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Le deuxième documentaire de Paul Arcand, «Québec sur ordonnance», prend l'affiche dans les salles de cinéma le 5 octobre. L'animateur et journaliste s'intéresse à la très grande consommation de médicaments des Québécois. Qui sont les responsables L'industrie pharmaceutique, les médecins ou les patients eux-mêmes Showbizz.net a rencontré Arcand mardi à Québec.
Selon des informations rapportées dans «Québec sur ordonnance», les Québécois adorent les pilules. Il en avalent en moyenne 750 par année. Paul Arcand a donc décidé d'aborder ce sujet. «Après (avoir tourné) « Les Voleurs d'enfance », la productrice Denise Robert m'a demandé de penser à une deuxième idée de documentaire», raconte Paul Arcand. Cinémaginaire, la boîte de Mme Robert et de son partenaire Daniel Louis, ont produit les deux documentaires d'Arcand. Après avoir songé à quelques sujets possibles, le choix de l'homme s'est arrêté.
Une société malade
«Je me suis mis à regarder les chiffres sur la consommation de médicaments. Il est hallucinant de voir qu'en 10 ans nous sommes passés de 50 à 106 millions d'ordonnances. Je trouvais que l'explication qu'on me donnait était, somme toute, assez ordinaire: le vieillissement de la population», explique Arcand. Dans son film, Arcand aborde notamment la consommation de médicaments par les enfants. Les jeunes Québécois consommaient jadis moins de Ritalin que leurs compagnons des autres provinces canadiennes. Le Québec est maintenant l'un des plus gros consommateur de ce médicament au pays. On ne peut donc évidemment pas jeter tout le blâme sur une population vieillissante!
Dans «Québec sur ordonnance», on suit plusieurs protagonistes qui vivent des troubles de l'âme et qui consomment des pilules pour mieux fonctionner dans la société. Des jeunes ont remplacé les drogues dures illégales par des drogues légales tandis qu'une femme est accro aux anti-douleur qu'elle prend pour ses maux de dos…
Le documentaire brosse un triste portrait du consommateur moyen de pilules. On ne se questionne pas. On gobe tout ce que le médecin nous prescrit sans nous poser de questions. Les patients devraient être un peu plus critiques face aux médicaments qu'ils doivent consommer.
Au fil des ans, il semble qu'on ait créé des maladies qui n'existaient pas auparavant. Une personne jadis qualifiée de timide souffre maintenant d'anxiété sociale et on lui donne des cachets pour l'aider à fonctionner, remarque la journaliste de Showbizz. «Il existe un livre qui s'appelle « Les inventeurs de maladies » (de l'auteur Jörg Blech), dans lequel on donne des exemples très précis de maladies qu'on a inventéesÂ… Des gens qui bégaient par exemple ou qui souffrent de transpiration. Il y a toujours la notion de bonne nouvelle. On commence par dire aux gens Vous avez une maladie mais la bonne nouvelle, c'est qu'on a quelque chose pour vous. Il y a (évidemment cet aspect) mais aussi, je voulais aller au-delà des impressions. Je voulais surtout montrer le fonctionnement d'un système. Quels sont les lobbies, les groupes de pression Comment agissent les professionnels dans ce domaine C'est ce qu'on essaie de montrer», répond Arcand. «Voici la situation. On gère ça comme n'importe quelle industrie, ce n'est pas normal», poursuit l'animateur quant au but de son film.
Arcand ne veut pas diaboliser aucun des acteurs du domaine de la santé: les patients, les médecins, le gouvernement, la population ni l'industrie pharmaceutique. Il refuse de jeter la pierre, de traiter l'un ou l'autre de «gros méchant» ou de le déclarer coupable d'une faute quelconque. Il ne voulait tomber ni dans la facilité ni l'accusation. Il est toutefois très critique à l'égard de l'industrie pharmaceutique.
Par contre, les gens désirent obtenir des pilules et l'industrie veut leur en vendre. Certains patients sont déçus lorsqu'un médecin ne leur prescrit rien.
La grande séduction
Les compagnies pharmaceutiques se font souvent séductrices pour tenter d'inciter les médecins à prescrire leurs produits plutôt que d'autres. Une information véhiculée dans «Québec sur ordonnance» en étonnera certains. On y apprend que des compagnies pharmaceutiques envoient de jolies représentantes chez les médecins qui sont particulièrement sensibles aux charmes féminins! Ainsi, le professionnel de la santé sera plus enclin à se laisser convaincre.
Ces firmes font-elle la même chose auprès des femmes médecins ou des homosexuels en leur envoyant de beaux gosses «La réponse, c'est oui! L'exploitation physique ne va pas juste dans un sens. C'est drôle… Je parlais de ça avec un pédiatre qui me racontait qu'à l'endroit où il travaillait, il y avait trois ou quatre femmes pédiatres. Il était le seul homme et on envoyait des représentants intéressants pour (ses collègues féminines).»
Aux États-Unis, des cheerleaders des Redskins de Washington travaillaient la semaine comme représentantes pharmaceutiques, peut-on apprendre dans le documentaire. Cette situation a créé bien des remous! On ne fait pas que vendre de pilules, on mise énormément sur la séduction dans ce milieu. On dresse d'ailleurs les profils de médecins pour tenter de mieux les convaincre.
Les avantages remis aux médecins ou aux pharmaciens par les compagnies pharmaceutiques pour les inciter à choisir leurs produits sont interdits au Québec. Toutefois, certaines pratiques ont toujours lieu. «C'est moins pire que c'était. Avant, c'était le bar ouvert. Il existe par contre des moyens de subventionner des recherches ou d'envoyer des médecins en congrès en disant qu'ils font partie du comité de la compagnie.»
«Personne n'est indépendantÂ… Il y a toujours quelqu'un qui a un lien» dans ce domaine, raconte Arcand. Par exemple, des anciens employés du gouvernement du Québec ou de ministres de la Santé œuvrent maintenant pour des compagnies pharmaceutiques comme lobbyistes. Arcand aborde cette question dans son film.
Il s'entretient également avec le ministre de la Santé Philippe Couillard, qui semble fort mal à l'aise à l'écran. L'homme politique a beau dire qu'il n'est pas influençable, il reste quant même perméable aux suggestions, croit le journaliste.


Showbizz.net