29 avril 2008 - 15:25 Nouvelles Québec

«Maman est chez le coiffeur»: sombres secrets sur fond d'innocence (entrevues)

par Showbizz.net


«Maman est chez le coiffeur», le nouveau film de Léa Pool, est une œuvre douce-amère. Une jeune fille au seuil de l'adolescence est confrontée au départ de sa mère et à la réalité du monde des adultes. Fort heureusement, notre héroïne ne vivra pas seulement que des malheurs: elle sera entourée de bons amis et aura même droit à ses premiers baisers. Showbizz.net a rencontré la cinéaste ainsi que les deux interprètes féminines principales du long-métrage: Marianne Fortier et Céline Bonnier.

Été 1966, c’est le temps des vacances, de la grande liberté, des courses dans les champs et des fous rires avec les copains. Prenant conscience des rêves, chagrins et mensonges de ceux qui l’entourent, Élise (Marianne Fortier) voit sa famille bouleversée par le départ précipité de sa mère (Céline Bonnier) pour Londres. D’un côté, son frère Coco (Élie Dupuis) obsédé par la construction de son super bolide, de l’autre, le petit Benoît (Hugo St-Onge-Paquin) qui s’enferme de plus en plus dans la chambre à fournaise et plus loin, son père (Laurent Lucas) dépassé par les événements. Elise prend en main le gouvernail de sa famille à la dérive. Avec la nature comme point de repère, le réconfort silencieux de Monsieur Mouche (Gabriel Arcand), un été pas comme les autres s’annonce pour Elise et ses frères.

La genèse d'un film

Isabelle Hébert a procédé à l'écriture du scénario. Comment ce projet de film s'est-il mis en branle

«Je connaissais Isabelle Hébert car elle avait fait un documentaire, il y a quelques années, sur Jean-Claude Lauzon (« Lauzon Lauzone »). On m'avait approchée pour que je l'aide à scénariser ce documentaire. À ce moment-là, elle n'avait pas d'expérience en scénarisation. Je ne l'ai pas écrit avec elle mais je l'ai guidée. Après, elle a commencé à travailler sur « Maman est chez le coiffeur », qui portait un autre titre à l'époque. Louis Bélanger, un très bon ami à elle, était alors attaché au projet. Ce dernier et Isabelle Hébert m'avaient demandé d'être lectrice pour le scénario. J'ai donc participé à deux tables rondes au cours du processus de création. J'étais donc un peu liée au projet. Au moment de déposer le tout aux institutions, Louis Bélanger fut pris par « The Timekeeper », son projet en anglais. Il ne pouvait faire les deux», raconte la réalisatrice Léa Pool.

La productrice Lyse Lafontaine lui a donc proposé de réaliser «Maman est chez le coiffeur». Après avoir consulté son agent, la cinéaste a rappelé Mme Lafontaine 24 heures pour tard pour l'informer qu'elle acceptait sa proposition.

Le monde de l'enfance

Ce n'est pas la première fois que Mme Pool aborde des thèmes liés à l'enfance ou à l'adolescence. «C'est peut-être pour ça qu'ils ont pensé à moi. Souvent, tu commences à avoir des forces dans certaines choses. Les producteurs et scénaristes pensent à toi d'abord parce que tu l'as déjà fait et que tu le fais bien ou que t'as une sensibilité pour le sujet (…). Tout ce qui touche les émotions… Certaines sensibilités face à l'enfance, à la mère… Ce sont des thèmes qui ont déjà appartenu à mes propres scénarios. C'était donc un terrain familier», explique la réalisatrice.

Outre Marianne Fortier, révélée par «Aurore» et maintenant âgée de 14 ans, la distribution de «Maman est chez le coiffeur» est composée de plusieurs enfants et jeunes adolescents. On y reconnaîtra entre autres Maxime Desjardins-Tremblay («Le ring») et Antoine Desrochers («Nitro»).

Un cinéaste doit-il s'y prendre d'une façon différente pour diriger de jeunes acteurs «Un adolescent, ça dépend. Pour Marianne, je ne pourrais pas dire qu'il y une grosse différence dans ma direction d'acteur. Pour son âge, c'est une professionnelle incroyable. Sinon, il faut peut-être faire preuve d'un peu plus d'attention pour sentir les failles et savoir quand je peux l'aider. Pour les autres enfants, c'est du cas par cas. C'est très intuitif», dit-elle.

Pour faciliter la tâche des plus petits, il faut trouver un élément de jeu. Ils ne doivent également pas se sentir stressés, ajoute Mme Pool. L'estime de soi et la confiance sont aussi des outils à développer. Pour trouver le ton juste, dans une scène riche en émotions, la réalisatrice leur demande parfois ce qu'ils feraient personnellement ou comment ils réagiraient, explique-t-elle.

Selon Léa Pool, quels sont les moments les plus touchants de son nouveau long-métrage Le personnage de Benoît nous atteint beaucoup, selon la cinéaste. Cet enfant de six ans, très affecté par le départ de sa mère, présente de plus en plus des troubles graves du comportement. «On ne veut pas qu'il se fasse du mal. Il est bien trop mignon», dit-elle. «Il y a beaucoup de moments touchants (dans ce film)», ajoute Mme Pool.

Le petit a l'air adorable mais porte en lui en grand potentiel de violence. «C'est ça qui fait le plus peur. Je trouve qu'un acteur qui joue la violence, c'est beaucoup moins intéressant que celui qui n'a pas l'air du tout violent mais qui l'est», dit-elle. Mme Pool cite d'ailleurs en exemple le personnage d'Hannibal Lecter dans «Le silence des agneaux».

Deux actrices

Pour obtenir le rôle d'Élise, Marianne Fortier a dû passer deux auditions. «La première, je n'avais que quelques scènes. Je n'étais pas trop au courant du personnage. La deuxième, j'avais tout le scénario alors j'ai vraiment découvert ce qu'était mon rôle. Ça me tentait vraiment de l'obtenir», raconte l'adolescente qui semble, en entrevue, beaucoup plus sérieuse et articulée que bien des jeunes femmes plus âgées.

«Les années 60, ça ne me disait pas grand-chose alors j'ai fait un peu de recherche. Lorsque j'ai essayé mes costumes, j'ai vraiment vu c'était quoi l'époque. Les costumes m'ont aidé à me projeter encore plus dans le personnage», explique la jeune actrice.

«C'est vraiment un beau rôle. Il y a belle variété d'émotions. Élise a une personnalité forte, ce que j'aimais beaucoup. En même temps, je ne voulais pas jouer une victime encore une fois. C'est une battante», explique Marianne. «Elle va piler sur son chagrin pour s'occuper de son petit frère. Sa mère n'est plus là pour s'en occuper», ajoute-t-elle.

Quel moment du film fut le plus difficile à jouer pour elle Elle hésite un moment puis répond qu'il s'agit d'une scène lors de laquelle elle reçoit une gifle de Céline Bonnier. On ne s'attardera pas sur celle-ci. Elle est l'élément déclencheur de l'histoire.

Entourée de comédiens de son groupe d'âge, Marianne Fortier a bien apprécié l'atmosphère sur le plateau de tournage. Elle a également vanté Léa Pool, une femme «tellement ouverte. Même si je suis jeune et que j'ai peu d'expérience, elle était là pour m'écouter. Elle tenait de compte de mon opinion… Comment une fille de mon âge aurait pu réagir ou penser Elle est vraiment bonne pour diriger les jeunes.»

Céline Bonnier avait entendu parler du scénario par l’auteure Isabelle Hébert. Elle était étonnée qu'on la voie dans ce rôle de femme très organisée, une mère de famille. L'actrice a souvent l'habitude des jouer des femmes à l'existence désordonnée, «des écorchées», dit-elle.

«Je trouvais courageux qu'une scénariste prenne le personnage et commence son film avec lui. C'est le pilier central de l'organisation du clan et à un moment donné, il part! Il n'y a pas de retour possible», explique Mme Bonnier.

Cette femme, qui travaille comme journaliste, vivra certains événements qui feront en sorte qu'elle acceptera un poste de correspondante pour Radio-Canada à Londres. Elle quittera ainsi son mari et ses trois enfants.

«À un certain moment, on a tourné une scène où l'on revoit la mère à Londres. Une émotion monte. Elle pense à ses enfants et à les appeler et elle se garroche sur le téléphone. Léa a coupé cette scène. Je trouve que ça a bien de l'allure!», explique l'actrice.

«Je pense que ce qu'Isabelle voulait montrer, c'est l'univers de l'enfance. Comment l'enfance continue à vivre et se débrouille malgré cet oiseau noir qui plane soit l'absence de la mère. Comment l'enfance réussit à survivre à (cette épreuve) et à connaître des moments de bonheur. Je trouve ça beau», ajoute-t-elle.

Le personnage de Simone est très moderne pour son époque. En 1966, le Québec était toujours touché par un certain conservatisme même si des changements s'opéraient au sein de la société. Cette maman travaille et possède des idées bien claires sur la religion qui, selon elle, garde le peuple dans la noirceur. Quitter sa famille pour accepter un boulot à l'étranger n'était également pas très commun. «C'est un milieu particulier. Elle est journaliste et son mari est médecin. C'est un milieu, on peut l'imaginer, d'intellectuels ou près de l'intelligentsia. Elle ne possède pas ces valeurs qui auraient pu la garder à la maison ou lui faire changer d'idée et lui faire accepter le rôle de reine du foyer. C'était ça beaucoup à l'époque», explique l'interprète.

Tout quitter comme le fait Simone, dans les années 60, exigeait «un courage et un culot. Certains ne sont pas d'accord avec son départ. D'accord… Pas d'accord… C'est ce qu'elle fait», raconte Céline Bonnier.

Dans ce film, les parents ne sont pas diabolisés. On pourrait facilement voir la mère, ou même le père, comme un monstre. Ils sont des êtres humains avec leurs qualités et leurs défauts, tout simplement.

«C'est une femme qui se choisit. C'est très moderne. Se choisir, c'est important. Naturellement, ça comporte des risques (Â…). Pour aimer ce personnage, au lieu de me dire qu'elle abandonne ses enfants… J'ai plutôt dit, elle se choisit», conclut Céline Bonnier.

«Maman est chez le coiffeur» sort en salles au Québec le 2 mai.



Authentifiez-vous pour commenter :



Cliquez ici pour vous enregistrer.



Suivez SHOWBIZZ





Concours

tous les concours


aussi dans notre famille