pour Louis-José Houde en sachant très bien que l'habit de l'humoriste n'était pas très loin. Une façon comme une autre de mettre en vedette un personnage que le public connaît déjà. «On oublie qu'en général, dans les comédies, il y avait des humoristes dedans. Charlie Chaplin, c'est un comique, un gars qui faisait du burlesque sur scène. Woody Allen, c'est un stand-up comic. Robin Williams a gagné un Oscar pour un rôle dramatique. Coluche, Valérie Lemercier, ici Jean Lapointe… Pour moi, cela va tellement de soi de prendre Louis-José Houde et de lui faire un film.»

«La comédie, c'est quelque chose d'extrêmement particulier. Les humoristes ont une musique à eux et c'est pour ça qu'on les aime. Et cette musique-là, tu ne peux pas vraiment la changer. Louis-José, c'est évident, que quand on a écrit ce personnage-là en pensant à lui, on avait une idée en tête. On avait un style, on a crée un personnage qui était cérébral, qui manquait de confiance en lui… C'est sûr que Louis-José va faire du Louis-José toute sa vie, mais Jack Nicholson a fait du Jack Nicholson toute sa vie et c'est pour ça qu'on l'aime.»

Le principal intéressé n'était pas outré d'avoir été approché pour sa prestance qu'il dégageait dans ses spectacles. «Le personnage de Marc me ressemble un peu. Évidemment, ils m'ont embauché pour que cela ait la couleur que j'ai sur scène. Je me disais qu'on va essayer que ça soit juste une coche en dessous, juste un peu plus sobre, rassemblé. Il n'y a pas grand éclat de comédie dans mon personnage. Mine de rien, il n'est pas très drôle, il ne fait pas de jokes. Il fait rire de lui un peu, il a des réactions comiques, mais il est toujours un peu frustré, un peu tendu.»

Cela ne l'a pas empêché d'avoir appris le métier d'acteur à la vitesse de l'éclair et ce, même s'il ne compte pas abandonner le métier d'humoriste pour autant. «C'est bien important la scène, j'aime beaucoup faire des tournées. Quand j'ai un petit break de mes shows, de tourner dans un film, j'aimerais ça. À chaque année si je peux. Mais je ne pense pas que ça devienne mon métier premier, je ne pense pas faire juste du cinéma, cela n'a jamais été mon but.»

Film d'été

Si l'été est la saison idéale pour les films d'action et les comédies légères, l'équipe technique assure que ce long-métrage repousse ce simple concept estival. «Tu le mets en DVD dans les magasins cet hiver et c'est un excellent film d'hiver. Je te le garantis!», blague Louis-José Houde.

«On n'a pas fait un film avec une notion d'une formule, maintiens la productrice Denise Robert en parlant de ce projet de 6,5 millions de dollars. On avait envie de faire une comédie sur une toile d'intrigue policière. Mais en même temps, ce sont des prétextes pour explorer les relations pères fils. C'est un film qui touche beaucoup, où on va en profondeur et qui peut être aussi bien sur les relations mères filles. Autant les gars, c'est dans le non-dit, parce que très souvent, on se parle pas. Mais les femmes on se parle trop, et très souvent on ne dit pas nécessairement les bonnes choses, ce qui crée des situations de mécompréhensions. Je ne pense pas qu'Émile fait des films de divertissement juste pour divertir. Il a quelque chose à dire.»

«Il n'y a pas de honte à ce que ce soit juste divertissant, poursuit Michel Côté. Tout le monde aime rire, la vie est dure, le bonheur est difficile à atteindre pour plein de monde. Il y a beaucoup de gens qui ont des vies extrêmement torturées, qui sont carrément ou foncièrement malheureux, qui ne connaissent pas l'amour, qui vont au cinéma pour s'évader, pour changer leurs idées. On peut aller voir une bonne comédie québécoise, sur en plus un sujet qui nous concerne, car on a quand même tous eu connaissances de certains problèmes entre père et fils. Mais il n'y a pas de honte et de mal à te changer les idées pour une comédie d'été.»

«Je trouve cela important pour une province dans un pays qu'il y en a encore pour tout le monde, conclut Patrick Drolet. Encore là, c'est à chacun d'aimer ce qu'il veut. Nous on a le choix et on a la possibilité. Je trouverais cela extrêmement désagréable si on avait à perdre cela en tant que société.»

«De père en flic» prend l'affiche le 8 juillet 2009.



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